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Titre de l'article :

Un tiers des terres protégées dans le monde est soumis à une forte pression humaine


Figure :

Pression humaine dans les zones protégées.
(A) Proportion de chaque zone protégée qui est soumise à une pression humaine intense, allant d'un niveau faible (bleu) à un niveau élevé (orange).
(B) Kamianets-Podilskyi, ville située dans le parc national de Podolskie Tovtry, Ukraine.
(C) Routes principales fragmentant des habitats naturels dans le parc national de Mikumi, en Tanzanie.
(D) Agriculture et bâtiments à Dadohaehaesang, Parc national, Corée du Sud. [Crédits photos : Google Earth]

One-third of global protected landis under intense human pressure

Introduction à l'article :

Le rapport se place dans le contexte de diminution massive de la biodiversité actuel. En réponse à cette perte importante, la surface des aires protégées a doublé depuis le Sommet de la Terre de Rio, en 1992, correspondant à 14,7 % de la surface terrestre en 2018. L’objectif pour 2020 était d’atteindre 17 % de la surface terrestre. Les aires protégées sont gérées par le biais de différents management : des gestions de conservation strictes et des gestions plus souples permettant certaines activités humaines et activités d’exploitation durable. Sans aucun doute, des directives et une législation adaptées permettent une conservation efficace de la biodiversité (Coetzee et al, 2014 ; Gray et al. 2016). L’étude a ainsi eu pour objectif de localiser les pressions humaines au sein des aires protégées, de manière non exhaustive.

Expériences de l'article :

L’étude s’est concentrée sur 8 950 aires protégées. Les pressions telles que les routes, les voies navigables, les pâturages et l’urbanisation, n’ont pas été prises en compte. La carte mondiale des pressions humaines sur l’environnement de Venter et confrères (2016) a été utilisée pour être comparée à la répartition des aires protégées et analyser les changements depuis 1992. La carte était basée sur l’empreinte humaine, regroupant toutes les données sur les environnements urbains, l’agriculture intensive, les pâturages, la densité des populations humaines, les lumières nocturnes,etc. Ces pressions ont été directement liées à la diminution de la biodiversité, c’est la raison pour laquelle se sont les plus étudiées (Safi and Pettorelli, 2010 ; Newbolt et al., 2015). Les zones des aires protégées avec de fortes pressions ont été identifiées, ainsi que l’impact de la taille des aires protégées et la catégorie de gestion IUCN sur les types de pressions humaines exercées au sein des aires protégées.

Résultats de l'article :

L’empreinte humaine au sein des aires protégées calculée était 50 % moins importante que la moyenne globale (3,3 et 6,16 respectivement). 57 % des aires protégées sont soumises à des pressions humaines intenses, contre 10% qui ne sont pas touchées par les empreintes humaines. 32,8 % de la surface totale des aires protégées est victime de pressions humaines intensives, contre 42 % de la surface des aires protégées étudiées qui n’étaient victimes d’aucunes pressions.
Les aires protégées avec les gestions les plus strictes montraient une empreinte humaine significativement inférieure aux aires avec une gestion plus souple. Il existe cependant un nombre important de zones protégées non strictes à faible pression humaine. Les aires protégées de petite taille sont les plus susceptibles d’être soumises à une pression humaine importante.
Finalement, environ les 3/4 des pays observent plus de 50 % de leur surface protégée sous l’influence d’une pression humaine intense.

Rigueur de l'article :

Les biais identifiés par l’étude elle-même sont les suivants :

  • les surfaces protégées soumises à une pression humaines peuvent tout de même contribuer à la réalisation d’objectifs de conservation, et certaines zones protégées sont volontairement placées dans des zones de forte pression
  • l’empreinte humaine ne prend pas compte d’absolument toutes les pressions humaines ; le braconnage et le changement climatique ne sont pas pris en compte par exemple.
  • l’empreinte humaine caractérise la pression exercée par l’Homme sur son environnement, pas sur la biodiversité elle-même. Des études plus poussées sur la réaction des écosystèmes protégés aux pressions humaines et l’évaluation des impacts directs sur la biodiversité seraient nécessaires pour comprendre toute la complexité des pressions exercées par l’Homme.
Ce que cet article apporte au débat :

La moyenne des pressions humaines a augmenté depuis 1992, autant dans les aires protégées que dans le monde.
Les aires protégées définies avant 1993 subissent davantage de pressions humaines que les aires définies après, et cela du fait que les aires les plus anciennes n’étaient pas encore touchées par l’Homme à ce moment-là.

L’article maintien donc que les aires protégées représentent la meilleure solution pour lutter contre la perte de biodiversité. Cependant, pour lutter efficacement, il serait conseillé de mettre en place des stratégies de gestion strictes pour empêcher les pressions humaines au sein même des aires protégées. En effet, de nombreuses aires subissent une augmentation des pressions humaines, même si celles-ci restent faibles pour les aires protégées à législation stricte.
Les problèmes de gestion souple peuvent s’expliquer entre autre par des facteurs sociologiques, mais aussi par les manque de moyens financiers que rencontrent continuellement ces aires protégées.

Remarques sur l'article :

Dès le départ, l’article annonce ne faire qu’une description « grossière » des pressions exercées par l’Homme sur les espaces protégées, car il ne traite que d’un échantillon des aires protégées existantes dans le monde. Les résultats sont donc à relativiser en fonction de ce nombre d’aires protégées choisies et des zones identifiées. Cependant, cela donne une idée importante de l’effet des pressions humaines sur les aires protégées et pousse à développer des gestions plus strictes pour une meilleure efficacité de conservation de la biodiversité.

Publiée il y a plus de 5 ans par C. Rosa et M. Champagne.
Dernière modification il y a plus de 5 ans.