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Ni le public ni les experts ne jugent les espèces principalement sur leurs origines
Introduction à l'article :
Les espèces invasives constitueraient une menace sévère pour les écosystèmes, bien que l'ampleur réelle de cette menace reste débattue. Dans tout les cas, les articles scientifiques actuels demandent à ce que des preuves soient réunies sur la nuisance d'une espèce avant d'en décider la gestion.
Cependant, deux visions s'affrontent : certains estiment que l'origine d'une espèce n'est pas suffisante et qu'en se basant sur cet argument, on ne fait qu'appliquer des principes "moraux" inadaptés à la gestion des ressources naturelles. D'autres estiment au contraire que l'origine se révèle être empiriquement un bon proxy du potentiel de nuisibilité, et constitue donc un bon argument pour son contrôle. Alors que cette notion d'origine et de principes moraux occupe une grande part du débat, les auteurs questionnent la pertinence de celui-ci en tentant de déterminer si les professionnels de la gestion se basent actuellement effectivement sur l'origine d'une espèce pour décider de sa gestion.
Expériences de l'article :
L'enquête a été menée par questionnaire en Écosse (RU) et en Ontario (Canada), sur un échantillon grand public (n = 276 et 270) et professionnel (n = 93 dans les 2 pays). Les 2 échantillons sont semblables (pays anglophones de culture occidentale, industrialisés au climat et biote similaires).
5 espèces (les plus semblables possibles) de chaque pays ont été sélectionnées : 2 mammifères natifs ou non, 2 arbres natifs ou non et 1 espèce de castor emblématique des chaque pays (mais celui d'Ecosse a été récemment réintroduit).
Il fallait, pour les 5 espèces, estimer le degré de chacune des ces catégories :
nativité
abondance
impact économique
impact à la nature
introduites par l'expansion naturelle de l'aire de répartition de l'homme.
Le caractère envahissant a été approché par les points 2, 3 et 4 et le caractère indigène par le point 5.
L'attitude envers la gestion des espèces a été exploré par 3 questions :
gravité du problème
nécessité de réduire l'effectif
acceptabilité de tuer l'espèce.
Résultats de l'article :
Des modèles réalisés à partir des questionnaires, celui prenant en compte l'ensemble des points 2 à 5 est meilleur (AIC plus faible) que celui ne prenant en compte que l'origine. Le meilleur modèle est celui utilisant l'ensemble des critères, bien que l'origine soit la variable la moins explicative de celui-ci. Lorsque l'origine est placée en première variable du modèle, elle explique une grande part de la variance de réponse, notamment chez les professionnel, alors qu'elle n'ajoute qu'une faible explication de la variance lorsqu'elle est placée en dernière position.
L'origine apparaît comme un concept générique, mais de fonction limitée car chacun des autres critères explique une part supplémentaire importante de variations dans l'attitude à l'égard de la gestion des espèces. Finalement, ni grand public ni professionnels ne considèrent que l'origine englobe complètement les autres notions, et utilisent davantage les critères de nuisibilité et d'abondance lorsqu'ils en ont l'occasion.
Rigueur de l'article :
Il est souvent difficile de pouvoir juger de la représentativité d'un échantillon répondant aux questionnaires, et notamment en ce qui concerne l’échantillon de réponse du grand public. Peut-être les individus les plus enclins à répondre à ce type de questionnaires sont déjà plutôt sensibilisés à la gestion des espèces invasives et du caractère réducteur de la notion d'origine d'une espèce ? Les données démographiques des individus répondant ne sont pas présentées et pourraient pourtant détenir un certain pouvoir explicatif.
Par ailleurs, le grand public, et plus encore, les professionnels avaient-ils lu l'article de Davis et al. dans Nature, datant de 2-3 ans auparavant ? Alors que la motivation du présent article semble être de prouver que le débat sur l'origine d'une espèce lancé par Davis et al. n'était pas complètement pertinent car déjà appliqué (à en juger le titre de l'article de Van der Wal et al. sonnant comme réponse à celui de Davis et al.), on ne peut finalement pas trancher.
Ce que cet article apporte au débat :
Cet article est intéressant car c'est une réponse à l'article paru dans Nature "Don't judge species on their origins" (Davis et al, 2011). Alors que ce dernier demandait de laisser tomber les concepts d'origine et de principes moraux lorsqu'il s'agit de gestion de la biodiversité, et de davantage se concentrer sur l'impact réel des espèces sur leur écosystème, l'article de Van der Waal et al. montre que les acteurs de la gestion (public et professionnel) appliquent en réalité déjà ce principe.
La conclusion de l'article est toutefois très semblable à celle de Davis et al. : les auteurs demandent une utilisation plus prudente de la notion d'"origine" comme facteur de motivation d'action de conservation. Ils expliquent que les conséquences préjudiciables de la propagation d'une espèce sont des critères davantage pertinents pour la gestion des écosystèmes, mais sont également plus représentatifs des préoccupations du grand public.
