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Considérer l'élimination des espèces envahissantes dans un contexte écosystémique global
Figure :
Fig. 1. Réseaux trophiques idéalisés indiquant les interactions trophiques entre les espèces. Les boîtes grisées représentent les espèces exotiques et les boîtes claires les espèces indigènes. L'épaisseur de la flèche indique la force de l'interaction trophique. La taille de la police représente la taille de la population.
(a) montre une communauté contenant un seul prédateur exotique. En (b), l'élimination de ce prédateur augmente les populations de proies indigènes.
(c) montre une communauté contenant à la fois un prédateur exotique et un herbivore exotique. En (d), destitution du seul prédateur exotique libère la population d'herbivore exotiques, avec impacts en cascade sur deux espèces végétales.
(e) présente une communauté contenant à la fois un herbivore exotique et une espèce de plante exotique. En (f), l'élimination de l'herbivore exotique seulement libère la plante exotique population.
Résumé de la review :
Les espèces invasives causent d'important dégâts aux écosystèmes et entraînent des dépenses pour la société. Il existe de nombreux exemple d'éradication réussis à petite échelle et sur des îles, qui ont permis une reprise locale de la biodiversité native. Pourtant, d'autres cas suggèrent que des approches plus précises et intégrées d'éradication pourraient améliorer encore les résultats, et éviter certains échecs.
Dans les zones d'invasion plus largement touchées, le simple déploiement d'outils d'éradication standard, tels que les poisons, le piégeage et la récolte mécanique, ne permet pas toujours d'atteindre un bon rétablissement des écosystèmes natifs. Il faudrait donc à la fois perfectionner les techniques d'éradications à grande échelles mais aussi prévenir et éviter les effets secondaires indésirables consécutifs à une éradication.
La review tente de résumer, à l'aide de la littérature, les cas où l'éradication réussie d'une espèce envahissante a eu ou était susceptible d'avoir des impacts secondaires importants.
Quels sont ces effets secondaires ?
La review en fourni de nombreux exemples : empoisonnement, réinvasion, altération irréversible du milieu, prolifération d'autres invasives et prédation accrue. En résumé, plus une espèce est à un stade tardif d'invasion et a eu le temps de s'installer dans un environnement, plus elle aura établi d'interactions avec ce 'nouvel' écosystème et ses acteurs. L'éradication sans analyse minutieuse préalable de ces liens risque seulement de finir de perturber l'écosystème et ses acteurs natifs.
Pour prévenir ceci, on peut utiliser les mêmes outils d'analyses de réseau, de dynamique et de relations trophiques que n'importe quel écosystème. Il y a notamment une large offre de littérature sur les régulations top-down et bottom-up de la chaîne alimentaire par les producteurs primaires ou par les prédateurs. Comprendre les liens trophiques entre acteurs permettrait de prévoir les réactions en chaîne d'une cascade trophique et prédire des effets secondaires potentiels.
Liens proie-prédateur
Les relations entre espèces peuvent être multiples. Le risque est par exemple de relâcher la pression de prédation sur un acteur intermédiaire (mésoprédateur) invasif par l’élimination de son prédateur, lui aussi invasif. C'est le cas de chat de Nouvelle Zélande, qui maintiennent une prédation des rats invasifs, eux-même néfastes pour les oiseaux natifs. Ce cas implique alors non seulement d'enlever de manière conjointe mésoprédateur et prédateur 'ultime' (pour que celui-ci ne se spécialise pas alors sur une proie native, ce qui a été le cas lors d'une tentative de co-erradication de 3 espèces en NZ).
L'herbivorie
La co-élimination est aussi nécessaire dans le cas de duo plante-herbivore exotique, sans quoi la prolifération de la plante ou la spécialisation de l'herbivore sur d'autres plantes serait mauvais pour l'écosystème natif.
Les relations entre plantes exotiques et autres acteurs sont parfois multiples et complexes. L'éradication d'un herbivore peut par exemple avoir pour effet d'augmenter l'effectif d'une plante (native), qui était l'habitat préféré d'une autre animal invasif.
