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Analyse de la référence Don't judge species on their origins

Titre de la review :

Ne jugez pas les espèces sur leurs origines


Résumé de la review :

L'idée que les espèces exotiques sont néfastes pour l'environnement est répandue parmi les conservationnistes, les gestionnaires, le public, les dirigeants, ainsi que un certain nombre de scientifiques. Dans un contexte où les écosystèmes sont profondément modifiés par les activités humaines, il est pourtant important d'accepter que ce sont des systèmes dynamiques où la distinction dichotomique entre espèces native et exotique en vue de leur éradication systématique peut s'avérer simplement contre-productif.

Il existe bien sûr des exemples d'espèces introduites par l'homme ayant entraîné l'extinction d'espèces et l'altération d'importants services écologiques (eau propre, ressources en bois...) (e.g. l'extinction d'oiseaux natifs à cause du paludisme aviaire à Hawaii, ou le coût économique lié à l'obstruction de canalisations par la moule zébrée aux USA).
Cependant, dans de nombreux cas, les données ne sont pas suffisantes pour tirer de conclusion, comme dans l'étude de Wilcove et al, 1998, qui a avancé que les espèces invasives étaient la 2nde plus grande menace pour les espèces natives après la perte d'habitats, et a ainsi apportée une perception erronée des espèces exotiques.

À part dans le cas d'invasion de prédateurs et de pathogènes sur les îles et dans les lacs, des analyses récentes suggèrent que les espèces invasives ne représentent pas une menace d'extinction majeure pour la plupart des espèces dans la plupart des environnements. En fait, selon cette même source, l'introduction d'espèces exotique a même presque toujours augmenté le nombre d'espèces dans une région. Bien sûr, l'impact d'une espèce exotique peuvent varier avec le temps et devenir nuisible à l'avenir, mais au même titre qu'une espèce native. C'est d'ailleurs ce qu'illustre le cas du Dendroctonus ponderosae, un coléoptère natif soupçonné de tuer les pins aux Etats-Unis.
Par ailleurs, de nombreux efforts de conservation et de restauration menés sur la base d'une considération purement systématique (natif vs exotique) n'ont guère de sens écologique ou économique. C'est le cas de la plante, initialement mexicaine, Martynia annua, que l'Australie tente d'éradiquer depuis 20 ans à coup de campagne d'arrachage manuel. Elle prolifère pourtant toujours autant sans que son caractère nuisible pour l'environnement et la biodiversité n'ait été réellement prouvé.

Un autre cas intéressant est celui des tamaris, arbuste résistant à la sécheresse et au sel, introduit dans les terres arides des USA au 19ème siècle, d'abord pour l'ornement, puis comme arbres d'ombrage pour les agriculteurs. Il est violemment combattu depuis les années 1940 car il "pomperait" trop d'eau. Depuis, il a été prouvé que les tamaris n'utilisent pas plus d'eau que les espèces natives et qu'ils sont l'habitat de nidification privilégié d'un oiseau en voie de disparition (Empidonax traillii extimus). Les arbres font partis des rares arbustes qui ont survécu aux modifications humaines du paysage. Cela n'a pourtant pas empêché l'état américain de continuer à exterminer les tamaris, mettant ainsi paradoxalement en danger l'espèce d'oiseau native.

Finalement, quel est le problème de se baser sur la distinction natif/exotique pour la gestion des écosystèmes ?

C'est d'abord penser qu'un écosystème ne devrait pas s'éloigner d'un état, fixé dans le temps par notre (faible) connaissance et d'en oublier l'historique et le caractère fondamentalement dynamique (le faisan à collier est par exemple considéré par le public comme natif des USA alors qu'il a été introduit d'Asie il y a plusieurs siècles).
C'est, de plus, se fixer des objectifs parfois irréalisables car trop ambitieux, comme les 26 échecs sur les 30 éradications entreprises aux Galápagos.

Il faudrait donc rigoureusement prendre en compte les avantages ou dommages causés à la biodiversité, à la santé humaine et aux services écologiques et économique avant de tenter d'éradiquer une espèce exotique, et non pas seulement se préoccuper de son origine.

Rigueur de la review :

Cette review provient de la prestigieuse revue Nature et a été co-écrite par 19 chercheurs (Etats-Unis ainsi que quelques autres pays). De manière général, la review est de très bonne qualité, simple et efficace dans son propos.

Toutefois, comme souvent pour cette revue, c'est un article assez court, avec relativement peu d'articles cités pour appuyer les propos (e.g. la remarque à propos des échecs d'éradication aux Galápagos).

Par ailleurs, les auteurs avancent des arguments d'une grande importance, telle que : "The introduction of non-native species has almost always increased the number of species in a region". Or la référence de cette citation est un livre qu'a lui-même écrit l'auteur principal M.Davis.

Ce que cette review apporte au débat :

Cet review apporte finalement peu d'arguments nouveaux au débat, mais synthétise bien le problème d'entreprendre l'éradication d'une espèce en se basant seulement sur son caractère exotique. Elle apporte par ailleurs de nombreux exemples pertinents dans le débat, qui ouvrent sur un certain nombre de questions intéressantes :

Quelle attitude adopter vis-à-vis d'espèces invasives jouant un rôle majeur dans la protection/la survie d'une espèce native menacée ? Peut-être ces invasives ont-elles un effet néfaste vis-à-vis de certains acteurs de l'écosystème et bénéfique pour d'autres ?

Ici, les auteurs, comme Gurevitch and Padilla, (2004) préconisent de se baser sur les aspects fonctionnels d'une invasive, et son impact réel sur l'environnement et les espèces autochtones avant d'entreprendre une éradication. Est-il faisable d'évaluer cet impact et l'ensemble des effets et interactions qu'entretient l'espèce invasive avec son nouvel environnement ? Cela n’entraînera-t-il pas un coût très important ?

Publiée il y a plus de 6 ans par E. Reboud.
Dernière modification il y a plus de 6 ans.