ControverSciences est archivé. Il reste consultable mais il n'est plus possible de contribuer.
Le code source pour faire tourner le serveur reste disponible sur GitHub.
Titre de l'article :

L'éradication des mammifères envahissants dans les îles se traduit par des gains substantiels en matière de conservation


Introduction à l'article :

Le taux d'extinction et de déclin de la biodiversité reste croissant, bien que des efforts financiers et matériels considérables soient investis chaque année. Les techniques de conservations sont de plus en plus ciblée et conçues pour être efficaces, mais l'évaluation du succès de ces actions, lui, reste rare (à part en zone protégée).
Le cas des îles est particulier car c'est un type écosystème particulièrement riche en diversité endémique et très sensible (il contient une grande part des espèces connues éteintes ou en danger). Les mammifères exotiques sont une menace sévère pour ces écosystèmes et les tentatives d'éradication des mammifères envahissants (EIM) sont de plus en plus courantes. Pourtant, aucune étude n'a déjà tenté de quantifier leur effet.

L'étude analyse les résultats d'EIM sur îles en distinguant les réponses démographiques des espèces natives :

  • une reprise prouvée - "demonstrated beneficiaries" (DB)
  • une reprise prédite - "predicted beneficiaries" (PB)
  • un déclin prouvé
Expériences de l'article :

En cherchant les effets prouvés de toutes les îles (82% des éradications mondiales de mammifère envahissants) où une EIM a réussi, sur la base de données DIISE, les auteurs ont distingué 5 catégories de réponses positives (rétablissement de la population résidente, recolonisation (naturelle après sa disparition), colonisation non assistée, introduction de conservation et recolonisation assistée) et 2 catégories de réponses négatives (mortalité non ciblée à court terme : baisse démographique mais peu d'effet à l'échelle populationnelle et baisse démographique à cause de toxicité (des méthodes d'éradication) ou de changements des habitats ou proies disponibles).

En terme de prédication de bénéfices, les auteurs ont répertorié sur la base de données TIB toutes les espèces fortement menacées vivants sur les îles, en considérant qu'elles bénéficieraient d'une éradication de mammifères. Les îles à populations humaines trop importantes ont été retirées car les éradications y sont trop difficiles.

Résultats de l'article :

Globalement, 321 espèces natives (786 populations) ont bénéficié ou devraient bénéficier d'une EIM sur 261 îles du monde. Quelques cas de réponses négatives existent, des espèces natives souffrant transitoirement des techniques d'EIM (e.g. empoisonnement direct ou indirect). Ces effets secondaires doivent être pris en compte mais nuancés par les bénéfices à long terme de l'EIM sur la dynamique des espèces natives. Enfin, les EIM ont provoqué le déclin durable de 8 espèces, bien qu'un regain est attendu pour 4 d'entres elles.

Aucun cas d'effet neutre d'EIM n'a été rapporté, mais c'est sans doute un biais de publication (qui rendent rarement compte de résultats non-significatifs). De même, aucune réponse d'invertébré ou d'amphibien natif n'a été trouvée, sans doute à cause de difficultés et manques de suivi de ces espèces.

Dans l'ensemble, l'EIM semble être un outil puissant de conservation et permet d'enrayer la perte de biodiversité et restaurer l'intégrité des écosystèmes insulaires.

Rigueur de l'article :

Les données extraites ont été vérifiées par des experts, ce qui amène de la rigueur dans cette analyse.

Par ailleurs, l'analyse s'est concentrée sur l’éradication de mammifères. Un certain nombre d'acteurs n'ont pas été pris en compte dans l'analyse et les résultats sont biaisés par l'effet échantillonnage des études (oiseaux, reptiles). Les auteurs eux-même le reconnaissent, mais cela en réduit la puissance.

L'analyse n'a par exemple pas tenu compte de l'éradication des plantes, oiseaux, reptiles ou invertébrés envahissants. De plus, l'effets des EIM sur les plantes natives n'a pas été quantifié (ni effet positif lié à une herbivorie moindre ni effet négatifs lié à une dispersion plus difficile). Plus généralement, l'effet global et durable des EIM sur les écosystèmes n'a pas été évalué. Il n'y a pas, par exemple, de prise en compte d'invasions possibles d'autres espèces invasives (mammifères, mais aussi plantes par exemple) que la présence de mammifère permettait de contenir jusqu'alors.

Ce que cet article apporte au débat :

L'analyse permet de montrer que l'éradication de mammifères invasifs sur les îles est un outils de conservation puissant, qui a déjà fait ses preuves pour un grand nombre d'espèces insulaires menacées et pourrait permettre à d'autres espèces d'en bénéficier encore, bien que les populations humaines semblent rester un facteur limitant l'efficacité des éradication.

Les éradications de mammifères permettent un recouvrement démographique des espèces natives ainsi que des colonisations ou recolonisation, assistées par l'homme ou non.

D'après les auteurs, des effets secondaires à ces éradications ont été identifiés sur certaines espèces mais restent marginaux et transitoires.
Cependant, les impacts réels et à plus long terme sur les écosystèmes restent assez mal connus.

Remarques sur l'article :

Les données de seulement 8 pays, représentant la quasi inégalité des éradications de mammifères, ont été utilisées : Nouvelle-Zélande, Australie, Equateur, Etats-Unis, France, Royaume-Uni, Seychelles, Mexique.

Les base de données utilisées pour l'études sont :

  • Database of Island Invasive Species Eradication (DIISE)
  • Threatened Island Biodiversity database (TIB)
Publiée il y a plus de 6 ans par E. Reboud.
Dernière modification il y a plus de 6 ans.