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Titre de la review :

Do managed bees drive parasite spread and emergence in wild bees? Peter Graystock, Edward J. Blane, Quinn S. McFrederick, Dave Goulson and William O.H. Hughes. 2015


Résumé de la review :

L'article associe la demande alimentaire et l'intensification agricole à la croissance de la demande de pollinisation, et donc à la pression sur les abeilles sauvages.
Les «maladies infectieuses émergentes», figurant parmi les 1ères causes de mortalité des espèces dans le monde, sont largement dues chez les populations d'abeilles sauvages à l'interaction avec des espèces domestiquées. En particulier celles, importées, transportant des souches étrangères de parasites pouvant se mélanger aux populations locales sensibles.
Il est mis en avant plusieurs interactions facilitant les infections parasitaires:

  • La facilitation, provoquée par un stress des populations locales (arrivée de populations denses, compétition...). Cela favorise l'infection par des parasites naturellement présents.
  • Le spillover, vu comme de la transmission de nouveaux parasites aux espèces sauvages , à partir des espèces domestiquées.
  • Le spillback, étant un retour des parasites aux populations sauvages : Les populations importées sont des réservoirs, permettant un stockage des parasites naturels. On observe donc une augmentation de l'abondance des pathogènes.

Afin de détecter le spillover et le spillback, on devrait étudier quels pathogènes ont émergé après l'introduction, comprendre si la santé des abeilles sauvages est plus dégradée à coté des abeilles importées, et idéalement tracer les pathogènes avec des marqueurs génétiques. Bien souvent, les trois sont manquants.
Plusieurs cas d'étude sont présentés, parmi lesquels la transmission de parasites (ectoparasite_ Varroa jacobsoni_ et microsporidie Nosema ceranae ) depuis des populations d'abeilles asiatiques importées vers l'espèce européenne majoritaire (une des crises principales concernant la disparition des abeilles).
L'auteur décrit aussi le premier cas de transmission de parasites chez le bourdon, produit au Japon et du à l'importation de populations européennes, ainsi que différents autres cas impliquant des infections de bourdons en Amérique du nord, au Royaume uni et en Irlande.
Un dernier cas présente de la transmission entre des abeilles élevées et des bourdons sauvages: les abeilles ont permis le spillover du « deformed wing virus » (DWV). S'en est suivi une intensité d'infection plus grande chez les bourdons que chez les abeilles, suggérant des spillover et spillback bidirectionnels, modulés par la sensibilité aux parasites et les traits d'histoire de vie.
L'article affirme qu'il est maintenant difficile de savoir si certains pathogènes étaient initialement spécifiques aux abeilles, puis ont été transmis aux autres populations par spillover, ou si les parasites/virus avaient simplement une gamme d’hôte plus large que ce qui a été décrit, et ont été mal indiqué comme pathogènes de l'abeille.
En conclusion, le spillover, le spillback et la facilitation, provoqués par l'introduction d'abeilles domestiquées, ont clairement des effets négatifs sur les populations sauvages.
Ces problèmes sont d'ordre mondial, car présents dans au moins trois continents (Asie, Europe, Amérique). Leur prévention est devenue impossible dans beaucoup de cas , mais des leçons peuvent être tirées. Par exemple, il faudrait une modification des législations, qui se concentrent surtout sur la santé des abeilles. Nombres de parasites dangereux pour les bourdons ne sont pas reconnus comme tels.
Il est finalement proposé des méthodes d'atténuation des risques d'infection parasitaire, notamment:

  • Le contrôle par des radiations gamma du pollen servant à nourrir les bourdons
  • Le contrôle des espèces importées, par la nécessité absolue d'un permis et l'analyse moléculaire des parasites pour retracer leurs origines.
  • Éviter les contacts entre populations domestiquées et sauvages, notamment par l’emménagement des ruches (vitres pour réduire l'évasion des abeilles), et l'augmentation du nombre de champs de fleurs sauvages.
  • Développer des techniques de détection sur une plus large gamme de parasite
Rigueur de la review :

Cette review est trop conceptuelle. Elle présente le problème, déjà bien connu en 2015, de l'importation des parasites du fait de l'apport d'abeilles étrangères. Le spillover et le spillback sont déjà bien décrits, tout comme la facilitation. Les solutions proposées, bien que n'étant pas l'objectif de la review, sont elles aussi connues. Une des faiblesses réside justement dans le fait de proposer des solutions très incomplètes.

Ce que cette review apporte au débat :

Cet article a été choisi pour souligner l'importance de la review "Mitigating the anthropogenic spread of bee parasites to protect wild pollinators". ( 2015) . On observe en effet dans cette publication, présentant le problème des parasites des abeilles, que les mesures de gestions proposées dans l'autre review sont nécessaires.

Remarques sur la review :

Je ne pensais pas trouver une publication aussi similaire à l'autre déjà postée (Mitigating the anthropogenic spread of bee parasites to protect wild pollinators) , même si elles ont des auteurs en commun. Celle-ci est beaucoup trop vague sur les solutions proposées. C'est amusant de voir qu'une review n'apportant rien de neuf au problème dont elle traite puisse être publié en 2015 . Cela dit elle permet d'avoir un aperçu du problème dans le monde et un historique plus précis que l'autre publication, même si ça a déjà du être décrit autre part....

La chronologie des publication est aussi étrange, cette review, qui présente le problème, à été reçu bien après l'autre, qui présente elle aussi le problème, et propose des solutions bien plus complètes. Faut-il y voir la tendance actuelle à publier le plus possible ?
Je trouve aussi étrange que le nombre d'auteurs ici soit plus important que pour l'autre review.

Publiée il y a plus de 10 ans par Louis Nerriere.
Dernière modification il y a plus de 10 ans.