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Titre de l'article :

Variation latitudinale de l'herbivorie : influences des facteurs climatiques, de l'identité des herbivores et des ennemis naturels.


Introduction à l'article :

Plusieurs études n'ont pas trouvé de lien entre les dommages causés par les herbivores (ou les défenses anti-herbivores) et la latitude (Moles et Westoby 2003). Une méta-analyse de Moles et al (2011) a révélée que seulement 37 % des études publiées montraient une herbivorie plus élevée aux latitudes inférieures, et l'ampleur moyenne des effets n'était pas significativement différente de zéro. La force de la pression herbivore ou des défenses anti-herbivore peut dépendre des: facteurs abiotiques, du mode d'alimentation, de la spécialisation des tissus, du cycle biologique des herbivores. L'abondance et la diversité des prédateurs et des parasitoïdes seraient plus grandes aux latitudes plus basses, ce qui entraînerait une plus forte suppression des herbivores (Björkman et al. 2011). Malheureusement, notre compréhension des prédateurs et des parasitoïdes demeure limitée. Le but de cet article était d'examiner les effets de la latitude sur deux guildes d'insectes herbivores et de leurs prédateurs.

Expériences de l'article :

Ruellia nudiflora est une herbe vivace distribuée du sud des États-Unis au Honduras. L'échantillonnage a été effectué sur un total de 30 populations, réparties du nord du Yucatan au sud du Belize s'étendant sur environ cinq degrés de latitude. Du nord au sud, les précipitations quadruplent (700 à 2900 mm par an), la température moyenne annuelle diminue de 2°C (de 26 à 24°C). Au total, 10 plantes ont été échantillonnées au hasard au sein de chaque population, pour chaque individu, nous avons estimé visuellement les dommages foliaires causés par les insectes. Une échelle de 0 (non endommagé) à 4 (plus de 75% de la surface foliaire consommée) a été utilisée pour quantifier l'herbivorie. Les fruits ont été disséqués afin d'enregistrer la présence d'herbivores et de parasitoïdes. Pour déterminer si la latitude et le climat étaient liés à la proportion de: fruits attaqués, et de feuilles endommagées, à l'intensité du parasitisme associé, des régressions linéaires ont été effectuées.

Résultats de l'article :

La latitude est négativement corrélée aux précipitations (R²=0.61, p < 0.001) contrairement aux températures (R²= 0.04, p <0.319). La prédation des semences était 2,7 fois plus élevée dans la population la plus septentrionale que dans la population la plus méridionale. La température était corrélée à la pression d'herbivorie sur les graines (R²=0,16, p=0,040). Les régions plus froides ont montré une proportion plus élevée de fruits attaqués pour ses graines.
Dans l'ensemble, les dégâts foliaires étaient 1,8 fois plus élevés dans la population la plus méridionale que dans la population la plus septentrionale.
Les populations des latitudes plus basses et des régions plus humides ont montré des scores plus élevés de dégâts foliaires. Une régression multiple a montré que la latitude était le seul prédicteur significatif de l'herbivorie foliaire.
Ni la latitude ni aucune des variables climatiques n'expliquaient l'intensité du parasitisme des graines.

Ce que cet article apporte au débat :

Cette étude montre des motifs latitudinaux contrastés pour l'herbivorie des graines et foliaires.
La variation géographique peut être déterminée par des variables climatiques. Les espèces herbivores peuvent réagir différemment aux différents facteurs climatiques.
La pression de l'herbivorie foliaire semble corrélée négativement à la latitude. Cependant, il est possible que des co-facteurs de la latitude n'aient pas été pris en compte.

Des facteurs biogéographiques peuvent également expliquer les gradients latitudinaux contrastés des herbivores de semences et foliaires.
De plus, Il est possible que les patterns de dommages foliaires résultent de paramètres non mesurés (Richesse spécifique, composition de guilde...)

Le gradient latitudinal dépend donc des herbivores considérés.
Ces travaux ont montré que le climat et la latitude n'ont pas d'effets sur l'intensité du parasitisme, ce qui suggère que les ennemis naturels n'ont pas un rôle prédominant.

Remarques sur l'article :

L'augmentation l'herbivorie des graines et la diminution de la température pourrait refléter une signature d'adaptation de l'herbivore à la nouvelle aire de répartition. Un tel scénario ouvre la voie à des résultats évolutifs spatialement divergents à partir de ces interactions tri-trophiques Rudgers et Strauss 2004).

Des études paléobiologiques récentes ont suggéré que les gradients latitudinaux d'herbivorie ne se produisent que lorsqu'il existe un fort gradient climatique. Il se peut qu'il soit aujourd'hui trop faible.

Les parasitoïdes arrêtent ou réduisent la consommation des prédateurs des semences, ce qui a un effet positif indirect sur la santé des plantes par ce que l'on appelle " l'effet de sauvetage des semences "
Des travaux antérieurs ont montré que l'attaque parasitoïde est indépendante de la densité (c'est-à-dire que la proportion de chenilles parasitées n'est pas liée au nombre de fruits attaqués par l'herbivore

Publiée il y a plus de 6 ans par L. Doumerc.
Dernière modification il y a plus de 6 ans.