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Titre de l'article :

Infection d'un chercheur par le virus de l'immunodéficience simienne (SIV)


Introduction à l'article :

Les virus de l'immunodéficience simienne (SIVs) sont des lentivirus morphologiquement similaires et proches biologiquement des virus de l'immunodéficience humaine (HIVs). S'ils infectent naturellement certaines espèces de primates (sooty mangabey, singe vert d'Afrique) sans provoquer d'immunodéficience, ils engendrent en revanche des symptômes proches de ceux causés chez l'homme par le syndrome d'immunodéficience acquise (SIDA) lorsqu'ils sont inoculés expérimentalement à d'autres espèces de primates (macaques). De plus, les SIV issus de mangabeys sauvages et de macaques captifs (SIVMAC) sont particulièrement proches génétiquement du HIV-2.
Ainsi, pour la deuxième fois, un cas d'infection au SIV chez l'homme a été détecté en 1992 chez un chercheur américain présentant des anticorps spécifiques de diverses protéines de SIV et de HIV-2. Cette fois-ci, un SIV humain (SIVHU) a été isolé, confirmant l'infection d'un humain par le SIV.

Expériences de l'article :

Entre 1988 et 1992, l'équipe a collecté 20 échantillons de sérum prélevés chez un chercheur américain ayant préalablement été déclaré séropositif pour HIV-2 et SIV. Ils ont été analysés par ELISA spécifiques d'anticorps dirigés contre HIV-1, HIV-2 et SIV, et ont mesuré les titres sériques en anticorps pour étudier leur variation. Des Western Blot révélant des anticorps spécifiques de protéines virales (gp120, gp105, p34) ont également été réalisés.
Puis des échantillons de sang ont été prélevés au chercheur infecté. Les PBMC ont été isolés et mis en culture, et une partie d'entre eux a été déplétée des LT CD8+. La multiplication de SIV dans ces cultures a été évaluée par mesures des concentrations de l'antigène viral p27 gag et d'une reverse transcriptase virale dans le surnageant.
Enfin, des PCR ont été réalisées pour détecter SIVHU, et le séquençage de la région env de SIVHU a permis de la comparer à celle de diverses souches représentatives de SIV et HIV.

Résultats de l'article :

Le chercheur testé était séronégatif pour HIV-1 à chaque test, et à partir d'avril 1990, séropositif pour HIV-2 et SIV à chaque test ELISA et Western Blot. L'apparition des anticorps se fait graduellement sur le Western Blot, dénotant une séroconversion. Globalement, le titre sérique en anticorps est passé de 1:400 à 1:3200 en deux ans.
Puis, une culture primaire de PBMCs déplétée en CD8+ a été déclarée positive pour SIV, avec [p27 gag] passant de 0 à 0,9ng/mL en 28 jours de culture. SIVHU a été isolé et inoculé à des PBMCs normaux où il s'est développé aussi, avec des résultats similaires.
Ensuite, la PCR a détecté SIVHU et a montré que son LTR est délété de 40bp, comme chez des SIV conventionnels, ce qui les différencie des HIV.
Enfin, la chaîne env de SIVHU séquencée est particulièrement proche de celle de la souche sur laquelle le chercheur travaillait (SIVB670) avec 90% d'homologie, et moins proche de celles d'autres souches de SIV (76% d'homologie).

Rigueur de l'article :

Les ELISA ont été effectués uniquement avec un peptide antigénique de HIV-2, et pas avec un peptide de SIV. Même si les anticorps anti-HIV-2 sont cross-réactifs avec SIV d'après les auteurs, il aurait été intéressant de le vérifier.
De plus, le premier Western Blot fait intervenir des échantillons protéiques vieux de trois ans. Des détails sur la conservation des échantillons auraient été souhaitables car il y a une forte probabilité de dégradation des protéines testées au cours d'un laps de temps aussi long.
Enfin, il est également regrettable de ne pas avoir plus de données sur les aspects cliniques de cette infection (SIV chez l'homme). Les auteurs supposent que les symptômes seraient proches de ceux du SIDA causé par HIV-2 chez l'homme. C'est bien sûr cohérent mais on ne peut pas exclure le fait qu'aucune immunodéficience ne se déclare chez l'homme, ce qui serait intéressant. De plus, des hypothèses concrètes sur la façon dont SIV a été inoculé auraient été les bienvenues.

Ce que cet article apporte au débat :

Cet article apporte la preuve qu'une infection au SIV du singe à l'homme est possible, que SIV est capable de se multiplier au sein de cellules humaines, et que ce virus peut être isolé des cellules après infection. Reste cependant à savoir si l'infection est stable (les auteurs mentionnent un précédent cas d'infection au SIV où elle ne l'était pas, les taux de SIV présent chutant sans arrêt) et si elle est pathogénique, ce qui rendrait ces données particulièrement pertinentes par rapport à l'épidémie de HIV.

Publiée il y a plus de 10 ans par Carole Chedid.
Dernière modification il y a plus de 6 ans.