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Le cas de l'orgasme femelle : biais en science de l'évolution
Introduction au livre :
Cela fait environ une cinquantaine d'années qu'il existe, dans la littérature scientifique, différentes théories tentant d'expliquer l'évolution de l'orgasme femelle. Avant les années 70, les chercheurs s'intéressent surtout à la définition de l'orgasme femelle (en existe-t-il plusieurs types ? quelle est sa fréquence ? ...). A partir des années 70, les théories sur l'origine évolutive de l'orgasme femelle commencent à se multiplier.
Avec la parution de ce livre en 2005, Lloyd, épistémologiste des sciences du vivants, passe en revue les théories de l'origine évolutive de l'orgasme femelle. Lloyd se demande : "l'orgasme femelle est-il une adaptation ?" et dénonce un biais androcentrique et adaptationniste en science.
Suite à la parution de ce livre, on dénombre dans la littérature scientifique, notamment dans le domaine de l'évolution, un grand nombre de papiers débattant de l'origine évolutive de l'orgasme femelle.
Résumé et résultats du livre :
Avec ce livre, E. Lloyd fait l'historique de différentes théories quant à l'origine évolutive de l'orgasme femelle et défend la théorie de Symons selon laquelle l'orgasme femelle serait un sous produit de l'orgasme masculin. Elle énonce également les biais, liés à l'étude de l'orgasme, existants en évolution .
Dans un premier temps, elle discute des normes de preuve montrant qu'un trait est adaptatif. Selon elle, il faut dans un premier temps démontrer l'existence d'une base génétique de la variabilité des traits, car il s'agit du mécanisme par lequel le trait est transmis aux générations suivantes. Puis, il faut montrer que ce trait augmente le succès reproducteur.
Dans un second temps, Lloyd passe en revue les différentes définitions existantes de l'orgasme femelle. Elle met ensuite en avant, en s'appuyant sur plusieurs études, le fait que l'orgasme femelle lors d'un rapport sexuel avec pénétration soit rare. L'orgasme semble plus fréquent via des moyens autres que la pénétration, telle que la stimulation directe du clitoris, ce qui constitue pour Lloyd un premier argument contre la théorie adaptative de l'orgasme.
Lloyd énonce par la suite les théories adaptatives cherchant à expliquer l'origine évolutive de l'orgasme femelle. Ces théories se découpent en deux catégories. La première stipule que l'orgasme femelle renforcerait le lien de couple du côté de la femelle, accroissant ainsi le succès reproducteur. La deuxième, plus centrée sur la fonction femelle, stipule que l'orgasme femelle ne serait pas lié au renforcement du couple, mais que l'orgasme favoriserait la reproduction avec différents partenaires, augmentant ainsi le succès reproducteur. Le problème principal de ces théories est que, bien que l'orgasme soit sensé accroître le succès reproducteur, elles ne montrent aucune preuve de corrélation entre ce dernier et l'orgasme. Lloyd ne se dresse pas conte la possibilité que ce trait soit une adaptation, elle affirme seulement qu'aucune preuve allant dans ce sens n'est fournis.
De nouvelles théories en faveur de l'adaptation ayant vu le jour, Lloyd y consacre un chapitre entier. Ces nouvelles théories se basent sur des approches de compétition spermatique. Elles reposent sur une affirmation concernant le rôle de l’orgasme féminin concernant la circulation du sperme dans l’appareil reproducteur femelle ("uterine upsuck hypothesis"). Une fois encore, Lloyd revient sur les bases empiriques et montre que les expériences ne permettent pas de prouver une telle hypothèse (absence de compétition spermatique dans les expérience, pas de preuves fiables montrant que la fréquence d'accouplement des femelles exerce une pression de sélection, ...).
