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Repenser les fondements conceptuels de la recherche sur la fragmentation des habitats
Figure :
Figure 1 - Didham et al., 2012
Diagramme représentant les différentes approches utilisées dans l'étude de la fragmentation.
Le modèle intégratif proposé par les auteurs considère l'interdépendance des effets de l'habitat et l'interdépendance de la réponse espèces comme la norme, mais pas comme généralisable à tous les cas d'étude.
Résumé de la review :
Les auteurs revoient dans ce papier les concepts à la base les travaux réalisés sur la fragmentation et tentent d’en tirer une approche intégrative permettant de mettre en perspective une meilleure approche du processus de fragmentation.
Les études sur la fragmentation sont nombreuses, et les approches diffèrent en fonction des auteurs (échelles d’étude, méthode, et définition de la fragmentation). Deux points de vue principaux sont opposés : l’indépendance de la fragmentation et de la perte d’habitat (Fahrig, 2003), ou une interdépendance de ces deux facteurs. La réponse des espèces est également scindée en deux catégories : toutes les espèces ont la même réponse à la perturbation (théorie de la biogéographie insulaire), ou chaque espèce à une réponse qui lui est propre. Les différentes approches utilisées considèrent donc des degrés de dépendance des effets de l’habitat et de la réponse des espèces différents (figure 1). Les auteurs proposent une vision plus intégrative, en considérant que chacune des alternatives (indépendance ou interdépendances des variables) ne peuvent pas être généralisables. Cependant, l’interdépendance des effets de la perte d’habitat et de la fragmentation, ainsi que l'interdépendance de la réponse des espèces serait la norme.
Les modèles communément utilisés pour analyser l’effet des différentes composantes modifiant la configuration de l’habitat (perte d’habitat, isolation, etc.) sont des régressions multiples. Ces modèles sont basés sur la dépendance de chacun des effets analysés, et souvent biaisés. En effet, les effets de la fragmentation sont attribués à la variance inter-corrélée alors qu’il est impossible de distinguer à quelle variable attribuer cette variance. Un modèle basé sur une hiérarchisation des effets directs et indirects (modèle d’équation structurelle) permettrait de faire la distinction entre les variables spatiales et de tester des hypothèses concernant le degré de dépendance des variables.
En ce qui concerne la réponse des espèces, les modèles utilisés sont de deux types :
Les modèles basés sur la théorie de la biogéographie insulaire, dans lesquels les espèces covarient de la même manière. Cependant, ces modèles ne prennent pas en compte la complexité des habitats modifiés par l’Homme, dans lesquels la délimitation entre les parcelles et la matrice peut être floue.
Les modèles considérant l’indépendance des espèces, dans lesquels les espèces sont distribuées dans l’environnement en fonction de leurs besoins spécifiques individuels. Cependant, ce type de modèle ne reflète pas bien la réalité (certaines espèces covarient par l’effet de la compétition et de la prédation), et empêche donc la compréhension des dynamiques entre espèces dans le cadre d’études de la fragmentation.
Comprendre la réponse des espèces à la fragmentation est essentiel, il faut donc prendre en compte le fait que certaines espèces covarient, mais également que toutes les espèces ne répondent pas de la même manière.
En conclusion, les concepts à la base des travaux réalisés sur la fragmentation ne sont plus à la hauteur des avancées théoriques et empiriques des disciplines de l’écologie. Une vision dichotomique avec la simple interdépendance ou indépendance des variables n’est pas suffisante, et le degré d’interdépendance des effets de l’habitat et de la réponse des espèces doit être jugée empiriquement, au cas par cas. Les auteurs préconisent une vision plus complexe des modèles étudiant la fragmentation, intégrant un contexte spatial dépendant des effets de multiples interactions de moteurs de la fragmentation des habitats, et un contexte des communautés dépendant des réponses au changement de multiples espèces interagissant entre elles.
