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Titre de la review :

Mutation et exceptionnalisme de l'Homme : notre future charge génétique.


Résumé de la review :

Parmi les 4 facteurs dirigeant l'évolution d'une espèce, nous retrouvons les mutations génétiques et la sélection naturelle de celles-ci en fonction de leurs avantages adaptatifs. Les mutations sont un mécanisme majeur de production des changements de l'ADN, héritables d'une génération à l'autre si elles ont lieu sur les lignées germinales. Deux aspects sont importants à prendre en compte pour comprendre l'évolution d'une espèce par les mutations : le taux de mutation entre deux générations et leurs effets immédiats ainsi qu'à long terme. L'Homme est une espèce soumise aux mêmes règles évolutives, mais il semblerait que celle-ci sorte du lot: de par ses habilités cognitives et sa propension à dominer l'écosystème qui l'entoure, l'Homme pourrait bien poursuivre sa route évolutive en s'affranchissant de ces règles. En effet, il est difficile à ce jour de ne pas penser que l'Homme n'est plus soumis au mécanisme de sélection naturelle. Ainsi, si l'Homme tend à s'affranchir de la sélection naturelle, nous pouvons donc nous questionner sur le devenir de notre pool génétique et sur les conséquences génétiques à long terme associées à l'Homme "moderne".

Pour qu'une mutation soit héritable, elle doit avoir lieu dans les lignées cellulaires germinales. En prenant en compte les différents types de mutation (substitution, délétion, insertion, recombinaison), il a été estimé qu'un nouveau né humain a en moyenne 100 mutations de novo et que le taux de mutations chez l'Homme est de 10-8 par nucléotide par génération. Les mutations sont causées par des mutagènes exo et endogènes, mais également par des erreurs d'appariement lors de la réplication de l'ADN pendant la division cellulaire. Du fait de ces erreurs, l'Homme sera toujours soumis à un taux de mutation minimum auquel aucun organisme n'a jamais fait exception (10-11 mutation par nucléotide par division cellulaire). Ainsi, si l'Homme semble ne plus être soumis à la sélection naturelle, il semble tout même soumis au mécanisme évolutif des mutations.

L'Homme n'en reste cependant pas moins exceptionnel sur l'influence qu'il impose aux devenirs des mutations germinales moyennement ou faiblement délétères. Les procédures médicales (chirurgie, pharmacologie, etc.) permettent d'atténuer leurs effets, et a comme conséquence évolutive une diminution de la sélection naturelle sur ces mutations. L'incidence des allèles délétères dans une population est soumise à un équilibre entre taux de mutation et sélection négative de celles-ci : une mutation qui cause une diminution de 1% de fitness est éliminée en 100 générations. A l'aide d'un modèle de dynamique de la fréquence allélique, l'auteur montre que dans le cas d'une sélection naturelle amoindrie, les mutations moyennement délétères s'accumuleraient dans le génome et qu'une mutation serait éliminée seulement au bout de 700 générations.

La sélection naturelle se divise en deux sélections : la sélection de survie et la sélection sexuelle. Si nous avons déjà vu que la médecine et la technologie diminuent la sélection de survie, il s'avère que la société et ses différentes règles sociales diminuent également la sélection sexuelle (exemple du schéma familial prédéfini et de la chirurgie plastique). Pour l'auteur, nos sociétés actuelles imposent d'autres formes de sélection et aujourd'hui, nous ne pouvons dire si les traits sélectionnés sont bénéfiques et seraient également promus par la sélection naturelle.

En prenant en compte l'accumulation des mutations et un probable affranchissement de la sélection naturelle, le pronostic de l'auteur pour le futur de l'Homme est pessimiste : les sociétés modernes et avancées médicalement tendraient vers une détérioration lente de la fitness de leur patrimoine génétique. D'ailleurs, on observerait déjà l'augmentation de l'incidence de nombreuses pathologies notamment des cancers, des maladies auto-immunes et inflammatoires, ainsi que celle de traits diminuant la fitness, avec par exemple une intelligence moyenne amoindrie.

Rigueur de la review :

Cet article a été réalisé par un seul auteur et argumente sur l'impact d'une sélection naturelle amoindrie sur l'évolution du génome humain. Certaines conclusions pourraient être des interprétations personnelles, comme l'argumentation autour de la diminution de la sélection naturelle sur les sociétés humaines, mais l'approche évolutive des mutations génétiques semble cohérente et rigoureuse : les valeurs et modèles utilisés sont référencés et les arguments sont appuyés sur d'autres travaux.
Ainsi, cette revue analyse les conséquences d'une sélection naturelle amoindrie, mais ne justifie pas qu'elle le soit vraiment.
Une autre prise de décision de l'auteur pourrait être critiquable : le taux de mutation intrinsèque des cellules seraient plus important que les mutations liées aux facteurs environnementaux, et notamment dans l'apparition des cancers, ce qui fait référence à une autre controverse scientifique (Tomasetti and Vogelstein, 2015)

Ce que cette review apporte au débat :

Ce papier nous apporte une réponse à une question importante : l'Homme évolue-t-il encore ? Et la réponse est oui. En effet, l'Homme est toujours soumis au mécanisme évolutif que sont les mutations et qui sont intrinsèques à la vie cellulaire. Cependant, il apporte une vision intéressante dans cette controverse : l'Homme reste soumis au poids de sa propre biologie et n'est donc pas un super-organisme. Néanmoins, sa culture et ses progrès technologiques lui permettraient d'influencer la sélection des mutations apparaissant dans l'espèce. De façon plus large, l'auteur par cet exemple cherche à montrer que l'Homme pourrait avoir un impact sur sa propre évolution, et qu'au-delà de la sélection des mutations par la médecine, certains traits indépendamment de l'avantage adaptatif qu'ils apportent sont sélectionnés par l'Homme lui-même. Mais l'auteur conclue sur le fait que d'aller à l'encontre de la sélection naturelle conduira peut être l'humanité vers un déclin progressif.

Remarques sur la review :

La revue analysée ici se penche sur l'ensemble des mutations appliquées à l'Homme et fait le lien constamment avec le problème sanitaire que sont les cancers.
Cet article a également été analysé pour faire le lien entre le rôle de la sélection naturelle dans l'accumulation de certaines mutations et l'augmentation de l'incidence globale des cancers (You and Henneberg, Evolutionnary Application, 2017).

Publiée il y a plus de 5 ans par J. Quellec et collaborateurs..
Dernière modification il y a plus de 5 ans.