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Titre de l'article :

Quand l'éradication des plantes exotiques est-elle un objectif réaliste ?


Figure :

Figure 1 (gauche) : Dépendance du succès de l'éradication (%) et de l'effort moyen d'éradication par invasion (heures de travail) en fonction de la taille initiale d'invasion.
Figure 2 (droite) : Dépendance de l'effort d'éradication à l'ampleur des invasions initiales de 6 espèces de PEN. Ce diagramme indique également que l'éradication des adventices aquatiques (Altemathera et Hydrilla) est plus difficile.
Table (bas) : Zones brutes d'invasion initiale (au début des projets d'éradication) de PEN en Californie, nombre d'invasions éradiquées, nombre de projets en cours et effort moyen d'éradication pour cinq catégories de zones d'invasions.
Rejmánek, M., & Pitcairn, M. J. (2002). When is eradication of exotic pest plants a realistic goal. Turning the tide: the eradication of invasive species, 249-253.

Introduction à l'article :

Il existe de nombreuses manières de contrôler ou éradiquer des plantes exotiques nuisibles (PEN), qui font donc l'objet de politique de gestion. Cela est-il cependant toujours réalistes et envisageables ?
Il existe des cas d’éradication de petites populations invasives (surtout sur des îles). Par ailleurs, des animaux exotiques largement répandus ont aussi pu être éradiqués dans quelques cas encourageants. Cette étude cherche à savoir s'il est possible d'éradiquer des PEN problématiques et largement répandue à l'aide de données du CDFA (Dép. d'alim. et d'agri. de Californie).
Les plantes sont classées selon une côte (ABCQ) détaillant leur degré et stade d'invasivité et légiférant l'habilitation de différents acteurs à agir contre l'invasion.
Les actions d'éradication concernent les plantes "A", sur une zone nette à éradiquer et une zone large à surveiller régulièrement. Il faut 3 ans consécutifs d'absence de plante sur la zone d'invasion initiale pour que l'éradication soit considérée réussie.

Expériences de l'article :

L'analyse se base sur 53 invasions de 18 espèces classée "A" (Tableau 1) dont les données ont été fournies par le CDFA.
Pour chaque infestation d'adventices ("mauvaises herbes"), les informations suivantes ont été obtenues :

  • (1) la taille de l'infestation après la délimitation : superficie nette (zone à éradiquer) et superficie brute (zone large à surveiller),
  • (2) la date de la première découverte de la plante,
  • (3) le nombre total de visites sur le site à ce jour,
  • (4) l'effort d'éradication par invasion (i.e le nombre d'heures de travail consacrées au site à ce jour, y compris le temps de déplacement aller et retour)
  • (5) le statut actuel de l'invasion.
Résultats de l'article :

D'abord, l'éradication "professionnelle" de PEN sur une zone brute initiale d'invasion (ZBI) <1 ha semble possible.
De plus, les éradication d'1/3 des ZBI entre 1 ha et 100 ha et 1/4 entre 101 et 1000 ha sont réussies. Cependant, les coûts augmentent considérablement avec la surface. Au delà de 1000 ha, les coûts ne sont sans doute pas envisageables. Les 3 éradications réussies de ZBI >100 ha avaient une superficie nette relativement faible.
Pour une ZBI <1000 ha, l'effort moyen par invasion est toujours plus grand pour les projets en cours que pour les éradications réussies. L'effort accru n'est donc pas forcement le facteur principal du succès.
De plus, l'effort d'éradication augmente avec la superficie envahie mais l'effort/ha diminue en même temps.
Au sein d'une même espèce, la tendance "taille de l'invasion" vs "effort à fournir" reste la même (Fig 2). Les invasions de grande taille ne correspondent donc pas forcément à des espèces plus persistantes et donc plus difficiles à éradiquer.

Rigueur de l'article :

Cet article manque d'un peu de rigueur, ou en tout cas de précisions concernant certains biais possibles de l'étude. On peut d'abord remarquer le faible effectif du jeu de donnée (53 invasions / 18 espèces), qui mène à se demander s'il n'y a pas de dépendance entre les espèces, leur superficie d'invasion et leur difficulté d'éradication. La figure 2, présentant la dépendance entre effort d'éradication et ampleur de la ZBI ne semble pas permettre d'éliminer une possible dépendance intraspécifique.

La structure même de l'article est peu claire : des interprétations de résultat, relevant de discussion apparaissent par exemple dans les Résultats.

Enfin, les analyses semblent complètement détachées de la biologie des espèces et notamment de leur interaction avec un type d'environnement (à par une remarque sur les espèces aquatiques). Il n'y a par ailleurs aucune discussion ou mise en relation entre effort à allouer et biologie des plantes (modes de dispersion, caractère annuel, persistant etc).

Ce que cet article apporte au débat :

Cette étude suggère qu'il est important de détecter et traiter les cas d'invasions dès les premiers stades, lorsque la superficie initiale est encore petite. Ceci est en réalité assez intuitif mais n'avait pas encore été réellement quantifié.
Les analyses d'efforts entrepris par invasion et d'efforts par surface d'invasion montrent également qu'il n'est probablement pas efficace d'essayer d'éradiquer l'invasion des PEN répandus sur une très large surface en utilisant beaucoup de ressources mais sans maximiser l'effort/ha.

Les auteurs préconisent également de concentrer les efforts et ressources sur des espèces dont l'invasivité et la nuisance ont réellement été prouvées et que c'est davantage sur cette base que sur la taille de la ZBI que devraient se faire les décisions d'éradication.

Enfin, les données présentées ici proviennent de Californie, ce qui montre qu'il est possible d'éradiquer des plantes invasives même sur le continent (pas juste les îles), au stade précoce d'invasion.

Remarques sur l'article :

Cet article a été publié dans un livre* : Inverser le cours des choses : l'éradication des espèces envahissantes : Actes de la Conférence internationale sur l'élimination des espèces insulaires envahissantes, publié en 2002 par Veitch et Clout. De nombreux articles y sont consignés et pourrait constituer une ressource bibliographique intéressante.

*Veitch, C. R., & Clout, M. N. (Eds.). (2002). Turning the tide: The eradication of invasive species: Proceedings of the International Conference on Eradication of Island Invasives (No. 27). IUCN.

Publiée il y a plus de 6 ans par E. Reboud.
Dernière modification il y a plus de 6 ans.