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La colonisation assistée n'est pas une stratégie de conservation viable
Résumé de la review :
Dans cette review, Anthony Ricciardi et Daniel Simberloff exposent leur point de vue général sur la colonisation assistée en tant que stratégie de conservation.
Dans leur introduction, les auteurs mettent l’accent sur le changement climatique, qui selon eux est l’un des moteurs principaux du regain d’intérêt pour la colonisation assistée, pourtant proposée depuis les années 80. En effet, l’engouement récent des grands journaux et des biologistes de la conservation pour cette technique témoigne de l’urgence quant aux développements de nouvelles techniques face à des environnements changeant très rapidement. Selon les auteurs, cette nouvelle façon d’appréhender la conservation rend trop confiant les biologistes de la conservation sur l’évaluation des risques, et peut avoir des résultats désastreux si elle est généralisée aujourd’hui.
Les auteurs exposent ensuite les trois grands problèmes qui selon eux rendent la colonisation assistée trop risquée pour être mise en place à l’heure actuelle.
Dans un premier temps, ils exposent des exemples d’invasions biologiques d’espèces, introduites volontairement pas l’homme ou non, ayant eu des effets graves sur des cycles fondamentales (nutriments, carbone…), des interactions clés (mutualisme…) ou ayant permis la prolifération de parasites (multiplication des hôtes…). Tant d’exemples concrets qui montrent que les translocations d’espèces peuvent éroder la biodiversité et perturber les écosystèmes.
Ensuite, ils se concentrent sur les nombreux risques encourus lors d’introductions planifiées, qui sont censés avoir évalué et diminué les risques, notamment lors d’introduction dans des régions abritant des organismes aux écologies similaires à ceux introduits. Une figure nous montre effectivement un impact plus faible lors de translocations d’espèces au sein d’un même continent, mais les auteurs nous montrent à travers plusieurs exemples (notamment chez les espèces aquatiques) que ces risques, bien que diminués, sont loin d’être négligeables. Ils mettent notamment en avant les problèmes d’hybridations et l’introgressions lors d’ajouts d’espèces proches écologiquement, menant peu à peu à une érosion de la biodiversité.
La troisième partie argumente sur l’imprévisibilité (contingence) d’une technique comme la colonisation assistée par rapport aux connaissances actuelles des biologistes de la conservation. Selon les auteurs, les modèles coûts-bénéfices utilisés aujourd’hui sont trop simples par rapport au nombre et à la complexité des interactions interspécifiques des écosystèmes. L’étude de l’histoire des espèces invasives, présenté par les biologistes comme le prédicteur le plus fiable aujourd'hui, reste très limité, car cette information n’est disponible que pour peu d’espèces. De plus, l'utiliser pour évaluer les risques d'espèces proches écologiquement n'est pas toujours viable, car des exemples ont montré que des espèces proches pouvait avoir des comportements invasifs très différents. Les auteurs avancent également d'autres arguments accompagnés d'exemples concrets, comme le fait que des espèces peuvent cohabiter avec d’autres dans un environnement donné, et être invasives par ailleurs, ou encore que les adaptations des espèces introduites et des espèces natives puissent avoir des effets imprévisibles sur le long terme.
Les auteurs concluent en disant que les biologistes de la conservation manquent grandement de pouvoir prédictif pour la mesure des risques de la colonisation assistée, et que cette idée devrait être rejetée par principe de précaution. Leur message final est le suivant : face au réchauffement climatique, il est crucial de développer rapidement les méthodes de conservation connues comme la reproduction en captivité ou la restauration des habitats, mais qu’il y a de quoi être très sceptique face aux nouvelles techniques comme la colonisation assistée.
Rigueur de la review :
Cette review semble assez rigoureuse, car elle s'appuit sur de nombreux exemples sourcés pour chaque idée mise en avant.
Ce que cette review apporte au débat :
Cette review apparait comme un concentré de tous les problèmes que peut entrainer la mise en place d'une stratégie de conservation comme la colonisation assistée. Elle comprend de nombreux exemples de translocations et introductions ayant eux de forts impacts négatifs sur les écosystèmes, et ce même après avoir évaluer les risques avec les techniques de l'époque. Cet état des lieux datant de 2009, il est un bon repère dans le temps, qui va permettre de mettre en perspective les avancées des biologistes de la conservation durant les 10 dernières années, en allant vérifier dans la littérature si ces derniers ont résolus ou non les biais/problèmes soulevés dans cette review.
