ControverSciences est archivé. Il reste consultable mais il n'est plus possible de contribuer.
Le code source pour faire tourner le serveur reste disponible sur GitHub.
Développement d'un cadre méthodologique pour l'évaluation de l'équivalence écologique : Application dans le contexte de la séquence "Éviter, Réduire, Compenser" en France
Introduction à la thèse :
Cette thèse propose une réflexion sur l’équivalence écologique, et sur la compensation de manière plus générale. Les travaux de thèse portent sur l’élaboration d’un cadre méthodologique standardisé (CMS) concernant l’atteinte ou non de l’équivalence, sorte de base objective d’aide à la décision combinant exhaustivité, bases scientifiques et opérationnalité.
Ces travaux répondent au besoin de méthodes scientifiquement robustes des maîtres d’ouvrages (comme EDF, financeur de cette thèse CIFRE) pour la conception de mesures compensatoires.
Car, en effet, l’atteinte de l’équivalence entre les pertes de biodiversité causées par les impacts et les gains apportés par les MC (Gardner et al. 2013), autrement dit le “zéro perte nette” (NNL : No Net Loss), est un des défis de la compensation et il n’existait jusqu’alors que des méthodes adaptées au seul cas de milieux humides (Gayet et al. 2016).
Résumé et résultats de la thèse :
Les méthodes existantes d’évaluation de l’équivalence, EAM (Equivalence Assessment Methods) ont comme principal levier d’atteinte de l’équivalence une variation de la surface sur laquelle sont mises en place les MC (l’idée est de contrebalancer des pertes intermédiaires ou des incertitudes quant au succès des MC).
Suite à l'étude de ces méthode, la thèse propose un cadre concret d’évaluation de la biodiversité dans lequel ont été sélectionnés des indicateurs nécessaires et suffisants à l’évaluation de la biodiversité dans le contexte réglementaire français, compte tenu des contraintes de mise en oeuvre (temps, moyens humains et financiers). Sont notamment pris en compte d’autres métriques que celles sur les surface, pour mettre en place des mesures efficaces permettant un développement et un maintien d’écosystèmes fonctionnels, et impliquant davantage d’efforts sur la qualité et le suivi des MC.
Les indicateurs servent à évaluer les états initiaux réels, après impacts et après MC des sites impactés et compensatoires (prédictions). Ces indicateurs portent à la fois sur la biodiversité “à enjeux” et sur la biodiversité dite “ordinaire”. Sont entre autres évalués la qualité du sol (dégradation, horizons, mésofaune) et la capacité des sites à accueillir le cycle de vie des espèces (zones favorables pour la reproduction, continuités entre habitats favorables) et des communautés de faune spécialistes (avifaune et chiroptères).
Ces évaluations permettent ensuite de mesurer les gains et les pertes pour chaque indicateur, à court et à long termes, pour le ou les site(s) impacté(s) et site(s) compensatoire(s) et d’en déduire l’atteinte ou non de l’équivalence écologique. Dans cette dernière étape, les pertes et gains nets sont hiérarchisés en fonction des enjeux qui ont été identifiés lors de l’évaluation de l’état initial du ou des site(s) impacté(s).
Rigueur de la thèse :
Bien qu'une grande entreprise comme EDF, maître d'ouvrage de projets d'aménagement impactant le milieu naturel, ait financé cette thèse, cette dernière ne semble pas être biaisée.
Julie Bezombes propose des travaux rigoureux, expose les pistes d'améliorations de ses travaux et remet en question l'efficacité de la séquence ERC en exposant les limites de la compensation écologique.
Parmi les pistes d'amélioration, l'auteure explique qu'il faudrait approfondir les deux points suivants :
l'étape de prédiction des valeurs des indicateurs après impact et MC, qui dans le cadre du CMS se fait à dire d’expert dont le recours doit être justifié ;
la méthode pour l’identification des besoin en compensation.
Ce que cette thèse apporte au débat :
La thèse s’interroge sur la réelle possibilité, d’un point de vue théorique, pour la compensation écologique de remplir son rôle de lutte contre l’érosion de la biodiversité.
Dans certaines situations, il n’est pas possible d’atteindre l’équivalence (limite temporelle par exemple). Ainsi, il ne faudrait décider ne pas impacter, et plutôt de déterminer la biodiversité non compensable dès la phase d’évitement des impacts.
Ainsi, Julie Bezombes propose d’investir davantage de moyens et de temps aux phase de réduction et d’évitement :
Évitement : les pertes maximales qui peuvent être engendrées par le projet sont conditionnées par la phase d’évitement, d’où l’importance d’y consacrer une attention particulière (cf travaux de Charlotte Bigard au CEFE). AInsi, il s’agit soit de choisir des zones à faible enjeu pour la biodiversité ou de renoncer au projet ;
Réduction : relève plutôt des pratiques lors ou après la phase de chantier (exemple : passage de la faune).
