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Flux de transgènes : faits, spéculations et contre-mesures possibles
Résumé de la review :
Il existe de nombreuses preuves d’une fuite de transgènes initialement présents dans des OGM commercialisés vers des variants cultivés, vers des plantes sauvages apparentées ou vers des hybrides d’espèces sexuellement compatibles. Cette review expose ainsi les différentes voies de dispersion des transgènes, en se basant sur divers exemples tirés d’articles scientifiques. L'auteur discute ensuite des éventuelles conséquences néfastes de ce phénomène sur le fonctionnement des écosystèmes. Il présente enfin des moyens et méthodes de contrôle afin de limiter cette diffusion de gènes dans l’environnement.
Une dispersion importante des transgènes dans les écosystèmes :
L’introgression de résistances à différents herbicides dans des plans de Colza au Canada a trouvé son origine dans des croisements avec des variétés transgéniques cultivées dans des champs voisins. Des hybridations peuvent aussi se produire avec des espèces sauvages apparentées, introduisant ainsi un nouveau caractère dans la population, comme ce fut le cas avec du coton au Mexique. Des combinaisons inédites de plusieurs traits ont d’ailleurs été observées chez des plants de coton sauvage, attestant d’évènements multiples de croisements avec différentes variétés transgéniques.
Si la plupart des événements de diffusion des transgènes dans les écosystèmes naturels sont observés à proximité des champs dans lesquels la variété génétiquement modifiée est cultivée, des cas de dispersion ont aussi été recensés jusque dans des pays différents de celui de production. Du colza transgénique cultivé aux États-Unis a ainsi été retrouvé en Suisse et au Japon, des graines destinées à l’alimentation du bétail ayant probablement été perdues lors du transport. La diffusion des transgènes peut donc s’effectuer à une échelle globale.
Difficultés d'estimer les conséquences du phénomène sur les écosystèmes :
On observe aujourd’hui que les agriculteurs rencontrent des difficultés à gérer leurs récoltes à cause de résistances aux herbicides acquises par des plantes indésirables dans les champs. Il semble ainsi exister des conséquences économiques non négligeables de la fuite continue de transgènes dans l’environnement. Mais l’impact écologique de ce phénomène sur les écosystèmes naturels ne peut être prédit de manière fiable. En effet, la transmission de transgènes à des espèces sauvages n’entraine pas systématiquement son ancrage dans les populations réceptrices, et n’aboutit que exceptionnellement à la disparition des traits ancestraux sous la pression des hybrides. Cela s’explique par le fait que, selon les conditions du milieu dans lequel pousse la variété réceptrice, le transgène considéré n’apporte pas toujours un avantage sélectif. Cela est particulièrement vrai pour les transgènes de résistances aux herbicides qui sont inutiles hors des champs cultivés. L'ancrage d'un transgène semble donc fortement lié à la pression du facteur sur lequel il influe.
Recommandations pour diminuer l’impact du phénomène sur l’environnement :
Après 20 ans de cultures génétiquement modifiée, on se rend compte que les transgènes n’ont absolument pas été contenus de manière contrôlée. En premier lieu, il est important d'isoler au mieux les champs OGM de ceux en culture conventionnel et de réduire drastiquement les pertes lors des transports. D'autres solutions sont proposées comme l'utilisation de variétés avec des mâles et femelles non fertiles ou encore l'utilisation de nouvelle méthodes liées au génie génétiques. Les variétés génétiquement modifiées ont été regroupées dans des catégories caractérisant le risque de transmission (très faible, faible, modéré et important). Les acteurs devraient adapter les précautions qu’ils prennent lors de l’utilisation d’OGM en se référant à cette catégorisation afin d’éviter la dispersion des transgènes. De plus les études de risques devraient se concentrer sur les traits pouvant apporter des avantages sélectifs hors des agrosystèmes.