Lloyd se place en faveur de la théorie du sous-produit embryologique de Symons. De son point de vue, l'orgasme femelle est un potentiel ou une capacité qui est présent chez tous les mammifères, mais qui n'est activé que chez les femelles de quelques espèces. Le pénis et le clitoris étant issus d'un même organe dans l'embryon primordial non différencié, ils ont les mêmes origines embryologiques. Symons prétend que l'orgasme femelle a évolué de la même manière que les mamelons chez le mâle du fait d'un développement embryologique précoce. Les femelles obtiennent le tissu érectile et nerveux nécessaire à l'orgasme en raison de la pression sélective forte et continue exercée sur les mâles pour un système d'éjection du sperme par l'orgasme.
La fin du livre se consacre aux biais existant en science. Elle énonce le fait que les biais soient inévitables, mais que, lorsqu'ils sont négatifs, ils empêchent de prendre en compte les données de manière efficace (ici les données de primatologie et sexologie). Elle parle ainsi des biais adaptationniste et androcentrique liés notamment à l'étude de l'orgasme femelle.
Rigueur du livre :
Lloyd passe en revue de façon exhaustive toutes les données existantes concernant l'orgasme femelle, que ce soit en sexologie ou en primatologie, et leur association avec le succès reproducteur (valeur sélective). Ses méthodes sont rigoureuses et précises, toutes les sources sont scrupuleusement citées.
Cependant, dans son étude Lloyd ne considère que les orgasmes coïtaux. Une analyse complète aurait également examiner les arguments en faveur d'un orgasme féminin non coïtal adaptatif.
Ce que ce livre apporte au débat :
A travers ce livre Lloyd a voulu "attirer l'attention sur la controverse existant à ce sujet". Ainsi ce livre permet de mettre en exergue la controverse existant quant à l'origine évolutive de l'orgasme femelle. Il rassemble les différentes théories (antérieures à 2005) présentes dans la littérature, mais également relatent la majorité des études ayant été faite sur l'orgasme femelle, que ce soit chez des primates humains ou non humains. Ce livre met également en avant le fait que l'étude de ce phénomène soit sujette à des biais : l'androcentrisme et l'adaptationnisme, ce dernier étant récurrent en science de l'évolution. Ce livre a engendré la parution de nombreux articles s'intéressant à l'orgasme femelle et a ainsi permis d'alimenter le débat.
Publiée il y a plus de 6 ans
par
F. Laugier.
Dernière modification il y a plus de 6 ans.
Le cas de l'orgasme femelle : biais en science de l'évolution
Introduction au livre :
Cela fait environ une cinquantaine d'années qu'il existe, dans la littérature scientifique, différentes théories tentant d'expliquer l'évolution de l'orgasme femelle. Avant les années 70, les chercheurs s'intéressent surtout à la définition de l'orgasme femelle (en existe-t-il plusieurs types ? quelle est sa fréquence ? ...). A partir des années 70, les théories sur l'origine évolutive de l'orgasme femelle commencent à se multiplier.
Avec la parution de ce livre en 2005, Lloyd, épistémologiste des sciences du vivants, passe en revue les théories de l'origine évolutive de l'orgasme femelle. Lloyd se demande : "l'orgasme femelle est-il une adaptation ?" et dénonce un biais androcentrique et adaptationniste en science.
Suite à la parution de ce livre, on dénombre dans la littérature scientifique, notamment dans le domaine de l'évolution, un grand nombre de papiers débattant de l'origine évolutive de l'orgasme femelle.
Avec ce livre, E. Lloyd fait l'historique de différentes théories quant à l'origine évolutive de l'orgasme femelle et défend la théorie de Symons selon laquelle l'orgasme femelle serait un sous produit de l'orgasme masculin. Elle énonce également les biais, liés à l'étude de l'orgasme, existants en évolution .
Dans un premier temps, elle discute des normes de preuve montrant qu'un trait est adaptatif. Selon elle, il faut dans un premier temps démontrer l'existence d'une base génétique de la variabilité des traits, car il s'agit du mécanisme par lequel le trait est transmis aux générations suivantes. Puis, il faut montrer que ce trait augmente le succès reproducteur.
Dans un second temps, Lloyd passe en revue les différentes définitions existantes de l'orgasme femelle. Elle met ensuite en avant, en s'appuyant sur plusieurs études, le fait que l'orgasme femelle lors d'un rapport sexuel avec pénétration soit rare. L'orgasme semble plus fréquent via des moyens autres que la pénétration, telle que la stimulation directe du clitoris, ce qui constitue pour Lloyd un premier argument contre la théorie adaptative de l'orgasme.