Publiée il y a plus de 6 ans
par
E. Reboud.
Dernière modification il y a plus de 6 ans.
Ni le public ni les experts ne jugent les espèces principalement sur leurs origines
Introduction à l'article :
Les espèces invasives constitueraient une menace sévère pour les écosystèmes, bien que l'ampleur réelle de cette menace reste débattue. Dans tout les cas, les articles scientifiques actuels demandent à ce que des preuves soient réunies sur la nuisance d'une espèce avant d'en décider la gestion.
Cependant, deux visions s'affrontent : certains estiment que l'origine d'une espèce n'est pas suffisante et qu'en se basant sur cet argument, on ne fait qu'appliquer des principes "moraux" inadaptés à la gestion des ressources naturelles. D'autres estiment au contraire que l'origine se révèle être empiriquement un bon proxy du potentiel de nuisibilité, et constitue donc un bon argument pour son contrôle. Alors que cette notion d'origine et de principes moraux occupe une grande part du débat, les auteurs questionnent la pertinence de celui-ci en tentant de déterminer si les professionnels de la gestion se basent actuellement effectivement sur l'origine d'une espèce pour décider de sa gestion.
L'enquête a été menée par questionnaire en Écosse (RU) et en Ontario (Canada), sur un échantillon grand public (n = 276 et 270) et professionnel (n = 93 dans les 2 pays). Les 2 échantillons sont semblables (pays anglophones de culture occidentale, industrialisés au climat et biote similaires).
5 espèces (les plus semblables possibles) de chaque pays ont été sélectionnées : 2 mammifères natifs ou non, 2 arbres natifs ou non et 1 espèce de castor emblématique des chaque pays (mais celui d'Ecosse a été récemment réintroduit).
Il fallait, pour les 5 espèces, estimer le degré de chacune des ces catégories :
Le caractère envahissant a été approché par les points 2, 3 et 4 et le caractère indigène par le point 5.
L'attitude envers la gestion des espèces a été exploré par 3 questions :
Des modèles réalisés à partir des questionnaires, celui prenant en compte l'ensemble des points 2 à 5 est meilleur (AIC plus faible) que celui ne prenant en compte que l'origine.
Le meilleur modèle est celui utilisant l'ensemble des critères, bien que l'origine soit la variable la moins explicative de celui-ci. Lorsque l'origine est placée en première variable du modèle, elle explique une grande part de la variance de réponse, notamment chez les professionnel, alors qu'elle n'ajoute qu'une faible explication de la variance lorsqu'elle est placée en dernière position.
L'origine apparaît comme un concept générique, mais de fonction limitée car chacun des autres critères explique une part supplémentaire importante de variations dans l'attitude à l'égard de la gestion des espèces. Finalement, ni grand public ni professionnels ne considèrent que l'origine englobe complètement les autres notions, et utilisent davantage les critères de nuisibilité et d'abondance lorsqu'ils en ont l'occasion.
Il est souvent difficile de pouvoir juger de la représentativité d'un échantillon répondant aux questionnaires, et notamment en ce qui concerne l’échantillon de réponse du grand public. Peut-être les individus les plus enclins à répondre à ce type de questionnaires sont déjà plutôt sensibilisés à la gestion des espèces invasives et du caractère réducteur de la notion d'origine d'une espèce ? Les données démographiques des individus répondant ne sont pas présentées et pourraient pourtant détenir un certain pouvoir explicatif.
Par ailleurs, le grand public, et plus encore, les professionnels avaient-ils lu l'article de Davis et al. dans Nature, datant de 2-3 ans auparavant ? Alors que la motivation du présent article semble être de prouver que le débat sur l'origine d'une espèce lancé par Davis et al. n'était pas complètement pertinent car déjà appliqué (à en juger le titre de l'article de Van der Wal et al. sonnant comme réponse à celui de Davis et al.), on ne peut finalement pas trancher.
Cet article est intéressant car c'est une réponse à l'article paru dans Nature "Don't judge species on their origins" (Davis et al, 2011). Alors que ce dernier demandait de laisser tomber les concepts d'origine et de principes moraux lorsqu'il s'agit de gestion de la biodiversité, et de davantage se concentrer sur l'impact réel des espèces sur leur écosystème, l'article de Van der Waal et al. montre que les acteurs de la gestion (public et professionnel) appliquent en réalité déjà ce principe.
La conclusion de l'article est toutefois très semblable à celle de Davis et al. : les auteurs demandent une utilisation plus prudente de la notion d'"origine" comme facteur de motivation d'action de conservation. Ils expliquent que les conséquences préjudiciables de la propagation d'une espèce sont des critères davantage pertinents pour la gestion des écosystèmes, mais sont également plus représentatifs des préoccupations du grand public.
Dernière modification il y a plus de 6 ans.