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Conséquences de Tchernobyl et d'autres accidents nucléaires sur la conservation
Résumé de la review :
A l'époque de cette review, Tchernobyl est le plus grand accident environnemental enregistré. Deux questions majeures sont : de savoir si les mutations engendrées par cet accident de fuites radioactives sont susceptibles de se diffuser via dispersion des animaux touchés ; et de savoir si les espèces plus rares sont également les plus touchées. Les rapports sur l'état de la biodiversité dans la zone de Tchernobyl sont assez contrastés ; de plus, la réponse à ces deux questions nécessite d'être pensé sur un intervalle de temps plus long que la répons immédiate des populations animales à la catastrophe, l'accumulation de mutations pouvant être déletère sur le long terme.
Tout d'abord, les espèces rares d'oiseaux se retrouvent de manière statistiquement significative davantage dans les régions moins irradiées que dans les régions plus irradiées, où l'on trouve davantage d'espèces communes (étude portant sur 51 espèces d'oiseaux). Le taux de radiation expliquait davantage la distribution spatiale de ces espèces que l'index de spécialisation à l'habitat.
Ensuite, les mâles de certaines espèces d'oiseaux semblent particulièrement touchés par des mutations de leurs gamètes impactant leur fitness reproductive, un effet exacerbé par une mortalité plus grande des femelles dans les zones irradiées ; conjointement, ces deux effets risquent de diminuer le pool génétique des oiseaux dans les régions irradiées. L'effet mutagène des radiations est toutefois atténué par le caractère agrégé de ces mutations sur les chromosomes des oiseaux, qui maintient les mutations sur une zone plus réduite du chromosome. Etant donné la longue demi-vie des composés radioactifs présents dans la zone, les effets mutagènes risquent de perdurer dans la zone et de grandement affaiblir les populations à une échelle de temps évolutive.
Enfin, de manière théorique, les espèces les plus fortement touchées par les mutations semblent être celles qui dispersent le moins, limitant ainsi la dispersion de ces mutations hors de la zone de Tchernobyl.
Ainsi, bien que peu d'espèces soient directement en danger dans la zone de Tchernobyl (leur population peut même augmenter suite à l'abandon de toute activité humaine dans la région), les conséquences évolutives à long terme de cet accident sont encore incertaines, et pourraient s'étendre, via des migrations, hors de la zone de Tchernobyl.
Une observation intéressante est que un accident radioactif aurait aussi comme effet d'augmenter les taux de mutation des pathogènes, ce qui leur donnerait un avantage dans la course évolutive contre leurs hôtes, et mettrait ainsi potentiellement en danger ces espèces hôtes.
Rigueur de la review :
Cette review a une forte rigueur théorique, mais le problème est qu'elle manque de données "réelles", en se reposant souvent sur des observations évolutives de la drosophile. De plus, je n'ai vraiment pas compris le calcul entièrement théorique menant à penser que les espèces plus touchées par les mutations se dispersent moins.
Ce que cette review apporte au débat :
Cette review est complètement dans le vif du sujet puisqu'elle traite directement des effets des accidents nucléaires sur la conservation des espèces, accidents qui semblent plus ou moins inévitables statistiquement. Elle vient donc contrebalancer les arguments en faveur du nucléaire en montrant qu'il existe surement des effets de tels accidents encore non élucidés, et potentiellement futurs.
Publiée il y a plus de 6 ans
par
J. Legeay.
Dernière modification il y a plus de 6 ans.
Conséquences de Tchernobyl et d'autres accidents nucléaires sur la conservation
Résumé de la review :
A l'époque de cette review, Tchernobyl est le plus grand accident environnemental enregistré. Deux questions majeures sont : de savoir si les mutations engendrées par cet accident de fuites radioactives sont susceptibles de se diffuser via dispersion des animaux touchés ; et de savoir si les espèces plus rares sont également les plus touchées. Les rapports sur l'état de la biodiversité dans la zone de Tchernobyl sont assez contrastés ; de plus, la réponse à ces deux questions nécessite d'être pensé sur un intervalle de temps plus long que la répons immédiate des populations animales à la catastrophe, l'accumulation de mutations pouvant être déletère sur le long terme.
Tout d'abord, les espèces rares d'oiseaux se retrouvent de manière statistiquement significative davantage dans les régions moins irradiées que dans les régions plus irradiées, où l'on trouve davantage d'espèces communes (étude portant sur 51 espèces d'oiseaux). Le taux de radiation expliquait davantage la distribution spatiale de ces espèces que l'index de spécialisation à l'habitat.
Ensuite, les mâles de certaines espèces d'oiseaux semblent particulièrement touchés par des mutations de leurs gamètes impactant leur fitness reproductive, un effet exacerbé par une mortalité plus grande des femelles dans les zones irradiées ; conjointement, ces deux effets risquent de diminuer le pool génétique des oiseaux dans les régions irradiées. L'effet mutagène des radiations est toutefois atténué par le caractère agrégé de ces mutations sur les chromosomes des oiseaux, qui maintient les mutations sur une zone plus réduite du chromosome. Etant donné la longue demi-vie des composés radioactifs présents dans la zone, les effets mutagènes risquent de perdurer dans la zone et de grandement affaiblir les populations à une échelle de temps évolutive.
Enfin, de manière théorique, les espèces les plus fortement touchées par les mutations semblent être celles qui dispersent le moins, limitant ainsi la dispersion de ces mutations hors de la zone de Tchernobyl.
Ainsi, bien que peu d'espèces soient directement en danger dans la zone de Tchernobyl (leur population peut même augmenter suite à l'abandon de toute activité humaine dans la région), les conséquences évolutives à long terme de cet accident sont encore incertaines, et pourraient s'étendre, via des migrations, hors de la zone de Tchernobyl.
Une observation intéressante est que un accident radioactif aurait aussi comme effet d'augmenter les taux de mutation des pathogènes, ce qui leur donnerait un avantage dans la course évolutive contre leurs hôtes, et mettrait ainsi potentiellement en danger ces espèces hôtes.
Cette review a une forte rigueur théorique, mais le problème est qu'elle manque de données "réelles", en se reposant souvent sur des observations évolutives de la drosophile. De plus, je n'ai vraiment pas compris le calcul entièrement théorique menant à penser que les espèces plus touchées par les mutations se dispersent moins.
Cette review est complètement dans le vif du sujet puisqu'elle traite directement des effets des accidents nucléaires sur la conservation des espèces, accidents qui semblent plus ou moins inévitables statistiquement. Elle vient donc contrebalancer les arguments en faveur du nucléaire en montrant qu'il existe surement des effets de tels accidents encore non élucidés, et potentiellement futurs.
Dernière modification il y a plus de 6 ans.