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Titre de l'article :

Communautés de nématodes des sols en tant que bioindicateurs de l'impact de la radiation dans la zone d'exclusion de Tchernobyl


Figure :

Contributions des radiations alpha, beta et gamma au TDR prédit pour les nématodes, pour chaque site d'échantillonnage . Les EDR représentent les taux de dose externe , et les IDR représentent les taux de dose interne. (Lecomte-Pradine et al., 2014)

Introduction à l'article :

Malgré les impacts importants sur la biodiversité observés lors de la catastrophe, la densité de la mésofaune dans la zone d’exclusion de Tchernobyl (CEZ) a rapidement retrouvé son niveau précédent la catastrophe. Des décennies après l’accident, il reste encore de la radioactivité résiduelle, et les conséquences écologiques de celle-ci, notamment sur l’abondance et la diversité des espèces, ne sont toujours pas claires. Des études différentes montrant des résultats contradictoires, des auteurs ont suggéré qu’une des raisons de ces contradictions pourrait être la manière de mesurer la radioactivité. Il faudrait, selon les auteurs de l’article, plus souvent considérer le taux de dose total (TDR) qui prend en compte les taux externes (souvent pris en comptes dans les autres études) et les taux internes dus à l’absorption des organismes. Ici, les auteurs investiguent l’impact de l’exposition sur le long terme à la radioactivité sur des nématodes, utilisés comme bioindicateurs, dans la CEZ.

Expériences de l'article :

Sites d’études :
18 sites forestiers ont été choisis dans la CEZ. Ces sites étant différents au niveau du taux de dose externe (EDR) , ils ont été classés (de 1 à 18, respectivement du plus petit EDR au plus grand) afin de voir l’effet de différents niveaux de radiation.

Mesures et analyses

Les nématodes ont été identifiés au niveau de leur famille, et associés à un groupe « colonisateur-persistant » (cp) de 1 à 5 (1 correspondant aux taxons colonisateurs et 5 aux taxons persistants).
En moyenne, 175 nématodes ont été identifiés par échantillon. Ont été utilisés lors des analyses : le niveau trophique des nématodes et le ratio de chaîne de nématode (NCR), indiquant l’importance relative de nématodes se nourrissant de bactéries et de champignons dans la chaîne de décomposition. Différents paramètres abiotiques des sols ont également été mesurés et utilisés.

Résultats de l'article :

Les TDR varient de 0.70 à 222 μGy h−1 (voir figure), la plus grande partie des valeurs de TDR étant expliquée par le EDR
34 familles de nématodes ont été identifiées, avec des différences entre échantillons, allant de 9 à 18 familles par échantillon. 5 de ces familles, associées au type cp-2 ; représentent 70 % de l’abondance totale de nématodes. Ceci pourrait être expliqué par le fait que ces nématodes soit très tolérants aux conditions environnementales.

Le NCR diminue de manière significative quand le TDR augmente, suggérant que la contribution de nématodes se nourrissant de bactéries diminue avec l’augmentation du TDR .

Hormis cet indice, aucune différence significative du TDR sur les communautés n’a été observée, comparé aux paramètres abiotiques pris en compte. Ces résultats viennent appuyer l'idée que la mésofaune retrouve rapidement une abondance similaire après une catastrophe.

Rigueur de l'article :

Cet article est très rigoureux, notamment par la prise en compte facteurs de abiotiques (non détaillés dans cette analyse) dans la composition des communautés. Les auteurs précisent tout de même que ces analyses ont été faites en utilisant les familles de nématodes, et que ces résultats pourraient être différents si on avait utilisé des espèces.
Enfin, aucune étude n'a été réalisée sur les communautés de nématodes de Tchernobyl avant la catastrophe, ce qui ne permet pas de faire des comparaisons avant/après.

Ce que cet article apporte au débat :

Cet article utilise un modèle biologique peu commun, les nématodes, ce qui permet d'élargir la vision des impacts de la radioactivité à un autre groupe d'organismes. Il utilise également une mesure de la radioactivité précise (le TDR) qui est rarement utilisé. Il apporte des éléments sur les capacités des communautés d'invertébrés à retrouver une abondance initiale après une catastrophe.

Remarques sur l'article :

Cet article détaille des aspects importants sur les mesures de TDR qui ne sont pas détaillées dans cette analyse.

Publiée il y a plus de 5 ans par C. Diblasi et collaborateurs..
Dernière modification il y a plus de 5 ans.