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Intitulé de la thèse :

Herbe invasive et rongeur du désert : effet sur la performance locomotrice et conséquences de l'expérience passée et de la familiarisation


Introduction à la thèse :

Le rat-kangourou (Dipodomys heermanni arenae.), est une espèce adaptée aux environnements désertiques qui joue un rôle-clé dans la modification des sols, notamment car il consomme et disperse les graines des environnements peu végétalisés. Il apparaît que les environnements très végétalisés lui sont peu adaptés, perturbant ses comportements de d'évitement de prédateurs et ses déplacements.
Ehrharta calycina, une plante invasive originaire d'Afrique du Sud, est considérée comme une adventice par sa capacité de prolifération : elle est capable de transformer des aires peu végétalisées en des prairies denses. Les aires de répartition d'Ehrharta calycina et de Dipodomys spp. se superposent, et l'hypothèse de départ de la thèse ici étudiée veut qu'E. calycina ait bel et bien un effet délétère sur le comportement du rat-kangourou.

Résumé et résultats de la thèse :

Matériel et méthodes :
La capture des rats a eu lieu en Californie, dans des sites contenant ou pas E. calycina. Un total de 38 rats a été conservé, par souci d'équilibrer les territoires d'origine et le sexe des animaux pour éviter d'éventuels biais.
Des parcours artificiels ont été construits, sous forme de couloirs de 300x60x60 cm, et posés à même le sol, pour que le rat coure sur le sable composant son environnement naturel. Ces couloirs ont été peints dans un ton ressemblant aux environs pour mieux ressembler aux conditions naturelles. Les couloirs ont été dégagés de toute végétation, puis des touffes d'E. calycina ont été placées selon un modèle prédéfini, assurant la reproductibilité de l'expérience, sur les deux derniers mètres du couloir. Le premier mètre permet ainsi aux animaux d'accélérer sans contrainte. Trois conditions ont été testées : un taux de couverture de 40% par les herbes (dense), un taux de 20% (moyen), et un taux de 0% (contrôle).
Les rats ont été placés dans une boîte à l'entrée de chaque couloir, deux fois, pour un total de 6 mesures. Les conditions de test simulent l'échappement à un prédateur : un stimulus visuel, sonore ou tactile est imposé à l'animal, et ce jusqu'à ce qu'il atteigne la boîte de sortie à la fin du couloir. Les animaux ayant des niveaux de sensibilité différents, les stimuli n'ont pas été calibrés, mais ont été pris en compte dans l'analyse finale.
Dans un deuxième temps, 20 rats sur les 38 capturés ont été exposés à un traitement similaire, en laboratoire cette fois : après acclimatation aux environnements de test (dense, moyen, contrôle), les animaux sont présentés à un couloir neutre (1 mètre de long, sol sableux) suivi d'un embranchement de trois couloirs aux densités d'herbe identiques aux tests sur le terrain.
Chacun des tests a été filmé pour mesurer les réactions de l'animal, sa vitesse, ainsi que les stimuli employés pour le faire bouger. Les analyses ont été réalisées à l'aide de modèles linéaires généralisés (GLM).

Résultats :
Les résultats obtenus montrent que les rats mettent un temps significativement plus long à traverser le couloir dense que les deux autres, et le couloir moyen que le contrôle. Le temps passé à l'arrêt est également plus important dans le couloir dense que dans les deux autres.
Les animaux provenant d'un biome composé d'E. calycina ont leur temps d'arrêt et de traversée significativement plus faible que les animaux naïfs à E. calycina.
La vitesse de pointe des animaux n'est pas affectée par l'environnement traversé, mais la vitesse moyenne sur la traversée est plus élevée dans le couloir contrôle que dans les couloirs herbeux.
L'intensité des stimuli nécessaires pour faire bouger les animaux (appelée 'motivation' dans la publication) est plus grande dans l'environnement dense que dans les deux autres, et dans l'environnement moyen que dans le contrôle. Les animaux issus d'un environnement où E. calycina est présente nécessitent moins de stimuli que les animaux naïfs.
Ces résultats sont obtenus aussi bien en conditions de laboratoire que lors des tests sur le terrain.

Ce que cette thèse apporte au débat :

Cette thèse suggère que les adventices, peuvent avoir un effet sur le comportement des animaux des écosystèmes dans lesquels elles s'implantent. L'effet présenté ici est délétère, car l'adventice est un obstacle au déplacement du rat kangourou et à sa stratégie de fuite, mais il est possible qu'une situation inverse se produise, par exemple en offrant aux animaux des abris contre les prédateurs.
Les résultats de cette thèse ne portent pas sur des adventices dans un cadre de cultures agricoles, mais cette même espèce d'herbacée se retrouve également comme adventice. Il est plausible de penser que des effets similaires se retrouvent sur les adventices associées aux cultures.

Publiée il y a plus de 6 ans par L. Nadalin.
Dernière modification il y a plus de 6 ans.