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Extinctions of aculeate pollinators in Britain and the role of large-scale agricultural changes. Ollerton et al. 2014.
Figure :
Fig. 2. Nombre d'extinctions cumulé d'abeilles et de guêpes en Grande-Bretagne entre 1851 et 1994.
Les données représentées correspondent au nombre d'extinction cumulé par année (barres grises verticales). Les 4 ruptures de pentes estimées et les intervalles de confiance à 99% associés sont symbolisés respectivement par les lignes verticales rouges avec les rectangles rouges transparents.
Les segments sont représentés en traits pleins bleu, avec l'intervalle de confiance à 99% associé en traits pointillés bleu.
Les graduations sur l'axe des abscisses représentent les décennies (début en 1850). Source : Jeff Ollerton et al. 2014. Extinctions of Aculeate Pollinators in Britain and the Role of Large-Scale Agricultural Changes. Science. 346(6215): 1360-1362
Introduction à la méta-analyse :
Les pollinisateurs sont précieux pour la production agricole mais ils sont menacés par une utilisation croissante des pesticides, la disparition de leur habitat ainsi que la perte de richesse florale. Les auteurs étudient les taux d'extinction d'abeilles et de guêpes en Grande-Bretagne depuis le 19ème siècle jusqu'à l'époque actuelle. Ils remarquent que l'intensification agricole qui a démarré dans les années 1920 et s'est poursuivie au cours de la Seconde Guerre mondiale est corrélée à une rapide extinction des pollinisateurs. Ils repèrent également une diminution du taux d'extinction à partir des années 1960 qui peut être due soit au fait que les pollinisateurs les plus sensibles ont déjà disparu et que les espèces restantes résistent mieux, soit lié à l'efficacité des programmes de conservation des pollinisateurs mis en place à partir de cette période.
Expériences de la méta-analyse :
Utilisation de 494 117 enregistrements de la part de la "Bees, Wasps and Ants Recording Society (BWARS)" pour évaluer le taux d'extinction des espèces pollinisatrices en Grande-Bretagne où l'agriculture représente 70% de l'utilisation des terres. Ils ont calculé le nombre d'extinction et ont réalisé une analyse des ruptures de pentes sur les extinctions cumulées (au cours des années). Ils ont exécuté plusieurs modèles autorisant jusqu'à 10 points de rupture de pente et ont utilisé l'AIC pour déterminer le meilleur modèle, dont les résultats sont présentés Fig. 2.
Résultats de la méta-analyse :
23 espèces d'abeilles et de guêpes qui butinent des fleurs se sont éteintes en Grande-Bretagne. Depuis le milieu du 19ème siècle, les extinctions sont caractérisées par des périodes relativement stables (peu d'extinction), entrecoupées de périodes de fortes extinctions (>3/décennies). Sur la Fig. 2, entre 1928 et 1958, on observe une période d'extinctions accentuées.
Les auteurs notent que certaines phases d'accélération du déclin correspondent à des périodes de changements de grande envergure des pratiques agricoles en Grande-Bretagne :
Durant la seconde moitié du 19ème siècle, augmentation des imports de guano, utilisés comme engrais. Donc la production de pâturages a augmenté aux dépens de la diversité floristique.
Vers la fin du 19ème et le début du 20ème siècle, une diminution de plus de 55% des terres cultivées et fourragères, remplacées par des prairies permanentes.
Entre 1920 et 1950 extinction de ~3,5 espèces/décennies.
Rigueur de la méta-analyse :
La période finale de 1986 à 1994 indique une forte hausse des taux d'extinction, ce qui est contradictoire avec les preuves récentes d'un ralentissement du déclin. Ce résultat est à prendre avec précaution car il est probablement causé par le fait que l'intervalle considéré est trop petit et avec trop peu de données. La forte pente observée est essentiellement causée par 4 déclins qui ont eu lieu entre 1988 et 1990, alors que les autres années entre 1971 et 1994 n'ont vu aucune espèce (d'abeilles ou de guêpes butineuses) s'éteindre.
De plus, des données provisoires récentes pour la période 1995-2013 n'indiquent aucune extinction.
Ce que cette méta-analyse apporte au débat :
Cet article révèle un lien fort entre le déclin d'espèces pollinisatrices et les pratiques agricoles. Il montre que ce déclin a connu des périodes intenses avec des périodes plus calmes. Toutefois, les données (provisoires) concernant la période récente (1990-2013) semblent indiquer que les espèces pollinisatrices subissent moins d'extinction. Cela peut signifier : (1) soit que les nombreux programmes de conservation des pollinisateurs qui ont été mis en place au vu de la situation (critique) fonctionnent correctement et permettent de préserver la biodiversité de pollinisateurs ; (2) soit que les espèces les plus sensibles se sont déjà éteintes et que seules les espèces les moins sensibles existent toujours et souffrent pas de l'influence anthropique ; (3) soit l'ensemble de ces deux éléments.
Remarques sur la méta-analyse :
Cet article s'appuie sur de nombreux enregistrements. Il est très intéressant pour comprendre le rapport entre le déclin des pollinisateurs et les pratiques agricoles (guano comme engrais, intensification de l'utilisation des terres, pâturages permanents etc.). De plus, les auteurs rappellent que la Grande-Bretagne constitue l'extrémité Nord-Ouest de l'aire de répartition de la plupart des espèces pollinisatrices étudiées et donc qu'il ne faut pas oublier l'importance des changements climatiques dans la modification des aires de répartition (déplacement, réduction ou extension).
