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Le risque d'extinction - ce que tu ne connais pas te fera du mal
Résumé de la review :
Certaines circonstances écologiques, comme vivre sur une île ou dans un habitat vierge, mènent souvent à de fort niveaux de prédation parmi les populations de proies quand les prédateurs sont réintroduits. En effet, il s'avère que 81% ds extinctions connues de mammifères ces 500 dernières années concernaient des mammifères endémiques d'îles. Pour illustrer en quoi la non-vigilance du danger peut mener à l'extinction, l'exemple le plus marquant est celui des extinctions qui ont eu lieu à la fin du Quaternaire, où plus de la moitié des 167 genres de larges mammifères (>44kg) se sont éteints dû à la colonisation des Hommes chasseurs.
Aujourd'hui, beaucoup des grands carnivores terrestres sont en danger d'extinction, cependant, les efforts de conservation pour réintroduire ces carnivores dans leur habitat d'origine soulève des questions car il existe une possibilité de réduction drastique des populations de proies.
Parmi des 165 programmes de réintroduction de carnivores menés jusque là, 28 seulement impliquaient des espèces menacée, 70 ont été un succès, 44 ont échoué, et aucun programme n'a cherché à évaluer comment les populations de proies répondaient à la réintroduction des prédateurs. Effectivement, les effets de l'expansion de carnivores dans le monde sur les populations de proies n'ayant jamais eu la capacité d'être vigilantes vis à vis des prédateurs, pourraient être dévastateurs.
Une étude de Berger et al. (2001) a cherché à évaluer la réponse des populations d'élans endémiques de l'Amérique du Nord et de la Scandinavie à la réintroduction du loup et du grizzly. Ils y montrent que les réponses anti-prédateurs peuvent être gagnées et perdues très rapidement. En Alaska où les grizzly, les loups et les élans vivent ensemble depuis des millénaires, les élans sont très sensibles au signaux olfactifs et vocaux es prédateurs. À l'inverse, dans le Parc National du Grand Teton dans le Wyoming, les élans ont été isolés des loups et des grizzly pendant plus de 75 ans (10 générations) et ne possédaient plus la capacité de détecter les prédateurs. Cette perte de capacité peut être dévastatrice. Dans une partie du Parc, depuis la recolonisation du grizzly en 1966, au moins 10 élans ont été tués en 5 ans, alors que dans le Parc du Yellowstone où les grizzly et les élans ont toujours cohabité durant les 100 dernières années, aucune prédation sur les élans n'a été observée entre 1959 et 1992. Cela indique la sensibilité des proies non-vigilantes aux nouveaux prédateurs. Cependant, Berger et al. ont montré que ces proies apprennent très vite à devenir vigilantes et à avoir une réponse appropriée aux prédateurs.
Les vrais effets de la réintroduction de prédateurs dépend de la taille des populations de proies. Si une population de proies est déjà réduite, un rapide apprentissage des capacités à détecter les prédateurs n'aidera pas et la population sera menée à l'extinction. En revanche, si la population de proies est assez importante, la réintroduction de prédateurs ne devrait pas mener à son extinction.
Une question se pose alors : est-ce que les programmes de conservation devraient pré-conditionner les proies à la réintroduction d'un carnivore ? Devrait-il y avoir une étape d'apprentissage des proies ?
Ce que cette review apporte au débat :
Cette revue met l'accent sur le fait que de nombreux programmes de conservation impliquent la réintroduction de grands prédateurs, mais que ces réintroductions peuvent avoir des effets dramatiques sur les populations de proies qui n'étaient plus habituées à la présence de ces carnivores et qui ont perdu toutes capacité à les détecter.
Cependant, fort heureusement, l'article semble indiquer que l'apprentissage des proies aux signaux de danger est ensuite plutôt rapide.
La réintroduction de grands carnivores doit donc prendre en compte ce paramètre et vérifier que les populations de proies sont assez importantes pour que la réintroduction de leurs prédateurs ne cause pas leur extinction.
Publiée il y a plus de 6 ans
par
M. Raynaud et M. Villegas.
Dernière modification il y a plus de 6 ans.
