ControverSciences est archivé. Il reste consultable mais il n'est plus possible de contribuer.
Le code source pour faire tourner le serveur reste disponible sur GitHub.

Analyse de la référence Chapter 16 : Selection on Humans in Cities

Titre du Livre :

Biologie de l'Evolution Urbaine : Sélection des humains dans les villes (Chapitre 16)


Introduction au livre :

Pour Homo sapiens, la logique évolutive semble inversée à cause de l'urbanisation : il semblerait que ce soit les individus qui sélectionnent leur environnement plutôt que l'environnement qui sélectionne les individus. L'urbanisation et la modernisation de l'humanité augmentent son contrôle sur les écosystèmes et sur la biologie. De ce constat, nous pouvons raisonnablement nous poser la question suivante : l'espèce humaine est-elle toujours soumise à la sélection naturelle ? Les arguments affirmant que non sont regroupés en 4 types : prométhéens, limitatifs, ontologiques et dégénératifs. Ces arguments pas forcément scientifiques sont réfutables. Dans ce livre, les auteurs ont donc analysé la sélection naturelle ayant lieu sur des traits de santé dans des populations urbaines et/ou modernes. Les auteurs ont ensuite étudié l'impact de la modernisation sur la sélection naturelle et déterminé les mécanismes évolutifs actuels de l'espèce humaine.

Résumé et résultats du livre :

Il faut tout d'abord dissocier les notions d'urbanisation et de modernisation :

  • L'urbanisation a débuté très tôt dans l'histoire de l'humanité (7500 av. J-C) avec la construction des premières villes.
  • La modernisation est un processus évolutif plus récent (Europe: 1800 ap. J-C, révolution industrielle) et plus large qui comprend l'urbanisation comme un composant et un résultat.

Au cours de l'histoire de l'Homme, la transition vers l'agriculture a entrainé un premier changement des pressions de sélections, de l'environnement et donc de la sélection associée. L'agriculture a par exemple favorisé l'émergence de certains pathogènes, et a donc modifié la sélection naturelle appliquée au système immunitaire de l'Homme.
La transition vers la modernité, qui a eu lieu avec la révolution industrielle, a entrainé le deuxième changement des pressions de sélections appliquées aux populations humaines. La modernisation est un processus complexe ayant entrainé de nombreux changements écologiques, démographiques et technologiques. On a ainsi depuis observé une augmentation de l'espérance de vie, mais associée à l'apparition des maladies du vieillissement. Cela est lié à une sélection de gènes pléiotropes antagonistes favorisant certains traits apportant un avantage de fitness, mais responsable à des stades tardifs de l'apparition d'effets délétères tels que les cancers.

L'analyse de l'évolution des sociétés urbaines et/ou modernes peut se faire par l'analyse de l'opportunité de sélection (Index de Crows, nommé I). L'index I correspond à la variance de la fitness relative liée à différents caractères comme la survie ou reproduction. Dans les pays développés, la variance des caractères de survie est très faible : l'espérance de vie étant stable, l'opportunité de sélection de ces caractères est minime. Cependant, dans les sociétés modernes, la fertilité est plus variable, suggérant que l'opportunité de sélection soit plus importante sur des caractères liés à la reproduction.

Cependant, les contextes urbains étant très différents, l'index I des caractères reproducteurs est lui aussi très variable. Il semblerait que cette sélection dépende du contexte. En effet, les milieux urbains sont très différents et représentent une mosaïque de niches écologiques. De plus, l'hétérogénéité des villes est responsable d'un effet d'échelle : selon la taille de la ville, l'expression des traits et leur sélection peuvent être différentes. La sélection appliquée en milieu urbain est qualifiée de sélection urbaine et elle est liée à différents agents de sélection :

  • Les stresseurs, de nature chimique (pollutions, etc...) ou physique (lumière artificielle, nuisance sonores, etc...), permettent une nouvelle opportunité de sélection sur les caractères de survie en milieu urbain. Ces agents de sélection induisent de la mortalité et pourraient conduire à la sélection de caractères de résistance et de traits adaptés aux contextes urbains.
  • Les facteurs socio-culturels: les villes et leurs populations représentent une mosaïques de variables telles que les classes sociales, les ancêtres, les professions, etc... L'étude de ces agents de sélection est donc très complexe car de nombreuses variables sont à prendre en compte.

Un aspect intéressant est l'importance de trait non-génétique dans la fitness d'un individu moderne et urbain : le cout énergétique de la descendance est extra-métabolique (pétrole, électricité, etc...). La fitness d'un individu d'une ville moderne peut donc être également liée à des caractéristiques urbaines, et non pas à ses traits reproducteurs propres.

Par l'urbanisation et la modernisation, il semblerait que l'étude de l'évolution humaine soit influencée par de nombreuses variables : hétérogénéité urbaine et populationnelle, facteurs socio-culturels et non-génétiques, etc... Pour les auteurs, l'étude de l'évolution des populations modernes doit donc être faite par des modèles basés sur l'individu et prenant en compte des données éco-évolutives réalistes.

Ce que ce livre apporte au débat :

Ce livre nous apporte différents éléments pour notre controverse :

  • Il nous apporte un cadre temporel car il utilise comme origine des sociétés modernes la révolution industrielle, donc les années 1850.
  • Il nous permet d'avoir un socle théorique sur cette interface entre la sélection naturelle et la sélection artificielle. En effet, nous avons pu voir que la sélection urbaine pourrait être considérée comme une sélection naturelle, mais médiée par des caractéristiques environnementales que l'Homme influence via l'urbanisation.
  • Ce livre nous permet également de mettre en avant l'hétérogénéité de l'évolution humaine et que son étude doit donc être plus spécifique car elle semble dépendre du contexte. La modernisation accentue cette hétérogénéité et les modèles d'études de l'évolution de l'Homme doivent donc être plus adaptés.
  • Une source supplémentaire qui nous permet de mettre en avant l'importance des traits non-génétiques dans la fitness de l'Homme moderne.
Remarques sur le livre :

Ce livre explicite que l'Homme est toujours soumis à la sélection naturelle, et que la sélection urbaine n'est qu'une sélection naturelle adaptée à l'environnement urbain. La question que nous pouvons alors nous poser est la suivante : étant donné que ce changement environnemental est intentionnel et fait par l'Homme, peut-on parler de sélection naturelle complète ? En effet, le fait de modifier les pressions de sélection auxquelles il est soumis n'est-il pas déjà un premier pas vers l'émancipation de la sélection naturelle ?

Publiée il y a plus de 5 ans par J. Quellec et collaborateurs..
Dernière modification il y a plus de 5 ans.