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Titre de la review :

Études de terrains sur les effets de la radioactivité dans la zone d'exclusion de Tchernobyl : les leçons à tirer


Figure :

Figure représentant les variations spatiale de l'intensité des radiations sur une surface de 200m²

Beresford et al. 2019

Résumé de la review :

Introduction :
Plus de trente ans après l’accident, il n’y a pas de consensus sur l’impact de l’exposition chronique aux radiations sur la faune et la flore de la zone d’exclusion de Tchernobyl (CEZ).

Exemples de conflits scientifiques :
Les auteurs commencent cette revue en citant des exemples de conflits scientifiques récents, par exemple :
- En ce qui concerne les grands mammifères, Deryabina et al. (2015) et Webster et al. (2016) n’ont mis en évidence aucun effet des radiations ni sur l’abondance ni sur la distribution de ces espèces. À l’inverse, Møller et Mousseau (2013) observent un effet négatif des radiations à la fois sur l’abondance des ces espèces ainsi que sur les relations proies-prédateurs.
- Des études se sont également intéressées à l’activité biologique du sol, et en particulier ici à la décomposition de la litière forestière. Bonzom et al. (2016) n’ont pas trouvé d’effets des radiations sur l’activité de décomposition de la litière, tandis que Møller et Mousseau (2014) mettent en évidence une décomposition fortement réduite en lien avec l’intensité des radiations.

Pourquoi des résultats si différents ? Pour essayer de répondre à cette question les auteurs développent trois points pouvant participer à de telles divergences dans les résultats observés.

Estimer l’exposition aux radiations sur le terrain :
Un des problèmes des études de terrain est que la mesure de l’exposition aux radiations est souvent peu réfléchie et peu définie dans le protocole qui est mis en place. Le plus souvent il s’agit de mesures du taux de radiations à la hauteur du sol via des appareils de mesures appropriés. Plusieurs problèmes sont liés à cette méthode. Premièrement certains auteurs indiquent dans leurs publications des mesures en Sieverts, le problème étant qu’il s’agit d’une unité de mesure des effets biologiques de la radioactivité sur l’homme utilisant des facteurs de pondération pour être calculée. Un des problèmes majeurs réside dans l’estimation de la radioactivité externe à laquelle les espèces sont exposées, en effet le niveau de radioactivité sur le site est extrêmement hétérogène (voir figure), et beaucoup d’auteurs mentionnant cette hétérogénéité tendent malgré tout à la sous-estimer. De plus, ces mesures ne prennent en compte que le taux externe auquel les espèces sont exposées, cependant des études tendent à montrer qu’il n’y a pas de relation entre les débits de doses interne et externe. La contribution du taux interne à l’exposition totale aux radiation est en effet très dépendant des espèces. Pour finir, certaines études se sont servi, pour estimer l’exposition de des espèces aux radiations, de mesures des concentrations de Césium 137 et/ou de Strontium 90 qui sont les deux radionucléides les plus présents sur le site, cependant ce ne sont pas les seuls radionucléides présents et des études ont montré que la contribution relative des isotopes radioactifs au taux total est également dépendant des espèces.

Historique du site :
Dans certaines études, la relation entre l’exposition aux radiations et l’effet biologique mesuré semble être majoritairement définie par des sites particuliers présentant des valeurs extrêmes. Il ressort que les doses de radioactivité passées ont des conséquences sur les observations actuelles. Ce phénomène est appelé « effet mémoire ». Il reflète l’impact de facteurs tels que l’adaptation, le fardeau de mutations, la dérive, l’immigration, expliquant par des contingences historiques les différences dans les observations de sites pourtant semblables à l’heure actuelle.

Statistiques :
Dans cette partie, les auteurs font un point rapide sur la méthode statistique dans son ensemble depuis un définition de la significativité en statistique jusqu’à la différence entre corrélation et causalité. Rappelant que la statistique est un outil essentiel nécessitant d’être utilisé avec précaution.

Rigueur de la review :

Cette revue semble rigoureuse, faisant un point et apportant un regard sur un grand nombre de publications. Elle cite également beaucoup d’autres revues rédigées par un grand nombre d’auteurs. Le seul bémol pourrait être que les auteurs citent beaucoup leurs propres travaux comme référence et modèle de la bonne façon de faire.

Ce que cette review apporte au débat :

Cette revue est très importante pour le débat premièrement pour la synthèse bibliographique qu’elle constitue, présentant un grand nombre d’études contradictoires sur le sujet de la controverse. Elle est également importante, car elle présente et s’inclue dans la controverse elle-même et tente de comprendre de manière approfondie les biais méthodologiques conduisant à l’obtention de résultats si contradictoires obtenus par des études qui semblent si similaires. Elle permet pour finir d’apporter des pistes méthodologiques pouvant mener à la résolution de la controverse.

Remarques sur la review :

Bien que les conflits autour de cette controverse impliquent un nombre relativement important de chercheurs, les exemples cités au début de la revue tendent à montrer les auteurs Møller et Mousseau comme les seuls à proposer des résultats contradictoires au reste des équipes travaillant sur ce sujet.

Publiée il y a plus de 5 ans par A. Naas et collaborateurs..
Dernière modification il y a plus de 5 ans.