Remarques sur cette thèse :
Cette thèse propose d’intégrer davantage la biodiversité “ordinaire”. En effet, les indicateurs portent principalement descriptifs de la biodiversité “à enjeux” (habitats naturels et espèces). Toutefois, parmi ces indicateurs, certains sont représentatifs de certaines fonctionnalités (dont la connectivité) et aident donc à la conservation. or ils étaient jusqu’alors peu utilisés pour évaluer l’équivalence (Bezombes et al. 2017).
Ces évaluations reposent en partie sur des prédictions de l’effet des impacts et des MC sur les indicateurs (dimension temporelle et incertitudes).
Publiée il y a plus de 6 ans
par
A.Frappa.
Dernière modification il y a plus de 6 ans.
Développement d'un cadre méthodologique pour l'évaluation de l'équivalence écologique : Application dans le contexte de la séquence "Éviter, Réduire, Compenser" en France
Introduction à la thèse :
Cette thèse propose une réflexion sur l’équivalence écologique, et sur la compensation de manière plus générale. Les travaux de thèse portent sur l’élaboration d’un cadre méthodologique standardisé (CMS) concernant l’atteinte ou non de l’équivalence, sorte de base objective d’aide à la décision combinant exhaustivité, bases scientifiques et opérationnalité.
Ces travaux répondent au besoin de méthodes scientifiquement robustes des maîtres d’ouvrages (comme EDF, financeur de cette thèse CIFRE) pour la conception de mesures compensatoires.
Car, en effet, l’atteinte de l’équivalence entre les pertes de biodiversité causées par les impacts et les gains apportés par les MC (Gardner et al. 2013), autrement dit le “zéro perte nette” (NNL : No Net Loss), est un des défis de la compensation et il n’existait jusqu’alors que des méthodes adaptées au seul cas de milieux humides (Gayet et al. 2016).
Les méthodes existantes d’évaluation de l’équivalence, EAM (Equivalence Assessment Methods) ont comme principal levier d’atteinte de l’équivalence une variation de la surface sur laquelle sont mises en place les MC (l’idée est de contrebalancer des pertes intermédiaires ou des incertitudes quant au succès des MC).
Suite à l'étude de ces méthode, la thèse propose un cadre concret d’évaluation de la biodiversité dans lequel ont été sélectionnés des indicateurs nécessaires et suffisants à l’évaluation de la biodiversité dans le contexte réglementaire français, compte tenu des contraintes de mise en oeuvre (temps, moyens humains et financiers). Sont notamment pris en compte d’autres métriques que celles sur les surface, pour mettre en place des mesures efficaces permettant un développement et un maintien d’écosystèmes fonctionnels, et impliquant davantage d’efforts sur la qualité et le suivi des MC.
Les indicateurs servent à évaluer les états initiaux réels, après impacts et après MC des sites impactés et compensatoires (prédictions). Ces indicateurs portent à la fois sur la biodiversité “à enjeux” et sur la biodiversité dite “ordinaire”. Sont entre autres évalués la qualité du sol (dégradation, horizons, mésofaune) et la capacité des sites à accueillir le cycle de vie des espèces (zones favorables pour la reproduction, continuités entre habitats favorables) et des communautés de faune spécialistes (avifaune et chiroptères).
Ces évaluations permettent ensuite de mesurer les gains et les pertes pour chaque indicateur, à court et à long termes, pour le ou les site(s) impacté(s) et site(s) compensatoire(s) et d’en déduire l’atteinte ou non de l’équivalence écologique. Dans cette dernière étape, les pertes et gains nets sont hiérarchisés en fonction des enjeux qui ont été identifiés lors de l’évaluation de l’état initial du ou des site(s) impacté(s).
Bien qu'une grande entreprise comme EDF, maître d'ouvrage de projets d'aménagement impactant le milieu naturel, ait financé cette thèse, cette dernière ne semble pas être biaisée.
Julie Bezombes propose des travaux rigoureux, expose les pistes d'améliorations de ses travaux et remet en question l'efficacité de la séquence ERC en exposant les limites de la compensation écologique.
Parmi les pistes d'amélioration, l'auteure explique qu'il faudrait approfondir les deux points suivants :
La thèse s’interroge sur la réelle possibilité, d’un point de vue théorique, pour la compensation écologique de remplir son rôle de lutte contre l’érosion de la biodiversité.
Dans certaines situations, il n’est pas possible d’atteindre l’équivalence (limite temporelle par exemple). Ainsi, il ne faudrait décider ne pas impacter, et plutôt de déterminer la biodiversité non compensable dès la phase d’évitement des impacts.
Ainsi, Julie Bezombes propose d’investir davantage de moyens et de temps aux phase de réduction et d’évitement :
Cette thèse propose d’intégrer davantage la biodiversité “ordinaire”. En effet, les indicateurs portent principalement descriptifs de la biodiversité “à enjeux” (habitats naturels et espèces). Toutefois, parmi ces indicateurs, certains sont représentatifs de certaines fonctionnalités (dont la connectivité) et aident donc à la conservation. or ils étaient jusqu’alors peu utilisés pour évaluer l’équivalence (Bezombes et al. 2017).
Ces évaluations reposent en partie sur des prédictions de l’effet des impacts et des MC sur les indicateurs (dimension temporelle et incertitudes).
Dernière modification il y a plus de 6 ans.