ControverSciences est archivé. Il reste consultable mais il n'est plus possible de contribuer.
Le code source pour faire tourner le serveur reste disponible sur GitHub.
Titre de la review :

Une stabilité écologique due au climat comme cause globale de l'extinction de la mégafaune à la fin du quaternaire : L'hypothèse du "Plaids and Stripes"


Résumé de la review :

La fin du quaternaire a été marquée par une extinction globale de la mégafaune mammifère. Les causes avancées pour cette extinction sont de différentes natures : anthropiques, épidémiologiques ou environnementales.
Les extinctions sont généralement dues à des sommes de causes. Le fait que la mégafaune ait été affectée sur la totalité du globe indique que certaines de celles-ci étaient partagées.
Cette revue avance une nouvelle hypothèse sur une cause possible, à savoir un changement de l'organisation spatio-temporelle des écosystèmes entre le Pléistocène et l'Holocène qui aurait participé au déclin des populations d’espèces de la mégafaune.
Près de 65% de cette faune s'est éteinte vers la fin du quaternaire, mais les continents les plus touchés, les Amériques ainsi que l'Australie, ont perdu entre 70% et 90% de leur mégafaune alors que ces chiffres descendent entre 5% et 20% pour l'Afrique. Ces extinctions se sont étalées sur un grand intervalle de temps et ont eu lieu entre 50 000 et 10 000 ans pour la majorité du globe sauf en Australie où elles se seraient déroulées entre 400 000 et 40 000 ans.

Hypothèse du "Plaids and Stripes".
Cette hypothèse décrit deux organisations spatio-temporelles des écosystèmes.
Le caractère "Plaids" décrit des écosystèmes présents dans des environnements fluctuants où les communautés sont toujours en déséquilibre vis-à-vis des conditions environnementales, favorisant une mosaïque de communautés végétales et une végétation pionnière, favorable à la mégafaune brouteuse.
Le caractère "Stripes" décrit des écosystèmes présents dans des environnements plus stables, permettant aux communautés végétales d'atteindre un équilibre écophysiologique et de recouvrir leur aire de distribution.

Éléments en faveurs de l'hypothèse.
Chez les mammifères, une masse importante est reliée à une meilleure efficacité métabolique, à une aire de distribution et une capacité de dispersion plus importantes ainsi qu'à une réduction du coût de la locomotion.
D'un autre côté, elle nécessite un apport de nourriture journalier important, un âge de première reproduction plus tardif et des tailles de population plus petites.
Ces caractéristiques permettent aux grands mammifères d'exploiter efficacement un environnement de type "plaids" dû à la présence de ressource sur une grande aire géographique mais les rend aussi dépendant d'une recherche d'aires de pâturage. Ils seraient ainsi mal-adaptés à un environnement plus stable favorisant l'installation des communautés végétales le longs de gradients environnementaux.
Un autre élément mis en avant vient de l’absence d’évidence d'autres extinctions de la mégafaune lors des transitions glaciaires/interglaciaires précédentes. L'hypothèse du "Plaids and Stripes" permettrait d'expliquer cette absence d'extinction par une organisation plus fluctuante des écosystèmes, favorisant la persistance de la mégafaune.

Prédictions de l'hypothèse.
La mégafaune insulaire serait adaptée à un environnement "Stripes" dû à la taille réduite des îles et à la faible diversité climatique. Les îles seraient donc moins impactées par une modification globale de l'organisation des communautés et les extinctions de grands mammifères seraient induites par des pressions anthropiques.
Une autre de ses prédiction concerne les deux continents présentant les taux d'extinction les plus extrêmes, l'Afrique et l'Australie.
L'Afrique a conservé une organisation en "Plaids" de ses écosystèmes arides notamment dû à sa taille et à sa situation géographique, favorisant le maintien de la mégafaune.
En Australie, l'extinction à eu lieu pendant une période plus importante, entre 400 et 40 mille ans. Elle s'expliquerait par une faible diversité climatique et une aridification progressive au cours du Pléistocène qui aurait réduit la productivité primaire des écosystèmes. Une productivité basse et une absence de pâtures accessible suffisantes à la survie des grands mammifères rend négligeable les avantages liés à une masse importante.

Ce que cette review apporte au débat :

Cette hypothèse serait une des causes du déclin de la mégafaune vers la fin du quaternaire et serait potentiellement proche de la base dans la hiérarchie des causes, c'est à dire qu'elle serait une cause importante et globale de cet extinction. Il ne s'agit néanmoins pas de la seule cause et l'effet de l'Homme et d'autres causes sont à prendre en compte.
Elle est intéressante notamment parce qu'elle permet d'expliquer le maintien de la mégafaune en Afrique, qui aurait conservé une organisation en "Plaid", et le déclin précoce de la mégafaune australienne due à une aridification et une baisse de la productivité primaire des communautés.
Elle pourrait aussi expliquer en partie l'absence d'extinction de la mégafaune lors d'autres transition glaciaire/interglaciaire.
Il s'agirait donc d'une hypothèse importante à prendre en compte pour la compréhension de cette extinction.

Publiée il y a plus de 5 ans par J. Fraisse et collaborateurs..
Dernière modification il y a plus de 5 ans.