Rigueur de la review :
Cette review semble rigoureuse dans son approche théorique. Cependant, un doute peut être émis sur la possibilité d'appliquer un modèle intégrant autant de variables interdépendantes et d'interactions complexes entre les deux catégories de variables (habitat et espèces). En effet, les résultats d'un tel modèle pourraient être difficiles à analyser et à interpréter.
Ce que cette review apporte au débat :
Cette review permet une nouvelle approche intégrative de l'étude de la fragmentation, et identifie les points faibles des approches jusqu'alors utilisées pour étudier les effets de la fragmentation.
Publiée il y a plus de 5 ans
par
T. Brusse.
Dernière modification il y a plus de 5 ans.
Repenser les fondements conceptuels de la recherche sur la fragmentation des habitats
Figure 1 - Didham et al., 2012
Diagramme représentant les différentes approches utilisées dans l'étude de la fragmentation.
Le modèle intégratif proposé par les auteurs considère l'interdépendance des effets de l'habitat et l'interdépendance de la réponse espèces comme la norme, mais pas comme généralisable à tous les cas d'étude.
Les auteurs revoient dans ce papier les concepts à la base les travaux réalisés sur la fragmentation et tentent d’en tirer une approche intégrative permettant de mettre en perspective une meilleure approche du processus de fragmentation.
Les études sur la fragmentation sont nombreuses, et les approches diffèrent en fonction des auteurs (échelles d’étude, méthode, et définition de la fragmentation). Deux points de vue principaux sont opposés : l’indépendance de la fragmentation et de la perte d’habitat (Fahrig, 2003), ou une interdépendance de ces deux facteurs. La réponse des espèces est également scindée en deux catégories : toutes les espèces ont la même réponse à la perturbation (théorie de la biogéographie insulaire), ou chaque espèce à une réponse qui lui est propre. Les différentes approches utilisées considèrent donc des degrés de dépendance des effets de l’habitat et de la réponse des espèces différents (figure 1). Les auteurs proposent une vision plus intégrative, en considérant que chacune des alternatives (indépendance ou interdépendances des variables) ne peuvent pas être généralisables. Cependant, l’interdépendance des effets de la perte d’habitat et de la fragmentation, ainsi que l'interdépendance de la réponse des espèces serait la norme.
Les modèles communément utilisés pour analyser l’effet des différentes composantes modifiant la configuration de l’habitat (perte d’habitat, isolation, etc.) sont des régressions multiples. Ces modèles sont basés sur la dépendance de chacun des effets analysés, et souvent biaisés. En effet, les effets de la fragmentation sont attribués à la variance inter-corrélée alors qu’il est impossible de distinguer à quelle variable attribuer cette variance. Un modèle basé sur une hiérarchisation des effets directs et indirects (modèle d’équation structurelle) permettrait de faire la distinction entre les variables spatiales et de tester des hypothèses concernant le degré de dépendance des variables.
En ce qui concerne la réponse des espèces, les modèles utilisés sont de deux types :
En conclusion, les concepts à la base des travaux réalisés sur la fragmentation ne sont plus à la hauteur des avancées théoriques et empiriques des disciplines de l’écologie. Une vision dichotomique avec la simple interdépendance ou indépendance des variables n’est pas suffisante, et le degré d’interdépendance des effets de l’habitat et de la réponse des espèces doit être jugée empiriquement, au cas par cas. Les auteurs préconisent une vision plus complexe des modèles étudiant la fragmentation, intégrant un contexte spatial dépendant des effets de multiples interactions de moteurs de la fragmentation des habitats, et un contexte des communautés dépendant des réponses au changement de multiples espèces interagissant entre elles.
Cette review semble rigoureuse dans son approche théorique. Cependant, un doute peut être émis sur la possibilité d'appliquer un modèle intégrant autant de variables interdépendantes et d'interactions complexes entre les deux catégories de variables (habitat et espèces). En effet, les résultats d'un tel modèle pourraient être difficiles à analyser et à interpréter.
Cette review permet une nouvelle approche intégrative de l'étude de la fragmentation, et identifie les points faibles des approches jusqu'alors utilisées pour étudier les effets de la fragmentation.
Dernière modification il y a plus de 5 ans.