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Titre de la review :

Impact des changements génétiques et culturels mondiaux sur l'évolution de l'Homme.


Figure :

Les facteurs génétiques, environnementaux et culturels sont capables de s'influencer entre eux (flèches en pointillées), mais surtout d'influencer tous les trois l'évolution de l'Homme (flèches pleines).

Source: Creanza and Feldman, 2016, Current Opinion in Genetics & Development

Résumé de la review :

Différents projets d'étude de la génétique mondiale de l'Homme, tels que 1000 Genomes, ont montré qu'il existe des clusters d'individus génétiquement proches correspondant à leur situation géographique. Il a ainsi été démontré que l'évolution de l'Homme, en plus des pressions de sélections environnementales et des taux de mutations, est également liée à l'histoire démographique et migratoire de chaque population. De même, la culture impacte l'héritage et la transmission de certains caractères génétiques: elle peut modifier l'avantage sélectif de certaines mutations en limitant ou favorisant sa propagation. Un exemple de ce phénomène est le lien entre le développement de la consommation de produits laitiers et l'augmentation du variant génétique permettant la persistance à l'âge adulte de la lactase.

Cet article a pour but de regrouper et d'imager les arguments justifiants la prise en compte de la génétique humaine, mais également de la culture humaine, dans l'étude de l'évolution de l'Homme.

Dans un premier temps, l'article présente les différentes influences des pratiques culturelles sur le patrimoine génétique de l'humanité. Pour cela, les auteurs se réfèrent à une étude ayant montré que les cultures acceptant les mariages consanguins ont une signature génomique spécifique. En effet, les segments génomiques homozygotes sont plus importants chez les individus issus de population consanguine.

Dans un seconds temps, les auteurs mettent en avant le fait que la culture façonne les pressions de sélection auxquelles sont soumis les populations humaines. La sélection naturelle est liée aux pressions de sélections environnementales telles que les ressources disponibles, les pathogènes présents, l'altitude ou le climat (température, UV). La sélection naturelle va conduire à une adaptation génétique des individus à cette niche écologique.
Or, certaines adaptations humaines ne sont pas génétiques : des adaptations culturelles telles que la technologie (vêtements, abri) vont permettre de répondre à ces pressions de sélection sans modifier le génome. Ainsi, la culture modifie l'impact des pressions de sélections environnementales sur le génome humain. L' exemple utilisé ici est le gène de pigmentation MC1R : ces variants ont pour but, via le niveau de pigmentation de la peau, de répondre aux pressions liées aux radiations UV. Cependant, le développement des vêtements a permis une protection non génétique, mais culturellement transmissible, face aux radiations UV. Ainsi, les variants de ce gène ne sont plus soumis à cette pression de sélection, modifiant ainsi la sélection et la transmission de ces variants dans les populations.

Les auteurs insistent sur la distinction entre ces deux types d'adaptation à l'environnement. La culture permet la mise en place d'adaptations non génétiques aux pressions de sélections, mais qui sont tout de même transmissible aux générations suivantes. Ainsi, malgré son caractère non-génétique, la culture permet un avantage adaptatif face à une situation donnée et qui sera sélectionné dans la population. Ces adaptations culturelles, au même titre que les adaptations génétiques, sont également soumis à leur propre pression de sélection, expliquant ainsi l'évolution de la technologie humaine. Néanmoins, malgré qu'elles ne soient pas d'origines génétiques, ces adaptations ont tout de même un impact sur le génome humain car elles entrainent une sélection différentielle des variants issue de la sélection naturelle. On observe également des signatures génétiques propres à la sélection culturelle.

Une autre différence notable entre ces deux adaptations est la modalité de transmission. La génétique humaine se transmet entre parents, mais les adaptations culturelles se transmettent dans la population entière et sur des temps évolutifs différents. Ce dernier constat permet également de mettre en avant la distinction entre des mécanismes évolutifs issus de la sélection culturelle ou issus de la sélection naturelle.

Ce que cette review apporte au débat :

Cette revue nous permet de mettre en avant la nécessité de considérer l'évolution de l'Homme comme une coévolution gène-culture. En effet, la culture Humaine, notamment sa technologie, semble avoir un impact sur sa propre évolution.
De plus, cette revue confirme un point essentiel : l'évolution qui en découle n'est pas simplement sociale ou culturelle, mais impacte bien génétiquement l'Homme. Ainsi, l'existence de signatures génétiques associées à certains traits culturels montre bien que l'Homme subit d'autres pressions de sélections que la sélection naturelle. Cette revue nous permet donc de valider l'idée de l'existence d'une sélection artificielle chez l'Homme telle que cette sélection culturelle. Néanmoins, cet article n'exclut pas l'existence d'une sélection naturelle, même s'il semble indiquer que la culture humaine module les pressions de sélections qui en découlent.

Remarques sur la review :

Dans cette revue et également dans son analyse, la notion de culture humaine englobe à la fois les pratiques sociales, les interactions entre individus mais également la technologie humaine. En effet, la culture humaine est indéniablement influencée par son avancé technologique (agriculture, outils, vêtements, médecine, etc...). Pour rappel, l'UNESCO donne la définition suivante : "La culture, dans son sens le plus large, est considérée comme l'ensemble des traits distinctifs, spirituels et matériels, intellectuels et affectifs, qui caractérisent une société ou un groupe social."

De plus, de nombreux exemples sont détaillés dans cette revue afin d'imager leurs conclusions et ils n'ont pas tous été pris en compte dans cette analyse.

Publiée il y a plus de 5 ans par J. Quellec et collaborateurs..
Dernière modification il y a plus de 5 ans.