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Titre de l'article :

Ressusciter les interactions éteintes avec des substituts existants


Introduction à l'article :

Les restaurations écologiques devraient plus concerner les interactions entre espèces que la diversité des espèces per se. Les programmes de ré-ensauvagement, utilisant des taxons de substitution, consistent en l'introduction intentionnelle d'espèces exotiques pour remplacer des fonctions écosystémiques d'espèces récemment éteintes. Ceci est un moyen d'inverser le dysfonctionnement des écosystèmes qui suit la perte d'interactions entre espèces. Cependant, cette méthode est assez controversée, dû à un manque d'études scientifiques. Cet article cherche donc à présenter la première preuve empirique d'un projet de ré-ensauvagement in situ via l'introduction d'une espèce de tortue géante Aldabrachelys gigantea sur l'île aux Aigrettes (île des îles Maurice) afin de permettre la dispersion des graines de l'ébène endémique Diospyros egrettarum dont la dispersion est limitée et qui constitue une espèce menacée. Cette dispersion était assurée par des tortues géantes frugivores qui se sont éteintes.

Expériences de l'article :

L'expérience a été menée sur l'île aux Aigrette entre 2007 et 2009.

En novembre 2007, ils ont étudié la dispersion abiotiques des fruits et des graines en comptant le nombres de fruits tombés sous les arbres dans une régions inaccessible aux tortues.
Ils ont ensuite quantifié la dispersion des graines par les tortues. Tous les ébènes adultes ont été cartographiés et sont intéressés aux patchs où les tortues dispersaient les graines au delà de 1m de l'arbre parent.
Ils ont déterminé l'effet du passage des graines dans l'intestin des tortues, en comparant le pourcentage de graines semées qui ont germées et le nombre de jour nécessaires à la germination avec les graines non traitées. Pour cela ils ont nourrit 8 adultes de fruits d'ébènes. La graine traverse l'intestin sans être endommagée.
Des LM et GLMM ont été utilisés pour analyser statistiquement les données et voir si le passage dans l'intestin améliorait la germination.

Résultats de l'article :

La dispersion abiotique des fruits de l'ébène est uniquement du à la gravité. Très peu de fruits ont été retrouvés au dela de la canopée de l'arbre mère.
Ce sont des tortues géantes Aldabra qui ont été introduites pour remplacer les frugivores qui se sont éteints sur l'île du notamment à leur similarité avec les tortues éteintes.
Les premiers individus introduits ne semblaient pas avoir d'impact négatifs sur les communautés de plantes indigènes. Peu de fruits mures restaient sous le couvert des arbres car les tortues en consommaient beaucoup, résultant en de dense tapis de semis loin des arbres mères du à l'ingestion et à la défécation des tortues (+ de 500 patches). Cette dispersion n'existait pas avant l'introduction des tortues.
Le passage des graines dans l'intestin améliorait leur germination : elles germaient plus facilement et plus rapidement.

Ce que cet article apporte au débat :

L'introduction de taxon de substitution a permis ici de restaurer une interaction endémique de dispersion de graine.
Il semble que ce concept d'introduction de taxons exotiques soit en conflit avec le management plus traditionnel dont la norme est d'enlever les espèces exotiques.
Aujourd'hui de nombreuses espèces sont menacées d'extinction. C'est pourquoi, afin de restaurer les fonctions écologiques, il faut penser à de nouvelles solutions pour restaurer ces fonctions et augmenter la résilience des écosystèmes aux futures perturbations.

Remarques sur l'article :

L'étude n'est menée que sur 2 ans. Les auteurs indiquent que la tortue introduite présente un large régime alimentaire. Elle est donc susceptible de se nourrir de bien d'autres choses que des fruits de l'ébène, impactant peut être négativement les communautés végétales sur le long terme, (bien que les auteurs aient indiqué qu'elle ne semblait pas avoir d'impact sur la végétation, cette vérification a eut lieu cependant dans un enclos avant qu'elle soit lâchées librement dans l'île). Des recherches à long terme doivent ainsi être menées pour déterminer les effets de la tortue sur les autres biota natifs, et sur la façon dont la tortue interagit avec les espèces de plantes invasives et exotiques. Cela nécessite des analyses de coûts-bénéfices.

Publiée il y a plus de 6 ans par M. Raynaud et M. Villegas.
Dernière modification il y a plus de 6 ans.