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Les bourdons urbains sont plus petits et plus diversifiés phénotypiquement que leurs homologues ruraux
Figure :
Boxplots représentant les différences de traits fonctionnels (TOP = richesse des traits, TED = régularité des traits et FDis = divergence des traits) pour les deux bourdons dans les habitats urbains et ruraux. Bombus lapidarius est à gauche, Bombus pascuorum à droite (niveaux de signification : * < 0.05, ** < 0.01).
(Eggenberger_ et al._, 2019)
Introduction à l'article :
L’urbanisation modifie les paysages et crée de nouvelles conditions environnementales pour les espèces. Les traits fonctionnels des espèces jouent un rôle essentiel pour leurs interactions avec l’environnement et entre elles et peuvent être façonnés par l’expansion rapide des zones urbaines dans le monde.
Cette étude s’est penchée sur les différences intraspécifiques pour 4 traits fonctionnels liés à l'acquisition des ressources et à la mobilité (taille corporelle, longueur du proboscis, des ailes et des corbicules) parmi des populations urbaines et rurales de 2 espèces communes de bourdons, Bombus pascuorum et Bombus lapidarius.
Hypothèses : augmentation de la taille des bourdons et de la richesse des traits en milieu urbain due à une plus grande diversité et hétérogénéité spatiale des ressources florales (donc aire d’alimentation plus vaste et disponibilité accrue de niches)
Expériences de l'article :
Des ouvrières de 2 espèces de bourdons communes, Bombus pascuorum (n = 559) et Bombus lapidarius (n = 486), ont été prélevées. Les échantillonnages ont été effectués dans des zones urbaines et rurales adjacentes, dans différentes localisations urbaines et rurales en Suisse de juillet à mi-août 2016.
Quatre traits fonctionnels censés répondre à des environnements différents ont été sélectionnés et mesurés :
Distance intertégulaire = prédicteur de la distance d'alimentation et de la mobilité
Longueur de l'aile avant = mesure indirecte de l'activité de vol (les espèces de Bombus aux grandes ailes ont de plus grandes distances d'alimentation)
Longueur du proboscis = médiateur de multiples aspects de l'écologie des bourdons dont le choix des fleurs et l'efficacité d’acquisition des ressources florales
Longueur de la corbicule = proxy de la capacité de charge en pollen
Les différences des traits entre populations urbaines et rurales ont été évaluées par un modèle de régression spatiale SAR.
Résultats de l'article :
Taille corporelle moyenne, longueur moyenne du proboscis, des ailes et des corbicules, et régularité des traits des bourdons urbains inférieures à celle des bourdons ruraux pour les 2 espèces, les diminutions étant plus importantes chez B. pascuorum (plus spécialiste que B. lapidarius) : possiblement dues à la disponibilité limitée des ressources en ville, au réchauffement urbain, et aux défis physiologiques sous-jacents des bourdons urbains (petits bourdons moins sensibles à la chaleur)
Richesse et divergence des traits fonctionnels des bourdons urbains supérieures à celle des bourdons ruraux pour les 2 espèces : possiblement dû à une réduction de la pression de sélection pour des valeurs de traits précises ou à des facteurs environnementaux non adaptatifs dans les villes
Il est possible que l’environnement urbain favorise des phénotypes plus généralistes en réponse à l’hétérogénéité florale.
Rigueur de l'article :
Les expériences ont visé à limiter le flux de gènes entre populations urbaines et rurales échantillonnées. Pour limiter le prélèvement d’individus provenant des banlieues, les sites urbains étaient situés dans le noyau urbain.
La proximité des sites d’échantillonnage urbains entraîne leur non-indépendance. La normalité de la distribution et l’homoscédasticité ont été vérifiées visuellement.
L’étude ne permet pas de déterminer si les différences observées sont liées à des bases génétiques ou à la plasticité phénotypique.
Ce que cet article apporte au débat :
Il y a des différences phénotypiques entre populations de bourdons urbaines et rurales, possiblement dues aux différences de conditions climatiques, de disponibilité et d'acquisition des ressources entre habitats urbains et ruraux. Les environnements urbains pourraient ainsi favoriser certains phénotypes.
Certaines espèces sauvages répondent donc aux nouvelles conditions environnementales en milieu urbain, par des changements phénotypiques, voire adaptatifs.
Publiée il y a plus de 6 ans
par
E. Treillet.
Dernière modification il y a plus de 6 ans.
Les bourdons urbains sont plus petits et plus diversifiés phénotypiquement que leurs homologues ruraux
Boxplots représentant les différences de traits fonctionnels (TOP = richesse des traits, TED = régularité des traits et FDis = divergence des traits) pour les deux bourdons dans les habitats urbains et ruraux. Bombus lapidarius est à gauche, Bombus pascuorum à droite (niveaux de signification : * < 0.05, ** < 0.01).
(Eggenberger_ et al._, 2019)
L’urbanisation modifie les paysages et crée de nouvelles conditions environnementales pour les espèces. Les traits fonctionnels des espèces jouent un rôle essentiel pour leurs interactions avec l’environnement et entre elles et peuvent être façonnés par l’expansion rapide des zones urbaines dans le monde.
Cette étude s’est penchée sur les différences intraspécifiques pour 4 traits fonctionnels liés à l'acquisition des ressources et à la mobilité (taille corporelle, longueur du proboscis, des ailes et des corbicules) parmi des populations urbaines et rurales de 2 espèces communes de bourdons, Bombus pascuorum et Bombus lapidarius.
Hypothèses : augmentation de la taille des bourdons et de la richesse des traits en milieu urbain due à une plus grande diversité et hétérogénéité spatiale des ressources florales (donc aire d’alimentation plus vaste et disponibilité accrue de niches)
Des ouvrières de 2 espèces de bourdons communes, Bombus pascuorum (n = 559) et Bombus lapidarius (n = 486), ont été prélevées. Les échantillonnages ont été effectués dans des zones urbaines et rurales adjacentes, dans différentes localisations urbaines et rurales en Suisse de juillet à mi-août 2016.
Quatre traits fonctionnels censés répondre à des environnements différents ont été sélectionnés et mesurés :
Les différences des traits entre populations urbaines et rurales ont été évaluées par un modèle de régression spatiale SAR.
Il est possible que l’environnement urbain favorise des phénotypes plus généralistes en réponse à l’hétérogénéité florale.
Les expériences ont visé à limiter le flux de gènes entre populations urbaines et rurales échantillonnées. Pour limiter le prélèvement d’individus provenant des banlieues, les sites urbains étaient situés dans le noyau urbain.
La proximité des sites d’échantillonnage urbains entraîne leur non-indépendance. La normalité de la distribution et l’homoscédasticité ont été vérifiées visuellement.
L’étude ne permet pas de déterminer si les différences observées sont liées à des bases génétiques ou à la plasticité phénotypique.
Il y a des différences phénotypiques entre populations de bourdons urbaines et rurales, possiblement dues aux différences de conditions climatiques, de disponibilité et d'acquisition des ressources entre habitats urbains et ruraux. Les environnements urbains pourraient ainsi favoriser certains phénotypes.
Certaines espèces sauvages répondent donc aux nouvelles conditions environnementales en milieu urbain, par des changements phénotypiques, voire adaptatifs.
Dernière modification il y a plus de 6 ans.