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Titre de la review :

Exploitation d'uranium au Portugal : une analyse des legs environnementaux des principales mines et des impacts sur l'environnement et sur la santé humaine


Résumé de la review :

L’exploitation minière d’uranium a été particulièrement forte au Portugal au 20e siècle, répondant aux fortes demandes militaires et civiles d’uranium et la demande élevée de radium médical. Elle prend fin en 2001. Depuis, de multiples études sur les risques sanitaires et environnementaux ont été menées. Ces risques sont très élevés dans les anciennes installations de broyage et les mines où la lixiviation en tas (technique d'extraction) de minerai à faible teneur se faisait in situ.
Le complexe minier d’Urgeiriça, le plus grand du Portugal, et la mine d’uranium de Cunha Baixa sont au cœur des études écotoxicologiques, prioritaires dans les plans de remédiation. Dans ces mines, la lixiviation en tas utilisait l’acide sulfurique comme solvant. La résine extraite était acheminée à une centrale de traitement chimique pour en récupérer l’uranium. Le reste était stocké dans un barrage, la phase liquide transférée à un bassin de neutralisation de pH. L’eau était ensuite libérée dans les cours d’eau locaux rejoignant la rivière Mondego, une des principales au Portugal, tandis que la boue était stockée dans des bassins d’évaporation voire répandue dans la nature. A la fois dans les résidus miniers du complexe d’Urgeiriça et dans les sédiments du cours d’eau recevant les effluents ont été enregistrées des concentrations élevées de 238U. A la fin de l’exploitation, ce sont environ 80 000 m3 de résidus déversés près du puits principal de la mine, sur 1,5 ha.
La synthèse résume les observations de diverses études sur les organismes occupant les zones contaminées :

  • Chez les puces d’eau du genre Daphnia exposées aux effluents : mortalité accrue et baisse de la reproduction.
  • Chez les grenouilles vertes du site de Cunha Baixa : changements histopathologiques dans les reins, anomalies nucléaires dans les globules rouges, stress oxydatif dans les poumons, chez les têtards inhibition de la croissance et anomalies de la queue. Tout cela alors qu’on trouve des niveaux élevés de Be, Al, Mn, Fe et U dans le foie et de Pb et U dans les reins.
  • Chez deux poissons de la rivière Mondego, en aval de l’affluence des cours d’eau recevant les eaux traitées : concentrations élevées en radioisotopes, les effets sur l’organisme ne sont pas évalués.
  • Chez des plantes cultivées (maïs et laitue) : inhibition de la germination et de la croissance, alors qu’on observe une bioaccumulation importante de métaux.
  • Chez une espèce de ver de terre : évitement des sols contaminés, dégradation de l’ADN et du système immunitaire, changements histopathologiques dans les tissus, inhibition de la reproduction, perte de masse corporelle, etc.
  • Chez la souris des bois européenne : perte d’intégrité de l’ADN dans les cellules sanguines, régulation accrue du gène P53 suppresseur de tumeur.
  • Chez l’humain : baisse d’intégrité de l’ADN chez les plus de 40 ans, sensibilité accrue aux infections et cancers chez les moins de 40 ans en raison d’une baisse du nombre de cellules immunitaires, haute fréquence d’anomalies chromosomiques, signes d’insuffisance rénale, de dérèglement thyroïdien et d’altération des fonctions reproductives. Ont été enregistrés des niveaux élevés de Mn et U dans le sang, de 210Po dans les cheveux.

Plusieurs études ont également porté sur la diversité et les fonctions écosystémiques :

  • Composition de la communauté microbienne du sol : dominance de bactéries gram-négatives (plus tolérantes aux conditions de stress), altération des communautés fongiques.
  • Activité microbienne du sol : inhibition de l’activité enzymatique.
  • Activité de la macrofaune du sol : inhibition de l’activité d’alimentation des invertébrés.
  • Décomposition de la matière organique : altérée dans les sols les plus contaminés.

La recherche en écotoxicologie avant et durant les travaux de remédiation a permis d'identifier des critères d'évaluation pour estimer les effets de l'exposition aux métaux et déchets radioactifs sur les biotes.

Rigueur de la review :

Il s'agit d'une review exhaustive des travaux menés dans les principales mines d'uranium portugaises. Tous les résultats sont exposés et discutés, y compris lorsqu'ils ne suggèrent pas d'effet négatif sur les biotes. La majorité des résultats indique tout de même une dégradation des écosystèmes et des capacités des organismes (notamment reproductives).

Ce que cette review apporte au débat :

Cette publication aborde un aspect rarement traité de la production nucléaire d'énergie : la pollution associée à l'extraction et le traitement de la matière première (c'est le cas aussi pour les énergies renouvelables). Il s'agirait de la principale source d'impact du nucléaire sur la biodiversité.
La connaissance précise des impacts sur l'environnement au cours des différentes étapes du processus de production de combustible nucléaire est importante à la fois pour restaurer les écosystèmes dans les anciens sites d'exploitation et pour diminuer ces impacts dans les exploitations futures.
Dans un contexte où la production nucléaire semble se présenter comme la solution énergétique la moins polluante, les auteurs soulignent des questions importantes : les ressources en uranium seront -elles suffisantes pour soutenir le besoin des centrales ? et l'extraction et le traitement de minerais à faible teneur ne vont-ils pas augmenter sensiblement les émissions de CO2 ?

Publiée il y a plus de 6 ans par J. Rolland.
Dernière modification il y a plus de 6 ans.