Le risque d'extinction - ce que tu ne connais pas te fera du mal
Résumé de la review :
Certaines circonstances écologiques, comme vivre sur une île ou dans un habitat vierge, mènent souvent à de fort niveaux de prédation parmi les populations de proies quand les prédateurs sont réintroduits. En effet, il s'avère que 81% ds extinctions connues de mammifères ces 500 dernières années concernaient des mammifères endémiques d'îles. Pour illustrer en quoi la non-vigilance du danger peut mener à l'extinction, l'exemple le plus marquant est celui des extinctions qui ont eu lieu à la fin du Quaternaire, où plus de la moitié des 167 genres de larges mammifères (>44kg) se sont éteints dû à la colonisation des Hommes chasseurs.
Aujourd'hui, beaucoup des grands carnivores terrestres sont en danger d'extinction, cependant, les efforts de conservation pour réintroduire ces carnivores dans leur habitat d'origine soulève des questions car il existe une possibilité de réduction drastique des populations de proies.
Parmi des 165 programmes de réintroduction de carnivores menés jusque là, 28 seulement impliquaient des espèces menacée, 70 ont été un succès, 44 ont échoué, et aucun programme n'a cherché à évaluer comment les populations de proies répondaient à la réintroduction des prédateurs. Effectivement, les effets de l'expansion de carnivores dans le monde sur les populations de proies n'ayant jamais eu la capacité d'être vigilantes vis à vis des prédateurs, pourraient être dévastateurs.
Une étude de Berger et al. (2001) a cherché à évaluer la réponse des populations d'élans endémiques de l'Amérique du Nord et de la Scandinavie à la réintroduction du loup et du grizzly. Ils y montrent que les réponses anti-prédateurs peuvent être gagnées et perdues très rapidement. En Alaska où les grizzly, les loups et les élans vivent ensemble depuis des millénaires, les élans sont très sensibles au signaux olfactifs et vocaux es prédateurs. À l'inverse, dans le Parc National du Grand Teton dans le Wyoming, les élans ont été isolés des loups et des grizzly pendant plus de 75 ans (10 générations) et ne possédaient plus la capacité de détecter les prédateurs. Cette perte de capacité peut être dévastatrice. Dans une partie du Parc, depuis la recolonisation du grizzly en 1966, au moins 10 élans ont été tués en 5 ans, alors que dans le Parc du Yellowstone où les grizzly et les élans ont toujours cohabité durant les 100 dernières années, aucune prédation sur les élans n'a été observée entre 1959 et 1992. Cela indique la sensibilité des proies non-vigilantes aux nouveaux prédateurs. Cependant, Berger et al. ont montré que ces proies apprennent très vite à devenir vigilantes et à avoir une réponse appropriée aux prédateurs.
Les vrais effets de la réintroduction de prédateurs dépend de la taille des populations de proies. Si une population de proies est déjà réduite, un rapide apprentissage des capacités à détecter les prédateurs n'aidera pas et la population sera menée à l'extinction. En revanche, si la population de proies est assez importante, la réintroduction de prédateurs ne devrait pas mener à son extinction.
Une question se pose alors : est-ce que les programmes de conservation devraient pré-conditionner les proies à la réintroduction d'un carnivore ? Devrait-il y avoir une étape d'apprentissage des proies ?
Cette revue met l'accent sur le fait que de nombreux programmes de conservation impliquent la réintroduction de grands prédateurs, mais que ces réintroductions peuvent avoir des effets dramatiques sur les populations de proies qui n'étaient plus habituées à la présence de ces carnivores et qui ont perdu toutes capacité à les détecter.
Cependant, fort heureusement, l'article semble indiquer que l'apprentissage des proies aux signaux de danger est ensuite plutôt rapide.
La réintroduction de grands carnivores doit donc prendre en compte ce paramètre et vérifier que les populations de proies sont assez importantes pour que la réintroduction de leurs prédateurs ne cause pas leur extinction.
Dernière modification il y a plus de 6 ans.