Rigueur de la review :
Il ne semble pas qu'il y ait de doutes à émettre concernant la validité des informations présentées dans cette review. Les différents exemples sont tirés d'une grande diversité de sources ce qui semble être un gage de confiance. De plus, la revue dans laquelle cette review a été publiée, qui a par ailleurs un IF assez faible, ne s'intéresse qu'au sujet des OGM. On peut donc s'interroger sur d'éventuelles pressions des acteurs de la filière agro-alimentaire. Sur un sujet aussi sensible que les OGM, il faut toujours se méfier des conflits d’intérêts, même si l'auteur ne déclare pas en avoir rencontrés.
Ce que cette review apporte au débat :
Cette review confirme que le phénomène de transferts de transgènes entre espèces est une réalité, avec de nombreuses modalités de diffusion dans l’espace et le temps. Nous apprenons que les risques de transmissions dépendent du type de plantes, de son mode de reproduction et des espèces environnantes, mais cette review ne suffit pas pour caractériser précisément les conditions particulièrement propices à la diffusion de transgènes dans le milieu. Tous ces transferts ne présentent pas les mêmes risques d’ancrage dans les populations sauvages : les gènes ayant la plus grande probabilité de se fixer sont ceux qui apportent une résistance en milieu naturel (à un ravageur, à un stress hydrique, etc), alors que ceux qui apportent uniquement un avantage sélectif dans l'agrosystème dans lequel ils ont été introduits, ont peu de risque de diffuser dans l’environnement naturel. Il est pourtant possible que ces gènes confinés puissent avoir des conséquences néfastes indirectes sur les écosystèmes.
Remarques sur la review :
La rapidité avec laquelle les transferts de gènes peuvent se réaliser et se répandre dans une population n’a pas été assez discutée, alors qu’elle constitue une mesure importante de l’ampleur du phénomène. Un choix plus judicieux de certains exemples aurait sans doute permis de se rendre davantage compte de cette diffusion, dans l'espace certes, mais aussi dans le temps.
Publiée il y a plus de 5 ans
par
T. Langlois.
Dernière modification il y a plus de 5 ans.
Flux de transgènes : faits, spéculations et contre-mesures possibles
Résumé de la review :
Il existe de nombreuses preuves d’une fuite de transgènes initialement présents dans des OGM commercialisés vers des variants cultivés, vers des plantes sauvages apparentées ou vers des hybrides d’espèces sexuellement compatibles. Cette review expose ainsi les différentes voies de dispersion des transgènes, en se basant sur divers exemples tirés d’articles scientifiques. L'auteur discute ensuite des éventuelles conséquences néfastes de ce phénomène sur le fonctionnement des écosystèmes. Il présente enfin des moyens et méthodes de contrôle afin de limiter cette diffusion de gènes dans l’environnement.
Une dispersion importante des transgènes dans les écosystèmes :
L’introgression de résistances à différents herbicides dans des plans de Colza au Canada a trouvé son origine dans des croisements avec des variétés transgéniques cultivées dans des champs voisins. Des hybridations peuvent aussi se produire avec des espèces sauvages apparentées, introduisant ainsi un nouveau caractère dans la population, comme ce fut le cas avec du coton au Mexique. Des combinaisons inédites de plusieurs traits ont d’ailleurs été observées chez des plants de coton sauvage, attestant d’évènements multiples de croisements avec différentes variétés transgéniques.
Si la plupart des événements de diffusion des transgènes dans les écosystèmes naturels sont observés à proximité des champs dans lesquels la variété génétiquement modifiée est cultivée, des cas de dispersion ont aussi été recensés jusque dans des pays différents de celui de production. Du colza transgénique cultivé aux États-Unis a ainsi été retrouvé en Suisse et au Japon, des graines destinées à l’alimentation du bétail ayant probablement été perdues lors du transport. La diffusion des transgènes peut donc s’effectuer à une échelle globale.
