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Les virus sont-ils vivant ? Le paradigme du réplicateur éclaire une question ancienne mais trompeuse.
Figure :
En haut : classification des réplicateurs en fonction de leur autonomie et de leur stratégie (en bleu sont représentés les virus et en vert les cellules)
En bas : la mobilité des réplicateurs en fonction de l'accès aux ressources
source : Koonin et Starokadomskyy, 2016
Résumé de la review :
Le but de l'article est de mettre fin à la question non productive des virus. En effet, selon les auteurs, savoir si les virus sont vivants ou non implique de définir le vivant. Or cette définition est subjective, et peut donc varier d'un auteur à l'autre. Cela implique par conséquent une pluralité d'hypothèses qui ne peuvent être réfutées car valides dans leur propres paradigmes. L'inconvénient de cette approche est de "paralyser" la recherche, car aucune nouveauté ne peut aboutir.
Pour palier ce problème, les auteurs proposent un nouveau paradigme, celui du réplicateur. La théorie du réplicateur est une théorie proposée initialement par Dawkins en 1976 dans son ouvrage "le gène égoïste".
L'article propose ici une application concrète de cette théorie. Le réplicateur concerne l'information génétique (ARN ou ADN), qui sont des unités partiellement autonomes et distinctes. Le concept est lié à celui du réplicon et du génome.
Un réplicon est une unité de réplication, pas forcément autonome. Un réplicateur peut contenir plusieurs réplicons.
le génome est défini comme une séquence d'acide nucléique stable (contenant de l'information codante et non codante)
On peut alors distinguer différents types de réplicateurs, en fonction de la stratégie évolutive choisie. Les auteurs font une première distinction, en utilisant un axe égoïsme-altruisme. Les réplicateurs les plus égoïstes dépendent de formes plus altruistes pour se multiplier. Ils sont alors vus comme des parasites non autonomes. C'est le cas par exemple des virus lytiques, qui se répliquent rapidement, et tuent leur hôte. Les formes les plus altruistes quant à elles, sont aussi les plus autonomes. C'est le cas des cellules, qui peuvent être exploitées par des formes plus égoïstes. Entre ces deux pôles extrêmes, une multitude de formes sont possibles.
Ainsi, en faisant une distinction entre les formes égoïstes ou altruistes, et autonomes ou dépendantes, les auteurs arrivent à mettre en valeur différents groupes. La première figure de l'article met ainsi en évidence un groupe viral, représenté en bleu.
Par la suite, une deuxième distinction est effectuée, entre les éléments mobiles, et les différents types de véhicules possible. Plus un élément est mobile, plus il a facilement accès à des ressources. Ainsi, les éléments les plus égoïstes sont également ceux qui ne sont pas véhiculés, et ont donc besoin des plus altruistes pour l'accès à ces ressources.
Ces deux notions présentées mènent à une compétition entre les deux grands types de formes. On assiste ici à une course à l'armement entre les hôtes et les parasites. Cette course aurait pour origine un monde pré-cellulaire, et mène à la diversité de formes observée actuellement. Ainsi, le paradigme du réplicateur réintroduit pleinement les virus, mais également d'autres formes au sein de la biologie. Il devient alors possible d'étudier l'évolution des virus, non plus parce qu'ils seraient des être vivants, mais parce qu'en étant des réplicateurs, le phénomène d'évolution peut agir. Ainsi soumis à l'évolution, ils subissent donc les mêmes loi de sélection et de variation que d'autres entités biologiques, comme les entités cellulaires.
Rigueur de la review :
Le travail de la review est clair et accessible. En développant le problème du débat sur les virus, ils mettent en avant les limites de cette approche. Le développement de leur théorie se fait ensuite par étapes, elle est basée sur une approche à la fois épistémologique (influence des paradigmes de Khun ainsi que de l'approche popperienne des sciences) mais également biologique (grâce à l'impulsion de Dawkins et des travaux en virologie). Les éventuelles limites de leur approche sont ensuite déconstruites dans une dernière partie, légitimant leur paradigme et la rendant fonctionnelle.
Cependant, le terme de paradigme employé dans l'article est fort. Un paradigme en sciences est une manière de voir les choses. Changer de paradigme est une étape longue et violente car menant à des frictions. C'est donc avec recul que l'on peut les définir.
Ce que cette review apporte au débat :
L'article ne prend pas part au débat, et réoriente la problématique. En effet, peu de recherche expérimentale appuyait ce débat, qui est principalement alimenté par des réflections et des points de vue soumis à subjectivité. Ce type d'arguments ne peuvent être réfutés par nature, et bloque le débat. Ainsi, en réorientant la problématique, les auteurs proposent une solution à ce problème de subjectivité. Le paradigme du réplicateur permet ainsi d'étudier les virus dans un contexte évolutif, au sein d'un cadre scientifique plus neutre. La démarche expérimentale pouvant être effectuée, il devient alors possible d'apporter de nouveaux arguments, et peut être, s'approcher d'une réponse plus consensuelle.
