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Mesurer la sélection dans les populations humaines contemporaines
Figure :
Héritabilités (h2) des traits humains. L'héritabilité de quatre traits humains est présentée : l'âge à la première naissance (a), les traits sanguins (b), l'âge à la ménopause (c) et la taille (d).
Les traits étroitement corrélés à la forme physique, comme l'âge à la première naissance, ont des héritabilités plus faibles que les traits relativement non corrélés à la forme physique, comme l'âge à la ménopause et la taille, ce qui est cohérent avec les prédictions de la génétique évolutionniste théorique.
La population fait référence au h2 moyen des études basées sur la population, « jumeau » désigne le h2 moyen des études basées sur des jumeaux et « combiné » fait référence au h2 moyen en utilisant les données des études de population et des jumeaux. ± suivi d'un nombre fait référence à l'erreur standard de la moyenne.
Figure issue de " Measuring selection in contemporary human populations"
Résumé de la review :
Ces dernières années, l’idée s’est développée selon laquelle l'hygiène et la médecine modernes ont entraîné l'arrêt de la sélection naturelle sur les populations humaines. Or, la sélection naturelle sur les traits se produit chaque fois qu'il y a une variation entre les individus en termes de fitness et de traits génétiques et phénotypiques. Une réponse à la sélection suivra alors si une partie de la variation des traits est héréditaire. Un bon indicateur de la forme physique est le succès reproductif à vie (LRS) ou le nombre d'enfants par parent. Le LRS a à la fois une composante de survie et une composante de reproduction et il variera toujours au sein d’une population, même dans le cas où une population à un taux de survie égal pour tous les individus.
En examinant la transmission des phénotypes d'une génération à l'autre, nous pouvons apprendre sur la vitesse et la direction de l'évolution chez l'Homme. Cet article se penche donc sur les méthodes de mesure de nos réponses phénotypiques à la sélection naturelle contemporaine.
La sélection naturelle peut être analysée dans de grands ensembles de données humaines multi-générationnelles à long terme. Les auteurs citent de nombreuses cohortes, débutant entre 1948 et 2002, dont les données ont été plutôt sous exploitées par les biologistes évolutifs.
L'image émergente des études basées sur ces cohortes est que la sélection agit dans les sociétés post-industrielles pour réduire l'âge de la première reproduction chez les deux sexes, pour augmenter l'âge de la ménopause chez les femmes et pour améliorer des traits tels que le cholestérol sanguin total qui sont associés au risque de maladie et de mortalité.
Bien que nous sachions maintenant que certains humains contemporains peuvent évoluer, nous ne savons pas à quel point les modèles évolutifs sont généraux et dans quelles directions se fait la sélection. Ce dernier point est partiellement du au nombre restreint de traits étudiés dans les cohortes. En effet, un trait sous sélection directionnelle pourrait répondre positivement, négativement ou pas du tout selon les apports du phénotypique et des corrélations génétiques : en d’autres termes si on regarde uniquement un trait, on pourrait conclure qu’il répond positivement alors qu’en prenant en compte d’autres traits associés, ce trait peut diminuer. Afin de déterminer de manière plus certaine dans quelle direction certains traits sont sélectionnés, il faudrait analyser des milliers de traits lors d’études multigénérationnelles.
Une autre limite de la mesure de la sélection naturelle, et qui est spécifique à l’Homme, est l’influence de la culture. En effet, les parents transmettent les gènes et la culture à leur progéniture et les deux effets sont confondus dans les données. Le développement de méthodes d'analyse de la coévolution gène-culture appliquées à de grands ensembles de données longitudinales humaines permettra de remédier à cette limite.
D'autre part, l'importance de la culture apparaît clairement dans le contraste entre le monde développé et le monde en développement. Dans le monde développé, c'est principalement la variation de la fécondité plutôt que la mortalité qui façonne la variation de la LRS. Dans les pays en développement, la variation de la mortalité a une plus grande contribution à la sélection, en particulier la variation de la mortalité infanto-juvénile associée aux maladies infectieuses et aux carences nutritives.
Les prochaines informations importantes issues de la mesure de la sélection dans les populations humaines contemporaines proviendront de la comparaison des populations des pays développés et des pays en développement.
Les perspectives potentielles les plus intéressantes porteront sur la manière dont les interventions humaines modifient l'évolution humaine (ex : allons-nous être plus résistant aux perturbateurs endocriniens ?).
Rigueur de la review :
Cette revue semble fiable : les auteurs sont de l’université de Yale et elle a été publiée dans Nature. Elle fait le point sur les études déjà parues, adresse leurs limites et propose des moyens d'y remédier pour de futures études de populations humaines.
Ce que cette review apporte au débat :
Les populations humaines contemporaines évoluent mais il manque des études populationnelles prenant en compte les paramètres culturels ainsi qu’un plus grand nombre de traits phénotypiques qui permettraient de déterminer dans quelles directions ces traits évoluent. Cette revue met en avant les difficultés et biais actuels de l'étude de l'évolution de l'Homme.
Cela reflète aussi comment notre culture en évolution rapide, en particulier grâce à la prestation de services de santé publique et de soins médicaux, influence les pressions de sélections et modifie notre nature biologique.