Finalement, le grand potentiel d'impacts négatifs de l'éradication d'un herbivore invasif vient de l'élimination des perturbations qu'il occasionnait sur une plante elle-même exotique, et qui étaient nécessaires à contenir sa prolifération. Ainsi, dans beaucoup de cas, enlever un herbivore exotique est bénéfique à court terme mais peut s’avérer catastrophique si il n'y a pas de concurrent pour contrôler la végétation restante.
Des écosystèmes déjà fortement modifiés
Lorsqu'un stade avancé d'invasion est atteint, l’éradication de l'espèce invasive pourrait détruire l'ensemble de l'écosystème, s'il n'y a pas de "restauration de l'ancien fonctionnement" de écosystème en parallèle de l'éradication.
D'après la review, il est donc primordial de comprendre précisément les relations entres acteurs d'un écosystème avant toute action.
Rigueur de la review :
Cette review cite de nombreux exemples reconnus en écologie et relativement bien documenté d'effets secondaires d'éradication. Les explications et analyses de ces différents cas sont assez simplistes et peu poussées mais ont le mérite de résumer un certain nombre d'exemple et d'en tirer une logique générale : réfléchir avant d'agir.
Ce que cette review apporte au débat :
Les explications et analyses des différents exemples présentés dans cet articles sont assez simplistes mais ont le mérite de résumer un certain nombre de cas généraux et d'en tirer une logique générale : réfléchir avant d'agir.
L'idée générale est donc d'analyser correctement les relations trophiques qui existent dans un écosystème avant de prendre des décision d’éradication. On peut le dire, cela relève du bon sens et d'un minimum de connaissance sur le fonctionnement des écosystèmes, des interactions biotiques qui y ont lieu et de la cascade trophique qui peut être bouleversée s'il l'un des acteurs du réseau alimentaire est touché.
D'un autre coté, l'article ne dit en aucun cas qu'il ne faut pas éradiquer les espèces, et ne questionne absolument pas cet aspect. Elle l'encourage plutôt, mais en insistant sur des étapes d'analyses fines de pré-éradication et de monitoring complet post-éradication pour s'assurer du "bon recouvrement" d'un écosystèmes à son état précédant l'invasion.
Remarques sur la review :
Cet article a été assez largement cité (+1100 fois sur Google Scholar, en décembre 2019).
Publiée il y a plus de 6 ans
par
E. Reboud.
Dernière modification il y a plus de 6 ans.
Considérer l'élimination des espèces envahissantes dans un contexte écosystémique global
Fig. 1. Réseaux trophiques idéalisés indiquant les interactions trophiques entre les espèces. Les boîtes grisées représentent les espèces exotiques et les boîtes claires les espèces indigènes. L'épaisseur de la flèche indique la force de l'interaction trophique. La taille de la police représente la taille de la population.
(a) montre une communauté contenant un seul prédateur exotique. En (b), l'élimination de ce prédateur augmente les populations de proies indigènes.
(c) montre une communauté contenant à la fois un prédateur exotique et un herbivore exotique. En (d), destitution du seul prédateur exotique libère la population d'herbivore exotiques, avec impacts en cascade sur deux espèces végétales.
(e) présente une communauté contenant à la fois un herbivore exotique et une espèce de plante exotique. En (f), l'élimination de l'herbivore exotique seulement libère la plante exotique population.
Les espèces invasives causent d'important dégâts aux écosystèmes et entraînent des dépenses pour la société. Il existe de nombreux exemple d'éradication réussis à petite échelle et sur des îles, qui ont permis une reprise locale de la biodiversité native. Pourtant, d'autres cas suggèrent que des approches plus précises et intégrées d'éradication pourraient améliorer encore les résultats, et éviter certains échecs.
Dans les zones d'invasion plus largement touchées, le simple déploiement d'outils d'éradication standard, tels que les poisons, le piégeage et la récolte mécanique, ne permet pas toujours d'atteindre un bon rétablissement des écosystèmes natifs. Il faudrait donc à la fois perfectionner les techniques d'éradications à grande échelles mais aussi prévenir et éviter les effets secondaires indésirables consécutifs à une éradication.
La review tente de résumer, à l'aide de la littérature, les cas où l'éradication réussie d'une espèce envahissante a eu ou était susceptible d'avoir des impacts secondaires importants.
Quels sont ces effets secondaires ?