Publiée il y a plus de 10 ans
par
Dennyss LELAURIN.
Dernière modification il y a plus de 10 ans.
Extinctions of aculeate pollinators in Britain and the role of large-scale agricultural changes. Ollerton et al. 2014.
Fig. 2. Nombre d'extinctions cumulé d'abeilles et de guêpes en Grande-Bretagne entre 1851 et 1994.
Les données représentées correspondent au nombre d'extinction cumulé par année (barres grises verticales). Les 4 ruptures de pentes estimées et les intervalles de confiance à 99% associés sont symbolisés respectivement par les lignes verticales rouges avec les rectangles rouges transparents.
Les segments sont représentés en traits pleins bleu, avec l'intervalle de confiance à 99% associé en traits pointillés bleu.
Les graduations sur l'axe des abscisses représentent les décennies (début en 1850).
Source : Jeff Ollerton et al. 2014. Extinctions of Aculeate Pollinators in Britain and the Role of Large-Scale Agricultural Changes. Science. 346(6215): 1360-1362
Les pollinisateurs sont précieux pour la production agricole mais ils sont menacés par une utilisation croissante des pesticides, la disparition de leur habitat ainsi que la perte de richesse florale. Les auteurs étudient les taux d'extinction d'abeilles et de guêpes en Grande-Bretagne depuis le 19ème siècle jusqu'à l'époque actuelle. Ils remarquent que l'intensification agricole qui a démarré dans les années 1920 et s'est poursuivie au cours de la Seconde Guerre mondiale est corrélée à une rapide extinction des pollinisateurs. Ils repèrent également une diminution du taux d'extinction à partir des années 1960 qui peut être due soit au fait que les pollinisateurs les plus sensibles ont déjà disparu et que les espèces restantes résistent mieux, soit lié à l'efficacité des programmes de conservation des pollinisateurs mis en place à partir de cette période.
Utilisation de 494 117 enregistrements de la part de la "Bees, Wasps and Ants Recording Society (BWARS)" pour évaluer le taux d'extinction des espèces pollinisatrices en Grande-Bretagne où l'agriculture représente 70% de l'utilisation des terres. Ils ont calculé le nombre d'extinction et ont réalisé une analyse des ruptures de pentes sur les extinctions cumulées (au cours des années). Ils ont exécuté plusieurs modèles autorisant jusqu'à 10 points de rupture de pente et ont utilisé l'AIC pour déterminer le meilleur modèle, dont les résultats sont présentés Fig. 2.
23 espèces d'abeilles et de guêpes qui butinent des fleurs se sont éteintes en Grande-Bretagne. Depuis le milieu du 19ème siècle, les extinctions sont caractérisées par des périodes relativement stables (peu d'extinction), entrecoupées de périodes de fortes extinctions (>3/décennies). Sur la Fig. 2, entre 1928 et 1958, on observe une période d'extinctions accentuées.
Les auteurs notent que certaines phases d'accélération du déclin correspondent à des périodes de changements de grande envergure des pratiques agricoles en Grande-Bretagne :
La période finale de 1986 à 1994 indique une forte hausse des taux d'extinction, ce qui est contradictoire avec les preuves récentes d'un ralentissement du déclin. Ce résultat est à prendre avec précaution car il est probablement causé par le fait que l'intervalle considéré est trop petit et avec trop peu de données. La forte pente observée est essentiellement causée par 4 déclins qui ont eu lieu entre 1988 et 1990, alors que les autres années entre 1971 et 1994 n'ont vu aucune espèce (d'abeilles ou de guêpes butineuses) s'éteindre.
De plus, des données provisoires récentes pour la période 1995-2013 n'indiquent aucune extinction.
Cet article révèle un lien fort entre le déclin d'espèces pollinisatrices et les pratiques agricoles. Il montre que ce déclin a connu des périodes intenses avec des périodes plus calmes. Toutefois, les données (provisoires) concernant la période récente (1990-2013) semblent indiquer que les espèces pollinisatrices subissent moins d'extinction. Cela peut signifier : (1) soit que les nombreux programmes de conservation des pollinisateurs qui ont été mis en place au vu de la situation (critique) fonctionnent correctement et permettent de préserver la biodiversité de pollinisateurs ; (2) soit que les espèces les plus sensibles se sont déjà éteintes et que seules les espèces les moins sensibles existent toujours et souffrent pas de l'influence anthropique ; (3) soit l'ensemble de ces deux éléments.
Cet article s'appuie sur de nombreux enregistrements. Il est très intéressant pour comprendre le rapport entre le déclin des pollinisateurs et les pratiques agricoles (guano comme engrais, intensification de l'utilisation des terres, pâturages permanents etc.). De plus, les auteurs rappellent que la Grande-Bretagne constitue l'extrémité Nord-Ouest de l'aire de répartition de la plupart des espèces pollinisatrices étudiées et donc qu'il ne faut pas oublier l'importance des changements climatiques dans la modification des aires de répartition (déplacement, réduction ou extension).
Dernière modification il y a plus de 10 ans.