Mesurer la sélection dans les populations humaines contemporaines
Héritabilités (h2) des traits humains. L'héritabilité de quatre traits humains est présentée : l'âge à la première naissance (a), les traits sanguins (b), l'âge à la ménopause (c) et la taille (d).
Les traits étroitement corrélés à la forme physique, comme l'âge à la première naissance, ont des héritabilités plus faibles que les traits relativement non corrélés à la forme physique, comme l'âge à la ménopause et la taille, ce qui est cohérent avec les prédictions de la génétique évolutionniste théorique.
La population fait référence au h2 moyen des études basées sur la population, « jumeau » désigne le h2 moyen des études basées sur des jumeaux et « combiné » fait référence au h2 moyen en utilisant les données des études de population et des jumeaux. ± suivi d'un nombre fait référence à l'erreur standard de la moyenne.
Figure issue de " Measuring selection in contemporary human populations"
Ces dernières années, l’idée s’est développée selon laquelle l'hygiène et la médecine modernes ont entraîné l'arrêt de la sélection naturelle sur les populations humaines. Or, la sélection naturelle sur les traits se produit chaque fois qu'il y a une variation entre les individus en termes de fitness et de traits génétiques et phénotypiques. Une réponse à la sélection suivra alors si une partie de la variation des traits est héréditaire. Un bon indicateur de la forme physique est le succès reproductif à vie (LRS) ou le nombre d'enfants par parent. Le LRS a à la fois une composante de survie et une composante de reproduction et il variera toujours au sein d’une population, même dans le cas où une population à un taux de survie égal pour tous les individus.
En examinant la transmission des phénotypes d'une génération à l'autre, nous pouvons apprendre sur la vitesse et la direction de l'évolution chez l'Homme. Cet article se penche donc sur les méthodes de mesure de nos réponses phénotypiques à la sélection naturelle contemporaine.
La sélection naturelle peut être analysée dans de grands ensembles de données humaines multi-générationnelles à long terme. Les auteurs citent de nombreuses cohortes, débutant entre 1948 et 2002, dont les données ont été plutôt sous exploitées par les biologistes évolutifs.
L'image émergente des études basées sur ces cohortes est que la sélection agit dans les sociétés post-industrielles pour réduire l'âge de la première reproduction chez les deux sexes, pour augmenter l'âge de la ménopause chez les femmes et pour améliorer des traits tels que le cholestérol sanguin total qui sont associés au risque de maladie et de mortalité.
Bien que nous sachions maintenant que certains humains contemporains peuvent évoluer, nous ne savons pas à quel point les modèles évolutifs sont généraux et dans quelles directions se fait la sélection. Ce dernier point est partiellement du au nombre restreint de traits étudiés dans les cohortes. En effet, un trait sous sélection directionnelle pourrait répondre positivement, négativement ou pas du tout selon les apports du phénotypique et des corrélations génétiques : en d’autres termes si on regarde uniquement un trait, on pourrait conclure qu’il répond positivement alors qu’en prenant en compte d’autres traits associés, ce trait peut diminuer. Afin de déterminer de manière plus certaine dans quelle direction certains traits sont sélectionnés, il faudrait analyser des milliers de traits lors d’études multigénérationnelles.
Une autre limite de la mesure de la sélection naturelle, et qui est spécifique à l’Homme, est l’influence de la culture. En effet, les parents transmettent les gènes et la culture à leur progéniture et les deux effets sont confondus dans les données. Le développement de méthodes d'analyse de la coévolution gène-culture appliquées à de grands ensembles de données longitudinales humaines permettra de remédier à cette limite.
D'autre part, l'importance de la culture apparaît clairement dans le contraste entre le monde développé et le monde en développement. Dans le monde développé, c'est principalement la variation de la fécondité plutôt que la mortalité qui façonne la variation de la LRS. Dans les pays en développement, la variation de la mortalité a une plus grande contribution à la sélection, en particulier la variation de la mortalité infanto-juvénile associée aux maladies infectieuses et aux carences nutritives.
Les prochaines informations importantes issues de la mesure de la sélection dans les populations humaines contemporaines proviendront de la comparaison des populations des pays développés et des pays en développement.
Les perspectives potentielles les plus intéressantes porteront sur la manière dont les interventions humaines modifient l'évolution humaine (ex : allons-nous être plus résistant aux perturbateurs endocriniens ?).
Cette revue semble fiable : les auteurs sont de l’université de Yale et elle a été publiée dans Nature. Elle fait le point sur les études déjà parues, adresse leurs limites et propose des moyens d'y remédier pour de futures études de populations humaines.
Les populations humaines contemporaines évoluent mais il manque des études populationnelles prenant en compte les paramètres culturels ainsi qu’un plus grand nombre de traits phénotypiques qui permettraient de déterminer dans quelles directions ces traits évoluent. Cette revue met en avant les difficultés et biais actuels de l'étude de l'évolution de l'Homme.
Cela reflète aussi comment notre culture en évolution rapide, en particulier grâce à la prestation de services de santé publique et de soins médicaux, influence les pressions de sélections et modifie notre nature biologique.
Dernière modification il y a plus de 5 ans.