Publiée il y a plus de 5 ans
par
P. Claisse et B. Omar mbae.
Dernière modification il y a plus de 5 ans.
Les virus sont-ils vivant ? Le paradigme du réplicateur éclaire une question ancienne mais trompeuse.
En haut : classification des réplicateurs en fonction de leur autonomie et de leur stratégie (en bleu sont représentés les virus et en vert les cellules)
En bas : la mobilité des réplicateurs en fonction de l'accès aux ressources
source : Koonin et Starokadomskyy, 2016
Le but de l'article est de mettre fin à la question non productive des virus. En effet, selon les auteurs, savoir si les virus sont vivants ou non implique de définir le vivant. Or cette définition est subjective, et peut donc varier d'un auteur à l'autre. Cela implique par conséquent une pluralité d'hypothèses qui ne peuvent être réfutées car valides dans leur propres paradigmes. L'inconvénient de cette approche est de "paralyser" la recherche, car aucune nouveauté ne peut aboutir.
Pour palier ce problème, les auteurs proposent un nouveau paradigme, celui du réplicateur. La théorie du réplicateur est une théorie proposée initialement par Dawkins en 1976 dans son ouvrage "le gène égoïste".
L'article propose ici une application concrète de cette théorie. Le réplicateur concerne l'information génétique (ARN ou ADN), qui sont des unités partiellement autonomes et distinctes. Le concept est lié à celui du réplicon et du génome.
On peut alors distinguer différents types de réplicateurs, en fonction de la stratégie évolutive choisie. Les auteurs font une première distinction, en utilisant un axe égoïsme-altruisme. Les réplicateurs les plus égoïstes dépendent de formes plus altruistes pour se multiplier. Ils sont alors vus comme des parasites non autonomes. C'est le cas par exemple des virus lytiques, qui se répliquent rapidement, et tuent leur hôte. Les formes les plus altruistes quant à elles, sont aussi les plus autonomes. C'est le cas des cellules, qui peuvent être exploitées par des formes plus égoïstes. Entre ces deux pôles extrêmes, une multitude de formes sont possibles.
Ainsi, en faisant une distinction entre les formes égoïstes ou altruistes, et autonomes ou dépendantes, les auteurs arrivent à mettre en valeur différents groupes. La première figure de l'article met ainsi en évidence un groupe viral, représenté en bleu.
Par la suite, une deuxième distinction est effectuée, entre les éléments mobiles, et les différents types de véhicules possible. Plus un élément est mobile, plus il a facilement accès à des ressources. Ainsi, les éléments les plus égoïstes sont également ceux qui ne sont pas véhiculés, et ont donc besoin des plus altruistes pour l'accès à ces ressources.
Ces deux notions présentées mènent à une compétition entre les deux grands types de formes. On assiste ici à une course à l'armement entre les hôtes et les parasites. Cette course aurait pour origine un monde pré-cellulaire, et mène à la diversité de formes observée actuellement. Ainsi, le paradigme du réplicateur réintroduit pleinement les virus, mais également d'autres formes au sein de la biologie. Il devient alors possible d'étudier l'évolution des virus, non plus parce qu'ils seraient des être vivants, mais parce qu'en étant des réplicateurs, le phénomène d'évolution peut agir. Ainsi soumis à l'évolution, ils subissent donc les mêmes loi de sélection et de variation que d'autres entités biologiques, comme les entités cellulaires.
Le travail de la review est clair et accessible. En développant le problème du débat sur les virus, ils mettent en avant les limites de cette approche. Le développement de leur théorie se fait ensuite par étapes, elle est basée sur une approche à la fois épistémologique (influence des paradigmes de Khun ainsi que de l'approche popperienne des sciences) mais également biologique (grâce à l'impulsion de Dawkins et des travaux en virologie). Les éventuelles limites de leur approche sont ensuite déconstruites dans une dernière partie, légitimant leur paradigme et la rendant fonctionnelle.
Cependant, le terme de paradigme employé dans l'article est fort. Un paradigme en sciences est une manière de voir les choses. Changer de paradigme est une étape longue et violente car menant à des frictions. C'est donc avec recul que l'on peut les définir.
L'article ne prend pas part au débat, et réoriente la problématique. En effet, peu de recherche expérimentale appuyait ce débat, qui est principalement alimenté par des réflections et des points de vue soumis à subjectivité. Ce type d'arguments ne peuvent être réfutés par nature, et bloque le débat. Ainsi, en réorientant la problématique, les auteurs proposent une solution à ce problème de subjectivité. Le paradigme du réplicateur permet ainsi d'étudier les virus dans un contexte évolutif, au sein d'un cadre scientifique plus neutre. La démarche expérimentale pouvant être effectuée, il devient alors possible d'apporter de nouveaux arguments, et peut être, s'approcher d'une réponse plus consensuelle.
Dernière modification il y a plus de 5 ans.