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Analyse de la référence Human Domestication Reconsidered

Titre de la review :

Domestication humaine revisitée


Résumé de la review :

Cette revue se divise en 3 parties. D'abord Leach questionne les barrières qui séparent les changements morphologiques induit par la domestication et ceux relatif à l'évolution humaine. S'ensuit quatre commentaires auquel Leach fini par répondre.

Leach rappelle d'abord que dès la fin du Pléistocène des changements morphologiques similaires à ceux du syndrome de domestication se développent chez des populations humaines, jusqu’à se généraliser à l'Holocène (diminution de la taille, gracilisation crânienne, changements dans la robustesse post-crânienne, raccourcissement du visage et des mâchoires, réduction et simplification des dents). Dans l'histoire évolutive humaine, cette période correspond à la sédentarisation progressive des populations.
La combinaison entre environnement bâti, modification de la consistance du régime alimentaire et la réduction de la mobilité serait à l’image de la domestication. Les 2 processus permettent un relâchement des pressions de la sélection naturelle, amenant à des modifications morphologiques similaires. Notamment la cuisson, présente chez toutes les populations, aurait initiée le processus de domestication chez l'homme. La plasticité du crâne est affectée par les forces de mastication. Ainsi une alimentation cuite partagée entre humains, chiens et porcs, pourrait expliquer en partie la gracilisation cranio-faciale et dentaire communes. Pour les animaux herbivores domestiqués, la cause des modifications morphologiques serait le microclimat induit par les conditions de vies de la domestication. Elle relâcherait la pression sélective sur le métabolisme et la résistance au froid.

Leach, insiste alors sur les notions de *sélection intentionnée et inconsciente * et appelle à une plus grande intégration des preuves de changement morphologique chez les humains et les animaux. Notamment en abordant les exemples de la souris et du moineau. Ces deux espèces ont développé des modifications morphologiques associées au syndrome sans être domestiquées volontairement. Pour Leach la solution serait de changer de paradigme et de classer ces espèces comme "commensales" dans une relation avec l’espèce humaine et plus en "domestiquées".

Les trois premiers commentaires des anthropologues et archéologues sont principalement d’accord avec Leach pour adopter un changement de paradigme autours du concept de co-évolution et englober les plantes et les animaux de la domus humaine, y compris nous. Colins voit même dans ces modifications parallèles l'effet d’une symbiose : les humains ont domestiqué le chien et le chien a domestiqué l'humain en retour. Osbjorn insiste cependant sur l'effet de la coopération sociale, vitale pour la survie, qui aurait induit une baisse de la concurrence intrasexuelle et la diminution du dimorphisme sexuel. Il précise que cette coopération et partage entre congénères ne caractérisent pas les animaux domestiqués.

Le commentaire de Melinda A. Zeder réfute l'analogie de Leach. D'abord car elle écarterait trop l’intention de sélection de la domestication. De plus, la réduction faciale établi chez les animaux domestiqués, ne l’es pas chez les humains. Les changements (cranio-faciaux, dentaires) chez le porc et chien ont été liés à la juvénilisation du comportement et à l'apparition précoce de la maturité sexuelle. Leach attribuerait arbitrairement ces changements à l'alimentaire, mais il n'y aurait pas de preuve de l'adoption de régimes mous chez les animaux domestiqués. Pour elle, faire le lien entre la domestication et la sédentarité nie des processus de transformation dans l'histoire de l'humanité.

Leach répond que ni la sédentarité ni l'adoption de l'agriculture ne sont des conditions préalables à ces modifications. Ce sont bien des pressions de sélection similaires qui ont touché les animaux qui coévoluaient avec les humains partout où ils avaient un abri, une protection contre les prédateurs, un autre régime alimentaire, provoquant des modifications des charges mécaniques sur leur corps.

Rigueur de la review :

La revue est très minutieuse sur l'analyse de chaque modification morphologique que l'on pourrait associer à celles du syndrome de domestication. Elles sont replacées dans le contexte de l'histoire évolutive de l'humain. Par exemple, la réduction de la taille n'est pas, pour Leach, un critère qui doit être une justification que l'humain se soit "auto-domestiqué", car il est trop soumis à d'autres paramètres de sélection.

Ce que cette review apporte au débat :

Cette revue permet de voir le débat d'un point de vue de l'histoire évolutive humaine. Elle inscrit les parallèles avec les modifications morphologiques liées à la domestication dans un contexte général et historique pertinent.

Remarques sur la review :

Leach nous permet de constater que la définition de domestication comme un « un processus piloté par les humains et culminant dans la modification de certaines plantes et de certains animaux pour le bénéfice de l'homme » date seulement de 1970. Au début du XVIIe siècle le mot "domestiquer" n'était appliqué qu'aux humains, dans le sens de civiliser ou de faire partie d'une famille. Cela permet de questionner l'effet de la terminologie des mots sur nos interprétations de l'histoire évolutive des animaux en générale.
Leach souligne par ailleurs qu'au début du XXe siècle des théories sur la domestication humaine s'érigeait, notamment à partir des travaux de Darwin. Mais les effets de l'usage abusif de la biométrie dans la politique, notamment eugéniste ont entraîné leur disparition des écrits anthropologiques après 1950.

Publiée il y a plus de 6 ans par A.C. Vain.
Dernière modification il y a plus de 6 ans.