Publiée il y a plus de 6 ans
par
B. Brée.
Dernière modification il y a plus de 6 ans.
La colonisation assistée n'est pas une stratégie de conservation viable
Résumé de la review :
Dans cette review, Anthony Ricciardi et Daniel Simberloff exposent leur point de vue général sur la colonisation assistée en tant que stratégie de conservation.
Dans leur introduction, les auteurs mettent l’accent sur le changement climatique, qui selon eux est l’un des moteurs principaux du regain d’intérêt pour la colonisation assistée, pourtant proposée depuis les années 80. En effet, l’engouement récent des grands journaux et des biologistes de la conservation pour cette technique témoigne de l’urgence quant aux développements de nouvelles techniques face à des environnements changeant très rapidement. Selon les auteurs, cette nouvelle façon d’appréhender la conservation rend trop confiant les biologistes de la conservation sur l’évaluation des risques, et peut avoir des résultats désastreux si elle est généralisée aujourd’hui.
Les auteurs exposent ensuite les trois grands problèmes qui selon eux rendent la colonisation assistée trop risquée pour être mise en place à l’heure actuelle.
Dans un premier temps, ils exposent des exemples d’invasions biologiques d’espèces, introduites volontairement pas l’homme ou non, ayant eu des effets graves sur des cycles fondamentales (nutriments, carbone…), des interactions clés (mutualisme…) ou ayant permis la prolifération de parasites (multiplication des hôtes…). Tant d’exemples concrets qui montrent que les translocations d’espèces peuvent éroder la biodiversité et perturber les écosystèmes.
Ensuite, ils se concentrent sur les nombreux risques encourus lors d’introductions planifiées, qui sont censés avoir évalué et diminué les risques, notamment lors d’introduction dans des régions abritant des organismes aux écologies similaires à ceux introduits. Une figure nous montre effectivement un impact plus faible lors de translocations d’espèces au sein d’un même continent, mais les auteurs nous montrent à travers plusieurs exemples (notamment chez les espèces aquatiques) que ces risques, bien que diminués, sont loin d’être négligeables. Ils mettent notamment en avant les problèmes d’hybridations et l’introgressions lors d’ajouts d’espèces proches écologiquement, menant peu à peu à une érosion de la biodiversité.
La troisième partie argumente sur l’imprévisibilité (contingence) d’une technique comme la colonisation assistée par rapport aux connaissances actuelles des biologistes de la conservation. Selon les auteurs, les modèles coûts-bénéfices utilisés aujourd’hui sont trop simples par rapport au nombre et à la complexité des interactions interspécifiques des écosystèmes. L’étude de l’histoire des espèces invasives, présenté par les biologistes comme le prédicteur le plus fiable aujourd'hui, reste très limité, car cette information n’est disponible que pour peu d’espèces. De plus, l'utiliser pour évaluer les risques d'espèces proches écologiquement n'est pas toujours viable, car des exemples ont montré que des espèces proches pouvait avoir des comportements invasifs très différents. Les auteurs avancent également d'autres arguments accompagnés d'exemples concrets, comme le fait que des espèces peuvent cohabiter avec d’autres dans un environnement donné, et être invasives par ailleurs, ou encore que les adaptations des espèces introduites et des espèces natives puissent avoir des effets imprévisibles sur le long terme.
Les auteurs concluent en disant que les biologistes de la conservation manquent grandement de pouvoir prédictif pour la mesure des risques de la colonisation assistée, et que cette idée devrait être rejetée par principe de précaution. Leur message final est le suivant : face au réchauffement climatique, il est crucial de développer rapidement les méthodes de conservation connues comme la reproduction en captivité ou la restauration des habitats, mais qu’il y a de quoi être très sceptique face aux nouvelles techniques comme la colonisation assistée.
Cette review semble assez rigoureuse, car elle s'appuit sur de nombreux exemples sourcés pour chaque idée mise en avant.
Cette review apparait comme un concentré de tous les problèmes que peut entrainer la mise en place d'une stratégie de conservation comme la colonisation assistée. Elle comprend de nombreux exemples de translocations et introductions ayant eux de forts impacts négatifs sur les écosystèmes, et ce même après avoir évaluer les risques avec les techniques de l'époque. Cet état des lieux datant de 2009, il est un bon repère dans le temps, qui va permettre de mettre en perspective les avancées des biologistes de la conservation durant les 10 dernières années, en allant vérifier dans la littérature si ces derniers ont résolus ou non les biais/problèmes soulevés dans cette review.
Dernière modification il y a plus de 6 ans.