Lloyd énonce par la suite les théories adaptatives cherchant à expliquer l'origine évolutive de l'orgasme femelle. Ces théories se découpent en deux catégories. La première stipule que l'orgasme femelle renforcerait le lien de couple du côté de la femelle, accroissant ainsi le succès reproducteur. La deuxième, plus centrée sur la fonction femelle, stipule que l'orgasme femelle ne serait pas lié au renforcement du couple, mais que l'orgasme favoriserait la reproduction avec différents partenaires, augmentant ainsi le succès reproducteur. Le problème principal de ces théories est que, bien que l'orgasme soit sensé accroître le succès reproducteur, elles ne montrent aucune preuve de corrélation entre ce dernier et l'orgasme. Lloyd ne se dresse pas conte la possibilité que ce trait soit une adaptation, elle affirme seulement qu'aucune preuve allant dans ce sens n'est fournis.
De nouvelles théories en faveur de l'adaptation ayant vu le jour, Lloyd y consacre un chapitre entier. Ces nouvelles théories se basent sur des approches de compétition spermatique. Elles reposent sur une affirmation concernant le rôle de l’orgasme féminin concernant la circulation du sperme dans l’appareil reproducteur femelle ("uterine upsuck hypothesis"). Une fois encore, Lloyd revient sur les bases empiriques et montre que les expériences ne permettent pas de prouver une telle hypothèse (absence de compétition spermatique dans les expérience, pas de preuves fiables montrant que la fréquence d'accouplement des femelles exerce une pression de sélection, ...).
Lloyd se place en faveur de la théorie du sous-produit embryologique de Symons. De son point de vue, l'orgasme femelle est un potentiel ou une capacité qui est présent chez tous les mammifères, mais qui n'est activé que chez les femelles de quelques espèces. Le pénis et le clitoris étant issus d'un même organe dans l'embryon primordial non différencié, ils ont les mêmes origines embryologiques. Symons prétend que l'orgasme femelle a évolué de la même manière que les mamelons chez le mâle du fait d'un développement embryologique précoce. Les femelles obtiennent le tissu érectile et nerveux nécessaire à l'orgasme en raison de la pression sélective forte et continue exercée sur les mâles pour un système d'éjection du sperme par l'orgasme.
La fin du livre se consacre aux biais existant en science. Elle énonce le fait que les biais soient inévitables, mais que, lorsqu'ils sont négatifs, ils empêchent de prendre en compte les données de manière efficace (ici les données de primatologie et sexologie). Elle parle ainsi des biais adaptationniste et androcentrique liés notamment à l'étude de l'orgasme femelle.
Lloyd passe en revue de façon exhaustive toutes les données existantes concernant l'orgasme femelle, que ce soit en sexologie ou en primatologie, et leur association avec le succès reproducteur (valeur sélective). Ses méthodes sont rigoureuses et précises, toutes les sources sont scrupuleusement citées.
Cependant, dans son étude Lloyd ne considère que les orgasmes coïtaux. Une analyse complète aurait également examiner les arguments en faveur d'un orgasme féminin non coïtal adaptatif.
A travers ce livre Lloyd a voulu "attirer l'attention sur la controverse existant à ce sujet". Ainsi ce livre permet de mettre en exergue la controverse existant quant à l'origine évolutive de l'orgasme femelle. Il rassemble les différentes théories (antérieures à 2005) présentes dans la littérature, mais également relatent la majorité des études ayant été faite sur l'orgasme femelle, que ce soit chez des primates humains ou non humains. Ce livre met également en avant le fait que l'étude de ce phénomène soit sujette à des biais : l'androcentrisme et l'adaptationnisme, ce dernier étant récurrent en science de l'évolution. Ce livre a engendré la parution de nombreux articles s'intéressant à l'orgasme femelle et a ainsi permis d'alimenter le débat.
Dernière modification il y a plus de 6 ans.