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Titre de l'article :

Les relations symbiotiques entre les champignons du sol et les plantes réduisent les émissions de N2O provenant du sol


Introduction à l'article :

Les principaux gaz à effet de serre (GES) sont le CO2, le CH4 et le N2O. 57% des émissions de N2O (GES ayant un potentiel de réchauffement climatique 300 fois plus élevé que le CO2) proviennent du sol. Ce gaz est principalement formé lors du processus de dénitrification, dont les champignons sont capables.
Les champignons mycorhiziens arbusculaires (CMA) sont en interaction symbiotique avec une grande partie des plantes et représentent un groupe répandu de champignons.
Les CMA induisent des modifications de la structure, du pH, et de la disponibilité en eau et carbone du sol. Ces modifications peuvent affecter le processus de dénitrification. De plus, des études ont montré que la présence de ces champignons peut modifier les communautés microbiennes présentes dans la rhizosphère et la mycosphère. Tout cela suggère que les CMA pourraient influencer les émissions de GES du sol.
Cette étude s'intéresse à l'influence des CMA dans les émissions de gaz à effet de serre N2O provenant du sol.

Expériences de l'article :

Expérience 1
Du sol de prairie est récolté et stérilisé afin d'éliminer les CMA indigènes (naturellement présents).
2 traitements sont réalisés : un traitement avec mycorhize (AM) et un traitement sans mycorhize.
Le sol stérilisé est déposé dans chaque microcosme. Pour le traitement AM, un inoculum contenant 3 espèces communes de CMA est ajouté. La stérilisation du sol ayant également éliminé les bactéries, celles-ci sont rajoutées. Des plants de Lolium multiflorum sont ensuite plantés. 28 semaines après des nutriments de l'eau sont ajoutés et les émissions de N2O et de CO2 sont mesurées.
Expérience 2
Des microcosmes sont remplis avec du sol contenant un inoculum de CMA.
2 traitements sont réalisés : un traitement avec des plants de tomate W pouvant mycorhizer, et un traitement avec des plants BC1 ne pouvant pas mycorhizer. 10 semaines après leur plantation, de l'eau et des nutriments sont ajoutés et les émissions de GES sont mesurées.

Résultats de l'article :

Expérience 1
Les émissions de N2O sont 42,4% plus importante dans le traitement sans mycorhize que dans le traitement avec mycorhize. La présence de CMA diminue donc les émissions du gaz à effet de serre N2O.

Expérience 2
Les émissions de N2O sont 33,8% plus importante dans le traitement avec les plants de tomates BC1 ne pouvant pas réaliser de mycorhizes que dans le traitement avec les plants W pouvant réaliser. Les mycorhizes font donc diminuer les émissions de N2O.

Résultat général : les CMA, en réalisant des mycorhizes avec des plantes, diminuent les émissions de N2O provenant du sol.

Rigueur de l'article :

Les expériences menées me semblent rigoureuses. Par exemple, la stérilisation du sol dans l'expérience 1 pour éviter toute contamination par des CMA indigènes et l'ajout des bactéries du milieu d'origine ayant été éliminé au cours de la stérilisation du sol rend ce protocole rigoureux.

Ce que cet article apporte au débat :

Cet article montre que les champignons mycorhiziens arbusculaires font diminuer les émissions du gaz à effet de serre N2O du sol. Les mycorhizes (interaction entre racines et champignons mycorhiziens) peuvent limiter les émissions de N2O du sol.
Cet article donne une nouvelle vision sur le rôle des champignons dans les émissions des GES du sol. En effet, comme le montre l'article de Maeda et al., 2015, les champignons peuvent produire du N2O, et l'émission de N2O est d'ailleurs un trait répandu chez de nombreuses espèces de champignons. Cet article apporte un nouvel éclairage car il montre que l'émission de gaz à effet de serre par les champignons n'est pas généralisable et que le groupe très abondant et répandu des champignons mycorhiziens arbusculaires peut au contraire participer à limiter les émissions de gaz à effet de serre du sol. Les auteurs recommandent de réaliser d'autres études afin de mieux connaître les mécanismes par lesquels les CMA limitent les émissions de N2O.

Remarques sur l'article :

Cet article porte à se questionner sur les nouvelles pratiques agricoles. En effet, les CMA sont moins abondantes dans les cultures intensives et lorsque les champs sont abondamment fertilisés. Or, si l'abondance des CMA diminuent dans ces parcelles agricoles, les émissions de N2O augmentent.

Publiée il y a plus de 6 ans par A. Duhamet et G. Lextrait.
Dernière modification il y a plus de 6 ans.