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Titre de l'article :

Cascades trophiques dans le Yellowstone : les 15 premières années après la réintroduction du loup


Introduction à l'article :

Dans un système trophique, on retrouve en général trois niveaux : les prédateurs, les proies et les plantes. On peut observer indirectement l'impact des prédateurs en regardant la croissance des plantes. Celles-ci sont en effet plus ou moins victimes d'herbivorie en fonction de la présence ou non de prédateurs.

Dans le parc du Yellowstone, il a été montré que l'extermination des loups dans les années 20 a eu pour conséquence la prolifération des grands herbivores comme les élans, et donc indirectement la baisse de recrutement du tremble, du saule et du peuplier.

Le loup a été réintroduit dans le parc en hiver 1995 / 1996. Les auteurs s'interrogent donc sur les effets de la réintroduction de cet espèce sur le recrutement du saule, du tremble et du peuplier.

Expériences de l'article :

Les auteurs avaient déjà fait une étude en 2006, évaluant l'évolution de la taille et de l'herbivorie dur des pousses de tremble à l'aide de l'architecture des plantes, de 1998 à 2006.
En 2010, ils sont revenus étudier 485 pousses de tremble dans 97 des 98 parcelles de 2006. Un des sites a été exclu parce qu'un conifère avait été abattu, pouvant fausser les résultats. Pour chaque pousse, ils ont noté la croissance annuelle, la taille actuelle et les cicatrices d'attaque par les herbivores. Ils ont également noté la présence ou non de souches à moins de 3m, celles-ci pouvant représenter un obstacle pour les herbivores.
Pour les peupliers, les auteurs ont énuméré tous les arbres à hauteur de poitrine dont le diamètre était supérieur à 5 cm.
Les auteurs ont condensé ces données avec d'autres effectuées sur les mêmes sites précédemment, dont des données sur le saule. Ils ont vérifié l'importance de deux facteurs extérieurs : la présence potentielle de neige et la productivité par site.

Résultats de l'article :

Pour le tremble, les auteurs ont montré que les attaques d'herbivores avaient très fortement régressé depuis 1998, et ce dans tous les sites étudiés. En 2010, les pousses les plus grandes atteignaient des tailles normales, au dessus de 200 cm, alors qu'en 1998 la moyenne de taille des pousses les plus grandes se situaient en dessous de 40 cm. Les auteurs montrent également que la corrélation entre la productivité du site et la taille des pousses est très faible.
Pour le saule et le peuplier, les résultats sont très similaires. Il y a une forte augmentation des pousses de plus de 5 cm pour le peuplier, et une augmentation des cernes de croissance pour le saule.
La plupart des autres données recensées par les auteurs indiquent le même genre de résultats sur les plantes, et expliquent ces résultats par la réintroduction du loup dans le parc.
L'une des études ne détecte cependant pas de changement significatif de la taille des pousses.

Rigueur de l'article :

Cet article semble assez sérieux. Il prend en compte la possibilité que d'autres influences que les pressions des herbivores sur les pousses peuvent exister, et font les tests statistiques correspondants. Ils prennent dans les articles auxquels ils font référence, un papier qui ne va pas dans leur sens.
D'autre part, les données semblent vraiment bien corrélées, et très significatives. Il ne s'agit pas là d'une extrapolation abusive de données statistiquement faibles.

Ce que cet article apporte au débat :

L'exemple des loups du parc de Yellowstone est un excellent exemple de réintroduction avec des effets positifs. Les auteurs de l'article montrent que le retour d'une seule espèce dans un écosystème peut avoir de multiples effets bénéfiques, par le biais de cascades trophiques, sur la biodiversité et le bon fonctionnement du milieu.
L'amélioration du recrutement et de la régénération des plantes est ici particulièrement significative, mais les auteurs pointent également du doigt l'augmentation des populations de bisons et de castors dans le parc.

Cet article met en valeur la réintroduction dans un objectif de fonctionnalité du milieu, plutôt que dans un but de conservation d'une espèce. Dans le cas du castor, on peut donc se demander si un élément de réponse à cette controverse ne se trouve pas dans la fonction qu'à le castor dans un milieu donné.

Publiée il y a plus de 6 ans par J. Decorsiere.
Dernière modification il y a plus de 6 ans.