La review en fourni de nombreux exemples : empoisonnement, réinvasion, altération irréversible du milieu, prolifération d'autres invasives et prédation accrue. En résumé, plus une espèce est à un stade tardif d'invasion et a eu le temps de s'installer dans un environnement, plus elle aura établi d'interactions avec ce 'nouvel' écosystème et ses acteurs. L'éradication sans analyse minutieuse préalable de ces liens risque seulement de finir de perturber l'écosystème et ses acteurs natifs.
Pour prévenir ceci, on peut utiliser les mêmes outils d'analyses de réseau, de dynamique et de relations trophiques que n'importe quel écosystème. Il y a notamment une large offre de littérature sur les régulations top-down et bottom-up de la chaîne alimentaire par les producteurs primaires ou par les prédateurs. Comprendre les liens trophiques entre acteurs permettrait de prévoir les réactions en chaîne d'une cascade trophique et prédire des effets secondaires potentiels.
Liens proie-prédateur
Les relations entre espèces peuvent être multiples. Le risque est par exemple de relâcher la pression de prédation sur un acteur intermédiaire (mésoprédateur) invasif par l’élimination de son prédateur, lui aussi invasif. C'est le cas de chat de Nouvelle Zélande, qui maintiennent une prédation des rats invasifs, eux-même néfastes pour les oiseaux natifs. Ce cas implique alors non seulement d'enlever de manière conjointe mésoprédateur et prédateur 'ultime' (pour que celui-ci ne se spécialise pas alors sur une proie native, ce qui a été le cas lors d'une tentative de co-erradication de 3 espèces en NZ).
L'herbivorie
La co-élimination est aussi nécessaire dans le cas de duo plante-herbivore exotique, sans quoi la prolifération de la plante ou la spécialisation de l'herbivore sur d'autres plantes serait mauvais pour l'écosystème natif.
Les relations entre plantes exotiques et autres acteurs sont parfois multiples et complexes. L'éradication d'un herbivore peut par exemple avoir pour effet d'augmenter l'effectif d'une plante (native), qui était l'habitat préféré d'une autre animal invasif.
Finalement, le grand potentiel d'impacts négatifs de l'éradication d'un herbivore invasif vient de l'élimination des perturbations qu'il occasionnait sur une plante elle-même exotique, et qui étaient nécessaires à contenir sa prolifération. Ainsi, dans beaucoup de cas, enlever un herbivore exotique est bénéfique à court terme mais peut s’avérer catastrophique si il n'y a pas de concurrent pour contrôler la végétation restante.
Des écosystèmes déjà fortement modifiés
Lorsqu'un stade avancé d'invasion est atteint, l’éradication de l'espèce invasive pourrait détruire l'ensemble de l'écosystème, s'il n'y a pas de "restauration de l'ancien fonctionnement" de écosystème en parallèle de l'éradication.
D'après la review, il est donc primordial de comprendre précisément les relations entres acteurs d'un écosystème avant toute action.
Cette review cite de nombreux exemples reconnus en écologie et relativement bien documenté d'effets secondaires d'éradication. Les explications et analyses de ces différents cas sont assez simplistes et peu poussées mais ont le mérite de résumer un certain nombre d'exemple et d'en tirer une logique générale : réfléchir avant d'agir.
Les explications et analyses des différents exemples présentés dans cet articles sont assez simplistes mais ont le mérite de résumer un certain nombre de cas généraux et d'en tirer une logique générale : réfléchir avant d'agir.
L'idée générale est donc d'analyser correctement les relations trophiques qui existent dans un écosystème avant de prendre des décision d’éradication. On peut le dire, cela relève du bon sens et d'un minimum de connaissance sur le fonctionnement des écosystèmes, des interactions biotiques qui y ont lieu et de la cascade trophique qui peut être bouleversée s'il l'un des acteurs du réseau alimentaire est touché.
D'un autre coté, l'article ne dit en aucun cas qu'il ne faut pas éradiquer les espèces, et ne questionne absolument pas cet aspect. Elle l'encourage plutôt, mais en insistant sur des étapes d'analyses fines de pré-éradication et de monitoring complet post-éradication pour s'assurer du "bon recouvrement" d'un écosystèmes à son état précédant l'invasion.
Cet article a été assez largement cité (+1100 fois sur Google Scholar, en décembre 2019).
Dernière modification il y a plus de 6 ans.