Difficultés d'estimer les conséquences du phénomène sur les écosystèmes :
On observe aujourd’hui que les agriculteurs rencontrent des difficultés à gérer leurs récoltes à cause de résistances aux herbicides acquises par des plantes indésirables dans les champs. Il semble ainsi exister des conséquences économiques non négligeables de la fuite continue de transgènes dans l’environnement. Mais l’impact écologique de ce phénomène sur les écosystèmes naturels ne peut être prédit de manière fiable. En effet, la transmission de transgènes à des espèces sauvages n’entraine pas systématiquement son ancrage dans les populations réceptrices, et n’aboutit que exceptionnellement à la disparition des traits ancestraux sous la pression des hybrides. Cela s’explique par le fait que, selon les conditions du milieu dans lequel pousse la variété réceptrice, le transgène considéré n’apporte pas toujours un avantage sélectif. Cela est particulièrement vrai pour les transgènes de résistances aux herbicides qui sont inutiles hors des champs cultivés. L'ancrage d'un transgène semble donc fortement lié à la pression du facteur sur lequel il influe.
Recommandations pour diminuer l’impact du phénomène sur l’environnement :
Après 20 ans de cultures génétiquement modifiée, on se rend compte que les transgènes n’ont absolument pas été contenus de manière contrôlée. En premier lieu, il est important d'isoler au mieux les champs OGM de ceux en culture conventionnel et de réduire drastiquement les pertes lors des transports. D'autres solutions sont proposées comme l'utilisation de variétés avec des mâles et femelles non fertiles ou encore l'utilisation de nouvelle méthodes liées au génie génétiques. Les variétés génétiquement modifiées ont été regroupées dans des catégories caractérisant le risque de transmission (très faible, faible, modéré et important). Les acteurs devraient adapter les précautions qu’ils prennent lors de l’utilisation d’OGM en se référant à cette catégorisation afin d’éviter la dispersion des transgènes. De plus les études de risques devraient se concentrer sur les traits pouvant apporter des avantages sélectifs hors des agrosystèmes.
Il ne semble pas qu'il y ait de doutes à émettre concernant la validité des informations présentées dans cette review. Les différents exemples sont tirés d'une grande diversité de sources ce qui semble être un gage de confiance. De plus, la revue dans laquelle cette review a été publiée, qui a par ailleurs un IF assez faible, ne s'intéresse qu'au sujet des OGM. On peut donc s'interroger sur d'éventuelles pressions des acteurs de la filière agro-alimentaire. Sur un sujet aussi sensible que les OGM, il faut toujours se méfier des conflits d’intérêts, même si l'auteur ne déclare pas en avoir rencontrés.
Cette review confirme que le phénomène de transferts de transgènes entre espèces est une réalité, avec de nombreuses modalités de diffusion dans l’espace et le temps. Nous apprenons que les risques de transmissions dépendent du type de plantes, de son mode de reproduction et des espèces environnantes, mais cette review ne suffit pas pour caractériser précisément les conditions particulièrement propices à la diffusion de transgènes dans le milieu. Tous ces transferts ne présentent pas les mêmes risques d’ancrage dans les populations sauvages : les gènes ayant la plus grande probabilité de se fixer sont ceux qui apportent une résistance en milieu naturel (à un ravageur, à un stress hydrique, etc), alors que ceux qui apportent uniquement un avantage sélectif dans l'agrosystème dans lequel ils ont été introduits, ont peu de risque de diffuser dans l’environnement naturel. Il est pourtant possible que ces gènes confinés puissent avoir des conséquences néfastes indirectes sur les écosystèmes.
La rapidité avec laquelle les transferts de gènes peuvent se réaliser et se répandre dans une population n’a pas été assez discutée, alors qu’elle constitue une mesure importante de l’ampleur du phénomène. Un choix plus judicieux de certains exemples aurait sans doute permis de se rendre davantage compte de cette diffusion, dans l'espace certes, mais aussi dans le temps.
Dernière modification il y a plus de 5 ans.