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Titre de l'article :

Compensation de la biodiversité : une perte nette certaine mais un gain net incertain.


Introduction à l'article :

Dans cet article, générer des gains équivalents aux pertes serait seulement possible dans le cas de la restauration écologique de sites dégradés. Aussi, cet article propose une évaluation des gains et des pertes différente de celle communément rencontrée dans la littérature scientifique.
En effet, habituellement le calcul des pertes et gains considère 3 états : 1) l'état de référence, 2) l'état dégradé, 3) l'état restauré. Toutefois, les mesures compensatoires (MC) sont appliquées à un site différent du site impacté. Or ce site de compensation est initialement dans un certain état, différent de 1) ou de 2). Les auteurs proposent donc de prendre en compte 4) l'état avant MC du site de compensation.

Expériences de l'article :

La méthode utilisée est une analyse de documents administratifs d'évaluation ou de planification des mesures compensatoires (MC) de 24 projets de construction. Pour chaque projet, sont analysées les informations sur les impacts, les MC et l'évaluation des pertes et gains. Plus précisément, les auteurs ont décidé de sélectionner les procédures de compensation des espèces protégées, des zones humides et des systèmes aquatiques. En effet, la mise en place de la séquence ERC s'applique essentiellement à ces milieux.
Notons que pour un même projet plusieurs MC peuvent être engagées.

L'analyse comprend :

  • une comparaison entre les surfaces impactées et les surfaces compensées ;
  • le type d'occupation du sol des sites de compensation (19 catégories et 92 sites) ;
  • une détermination de la qualité écologique initiale (avant MC) des sites de compensation d'après 3 critères : dégradation de l'habitat, présence/absence d'espèces cibles, inclusion dans une zone protégée ;
  • l'effet des MC.
Résultats de l'article :

L'évaluation de l'état initial des sites de compensation est très hétérogène entre les projets (aucune méthode ou méthodes d'évaluation standardisées type Natura 2000) et presque aucun des projets ne fournit d'objectif explicite des gains et de méthode pour les évaluer.
Aussi, seulement la moitié des projets décrit les impacts sur la biodiversité et ceci avec peu d'indicateurs (surface de l'habitat affecté et nombre d'espèces impactées). Par contre, tous les projets renseignent les impacts sur le fonctionnement des écosystèmes, mais seulement les corridors écologiques et la fragmentation sont discutés pour quelques espèces.
Pour 71% des projets, les zones de compensation sont plus petites que les zones impactées : 577 ha compensés au total contre 2451 ha impactés. Et à un site impacté correspond 3,88 sites de compensation.
Les MC s'appliquent principalement sur des zones naturelles ou semi-naturelles.
Les actions menées sont diverses mais concernent peu d'attributs des écosystèmes.

Rigueur de l'article :

N'ont été contactées que les autorités administratives des régions Occitanie et Hauts-de-France. Et, finalement 17 des 25 procédures de compensation proviennent de cette région. Aussi, les auteurs ont décidé de s'intéresser principalement aux projets de construction d'infrastructures linéaires (routes, rails, tuyaux,...).
Ainsi, nous pouvons émettre des doutes quant à l'échantillonnage qui a été réalisé. Il aurait été souhaitable que davantage de régions soient contactées et qu'une plus grande diversité de projets soient intégrés à l'étude.

Aussi, remarquons que les résultats sur les surfaces sont à nuancer car les données sur ces dernières manquaient pour la moitié des projets.

Ce que cet article apporte au débat :

Cet article prend position en considérant que l'équivalence écologique n'a un sens que dans le cas de la restauration. On ne pourrait donc parler d'atteinte de l'équivalence écologique dans le cas de l'amélioration d'un milieu, du maintien d'un habitat ou de la réaffectation d'un site (création d'un écosystème différent de l'écosystème de référence du site impacté).
Cet article fait la remarque qu'en compensant une surface plus petites que la surface impactée, les pertes de biodiversité par unité de surface sont plus petites que les gains.
Les auteurs rappellent que la compensation est supposée encourager des conditions pour que la biodiversité prospère, et devrait donc cibler de large sites et non une myriade de petits sites.
En ce qui concerne la détermination de la qualité des sites, elle se fait souvent à dire d'experts et ne suit pas de méthodologie standardisée.

Remarques sur l'article :

Les auteurs ont du déterminer le type d'occupation du sol des sites (typologie Corine biotopes) de compensation car cette information n'était pas renseignée dans les documents.

Publiée il y a plus de 6 ans par A.Frappa.
Dernière modification il y a plus de 6 ans.