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Titre de l'article :

Effets des émissions d'EMF des câbles électriques sous-marins sur les poissons des récifs coralliens


Figure :

Figure 2 (Kilfoyle et al., 2017) : Schéma général de la disposition des sondages visuels (transects et dénombrements ponctuels) utilisée sur chaque site. Des bouées ont été installées sur un câble tous les 7,5 m pour faciliter l'orientation dans le site pour les plongeurs et robots sous-marins autonomes. Les comptages de poissons ont été effectués par des plongeurs le long de deux lignes de transect (60 m² chacune) et dans deux zones circulaires de comptage ponctuel (177 m² chacune). Les lignes inclinées illustrent le champ de vision de la caméra.

Figure 3 (Kilfoyle et al., 2017) : Richesse spécifique et abondance moyennes, par état d'alimentation (ambiant OFF, AC sous tension et DC sous tension); pour la totalité des assemblages d'espèces tous sites confondus. Aucune différence significative n'a été trouvée entre les états d'alimentation pour la richesse ou l'abondance (N = 116 OFF, 80 AC, 67 DC).

Introduction à l'article :

Contexte : L'installation croissante d'hydroliennes (MHK) utilisant les courants marins pour produire de l'énergie au large des Etats-Unis soulève la question du danger potentiel rencontré par les faunes vis à vis des nombreux câbles électriques sous-marins composant ces MRED. Des données de terrain sur l'effet des EMF, plus rares, sont requises afin d'adapter les futurs MHK aux types de courants et valeurs limites d'intensité supportés par les faunes marines.

Objectifs : Il s'est agi de déceler l'existence d'effets spécifiques des EMF émis par les câbles avec différentes types de courants et niveaux de profondeur d'une plateforme côtière de mesures océaniques sur un assemblage d'espèces rencontrées au sein d'un récif corallien du sud de la Floride. Le but a été d'évaluer les effets écologiques des EMF tant au niveau individuel (comportement) que celui des communautés récifales. Dans un second temps, cela a permis aux auteurs de juger de la nécessité d'études ultérieures à ce sujet.

Expériences de l'article :

L'échantillonnage a été calqué sur un calendrier trimestriel pour éviter les biais de saisonnalité caractéristiques des communautés récifales, avec plusieurs répétitions pour les modalités ci-après. 3 sites avec des câbles sous-marins à 3 niveaux de profondeurs (5, 10, 15 m) ont été investigués. Des courants alternatif (AC), direct (DC) et OFF (ambiant) ont été appliqués aux câbles de chaque site. Les comptages des espèces et du nombre de poissons par des plongeurs aveugles aux conditions, lancés après démarrage du courant, se sont déroulés via des sondages visuels avec deux méthodes distinctes (fig.2) :

  • Ponctuel : En balayant du regard 360° autour d'un point du câble dans une surface de rayon 7,5 m.
  • Par transects : En nageant le long du câble, prise en compte des poissons rencontrés dans un rayon de 1m.

Les éventuels changements de comportement lors des transitions de courant ont été surveillés.
Pour étudier la structure des assemblages, des indices de similarité on été tirés des abondances.

Résultats de l'article :

En prenant en compte l'ensemble des sites, aucune différence significative de richesse spécifique moyenne et d'abondance moyenne (sauf inter-spécifiquement) n'a été obtenue entre les 3 états de courant (fig.3). Cependant, toujours en terme de significativité :

  • Dans le site profond, moins d'espèces ont en moyenne été comptées en DC.
  • Dans les sites intermédiaire et profond, l'abondance moyenne est plus élevée en OFF.
  • Plus d'espèces et d'individus ont été relevés en comptage ponctuel.

Le comportement des poissons suite à l'activation du courant ne diffère pas de celui observé lors d'une situation sans EMF. La quasi-totalité des occurences d'élasmobranches ont concerné l'état OFF.

Analyse des communautés : Les différences de composition entre assemblages de poissons sont marquées en fonction de la nature des sites, mais pas entre modes d'alimentation d'un même site. Les assemblages sont distincts avec un recoupement dans leur composition en considérant seulement les 2 méthodes de comptage.

Rigueur de l'article :

Les travaux publiés par Love et collaborateurs n'ont pas été discutés vis à vis des résultats présentés ici (ni évoqués en introduction). Or il s'agit d'articles dans lesquels des études in situ (rares dans la littérature) des effets d'EMF sur le comportement (Love et al., 2015) et la structure de communautés (Love et al., 2017) sont respectivement réalisées, comme dans le présent article.

67 sondages (statistiquement suffisant) ont été menés alors qu'un DC circulait dans les câbles, contre 116 en OFF où les poissons observés étaient en moyenne 50% plus abondants (fig.3). Puisque les auteurs s'appuient sur la tendance qui se dessine pour nuancer fortement une absence de significativité, avoir un nombre à peu près équivalent de sondages en DC et OFF aurait pu permettre de solidifier ou infirmer cet argument, a fortiori car :

  • le nombre total de sondages est presque identique par site et méthodologie à l'inverse.
  • la variabilité au sein des sondages est forte, lié à l'identification visuelle.
Ce que cet article apporte au débat :

Il est intéressant que les auteurs n'interprètent pas leurs résultats que sous le prisme de la significativité statistique mais aussi (en son absence) à travers les tendances observées in situ qui indiqueraient de façon inédite un évitement subtil de la zone de diffusion des EMF. En effet, puisque la taille des échantillons est jugée réduite et leur variabilité élevée, le risque d'erreur de 2nde espèce (les poissons seraient en réalité significativement moins abondants avec génération d'EMF) pourrait être non négligeable. La probabilité d'effets néfastes étant augmentée, d'autres travaux s'avèrent nécessaires.

En n'ayant pas détecté de différence entre la structure des communautés en présence ou pas d'EMF, l'équipe apporte un argument quant à leur possible non nocivité à ce niveau d'organisation biologique pour des expositions de courtes durées chez des vertébrés. Cela va dans le sens des conclusions de Love et al. (2017) pour des expositions à long terme de vertébrés et invertébrés.

Remarques sur l'article :

Les deux méthodologies de comptage (ponctuel et via transect) ont chacune des biais, ce qui aboutit à des résultats différents. De plus, s'il s'avère que les EMF ont vraiment un impact sur au moins une variable biologique donnée, la possibilité que les poissons s'abritent dans les coraux lors de l'exposition aux EMF (et ne peuvent alors être comptabilisés) n'est pas à négliger selon les auteurs. Il est donc intéressant d'avoir essayé de multiplier les approches dans cette étude.

Perspectives : Conjuguer une telle étude in situ avec des expériences évaluant les effets des EMF en laboratoire (e.g. Scott et al., 2018) à plusieurs intensités semble important. En effet, contrairement aux élasmobranches de passage dans le récif qui ont semblé présenter un évitement des EMF ici, (probablement à cause d'une électrosensibilité élevée comme suggéré par Switzer & Meggitt, 2010), les autres poissons n'ont montré que peu de différence de comportement entre l'émission de courant et le cas contrôle.

Publiée il y a plus de 5 ans par K. Gernelle et J. Menon.
Dernière modification il y a plus de 5 ans.