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Titre de l'article :

Efficacité du réseau mondial de zones protégées dans la représentation de la diversité des espèces


Figure :

Carte de densité des espèces lacunaires par cellule d'un demi-degré, créée en superposant les aires de répartition de toutes les espèces non couvertes par une zone protégée.
Effectiveness of the global protected area network in representing species diversity

Introduction à l'article :

C'est un article qui s'est basé sur les chiffres du 5ème Congrès Mondial des Parcs à Durban, Afrique du Sud. L’objectif d'augmentation de la surface des aires protégées mondiales avait été défini à 10 % de la surface terrestre totale en 2003, objectif qui a finalement été dépassé. En effet en 2003, 11,5 % de la surface terrestre fait partie des aires protégées mondiales, correspondant à 9 des 14 principaux biomes terrestres. (Chape et al., 2003)
Les auteurs ont ainsi analysé les données mondiales de répartition d’espèces et des zones protégées dans le but d’évaluer le recouvrement des aires protégées par rapport à la répartition de la biodiversité.

Expériences de l'article :

Les auteurs ont étudié des ensembles de données mondiales de répartition d’espèces vertébrées et d’aires protégées : 2003 World Database on Protected Areas, IUCN Global Mammal Assessment, IUCN Global Amphibian Assessment et IUCN Red List. Ils ont grâce à cela analysé les gaps de couverture des aires protégées en fonction des répartitions des espèces.
Une espèce était considérée protégée si n’importe quelle aire protégée couvrait une partie de son aire de répartition. Sinon elle était qualifiée d’espèce gap (ou espèce lacunaire).

Résultats de l'article :

Douze pourcents des espèces étudiées ont été identifiées comme espèces gap dont les espèces menacées (threatened) en représentaient 20 %. Au sein des espèces protégées, à peu près la même quantité d’espèces était présente dans moins de 1 000 hectares d’aire protégée. Le taxon des amphibiens est le moins représenté dans les aires protégées.

Rigueur de l'article :

Les biais identifiés dans l’article concernent les espèces caractérisées comme protégées, car les auteurs sont partis sur deux hypothèses qui ne sont pas forcément vérifiées : toutes les aires protégées ont la même efficacité de conservation pour toutes les espèces présentes sur son sol et le même respect de la législation, et que les espèces peuvent être protégées efficacement qu’importe la zone de leur aire de répartition. En réalité, la présence seule de l’espèce sur une aire protégée ne permet pas de dire si celle-ci est efficacement préservée.
Cette étude ne s’est concentrée que sur les espèces vertébrées, et n’a donc pas pris en compte les insectes et plantes dans leurs analyses. De même, seule la surface terrestre a été analysée, ce qui laisse de côté les habitats marins et aires protégées marines.

Ce que cet article apporte au débat :

L’analyse des gaps a montré une couverture insuffisante des aires protégées pour la préservation de la biodiversité. Généralement, ce sont les zones avec une valeur économique peu importante qui sont plus facilement décrétées comme aires protégées, ce qui ajoute un biais de conservation. Le pourcentage total de la surface des aires protégées au niveau d’un biome, d’un pays ou planétaire, n’est pas un bon indicateur de l’efficacité d’une zone protégée, ni des besoins nécessaires pour en améliorer la gestion. En effet, la taille de l’aire n’est pas nécessairement liée avec l’efficacité de sa gestion. Le réseau actuel d’aires protégées est biaisé vers les sites avec les plus grandes richesses spécifiques, les espèces à aire de répartition limitée et les espèces menacées.
Finalement, le réseau existant actuellement est tout de même une aide inestimable pour la réduction de la perte de biodiversité, même s’il est encore insuffisant pour une conservation efficace et complète.

Remarques sur l'article :

Cet article prône le besoin d’élargir les aires protégées mais surtout de les choisir selon des critères qui ne sont pas seulement basés sur le statut de l’espèce, la taille de l’aire ou la valeur de la richesse spécifique. Cela semble vrai mais toutefois idéaliste concernant l’angle de statut de l’espèce. La plupart des espèces protégées en priorité sont des espèces en danger d’extinction car elles sont justement en danger. Une gestion de conservation est rarement mise en place par prévention pour des espèces qui n’ont pas de statut de conservation préoccupant. Même s’il serait bien vu de protéger toutes les espèces animales, le choix de mettre des moyens pour préserver des espèces dont le sort est préoccupant en priorité semble le choix le plus judicieux actuellement, selon mon opinion.

Publiée il y a plus de 5 ans par C. Rosa et M. Champagne.
Dernière modification il y a plus de 5 ans.