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Titre de l'article :

La variabilité clitoridienne comparée à la variabilité pénienne soutient la non adaptation de l'orgasme féminin


Introduction à l'article :

Cet article écrit par Lloyd et Wallen, est publié 3 ans après le livre de Lloyd ("The Case of the Female Orgasm: Bias in the Science of Evolution"). Ce livre mettait en avant la controverse autour de l'évolution de l'orgasme femelle et les biais rattachés à l'étude de ce phénomène. Lloyd y soutenait la théorie du sous-produit pour expliquer l'origine évolutif de l'orgasme femelle. Suite à la parution de son livre de nombreux articles à ce sujet se sont succédés.
Dans cet article Lloyd et Wallen apporte une preuve permettant de soutenir la théorie du sous produit de Symons défendue par Lloyd 3 ans plus tôt. Les auteures s'intéressent ici uniquement à l'orgasme féminin et non au cas de l'orgasme femelle en général. C'est à dire que seul le cas de l'humain est traité ici, les primates non-humains n'étant pas considéré dans cette étude.

Expériences de l'article :

Pour défendre la théorie du sous-produit, les auteures s'intéressent à la variation des tailles de pénis en comparaison à la variation des longueurs de clitoris et du vagin. Si l'orgasme féminin est une adaptation on pourrait s'attendre à ce que les structures génitales responsables du déclenchement de l'orgasme chez la femme, le clitoris, et chez l'homme, le pénis, démontrent de faibles variations de tailles et de même ordre de grandeur (dû fait de fortes pressions de sélection).
Les auteures disposent deux jeux de données issus d'articles précédents. Le premier correspond à des mesures de longueurs de clitoris et de vagin, le second correspond à des mesures de longueurs de pénis.
A partir de ses données, les auteures calculent les coefficients de variations (écart type d'une mesure divisé par sa moyenne multiplié par 100) pour chacune des trois mesures. La variabilité entre chacune des mesures est comparée en utilisant un f-ratio (ratio des coefficients de variation élevés au carré).

Résultats de l'article :

La longueur du clitoris varie significativement plus que celle du pénis et que celle du vagin. Il n'existe cependant pas de variations significatives entre longueur du vagin et longueur du pénis.
Cette variation non significative entre vagin et pénis pourrait être expliquée par le fait que ces deux organes aient co-évolué.
Il existe un lien étroit entre le clitoris et les orgasmes féminins et d'après les auteurs, la variabilité marquée de la taille du clitoral suggère une pression sélective minime, voire nulle, sur la structure clitoridienne et, par conséquent, sur l’orgasme féminin lui-même. Il s'agirait donc ici d'une preuve de la théorie du sous-produit. L'orgasme féminin existerait du fait de processus embryologiques étant conditionnés par la sélection sur la capacité masculine de l'orgasme. Il n'y aurait donc aucune sélection directe sur la forme féminine du trait ce qui expliquerait les fortes variations de taille du clitoris.

Rigueur de l'article :

Cet article est rigoureux. Toutes les informations concernant les jeux de données sont fournies (provenance, taille d'échantillon, à quoi s'apparentent les mesures, ...). Les analyses statistiques sont décrites clairement.
On peut cependant y faire une critique. En effet, les auteures ne s'intéressent qu'à la mesure du gland clitoridien (partie externe et visible du clitoris), or le clitoris ne se réduit pas au gland puisqu'il est prolongé par deux racines entourant le vagin et l'urètre. Ainsi, les variations de longueurs observées ne concernant que le gland clitoridien et non le clitoris dans son ensemble (par opposition aux mesures de longueurs de pénis).

Ce que cet article apporte au débat :

Cet article tente d'apporter des preuves empiriques soutenant la théorie du sous produit, ce que Lloyd n'avait pas forcément fait dans son livre et ce qui lui avait d'ailleurs été reproché.

Publiée il y a plus de 6 ans par F. Laugier.
Dernière modification il y a plus de 6 ans.