ControverSciences est archivé. Il reste consultable mais il n'est plus possible de contribuer.
Le code source pour faire tourner le serveur reste disponible sur GitHub.
Stocker du carbone dans les sols agricoles : évaluation de leviers d’action pour la France.
Résumé de la review :
Les sols constituent un réservoir temporaire de carbone suite à l'apport de matière organique. Cette dernière est minéralisée au cours du temps par les microorganismes du sol afin de restituer du carbone inorganique sous forme de dioxyde de carbone. Le temps de dégradation est variable et est augmenté plus la matière organique est liée à des particules minérales. On estime entre 1200 et 2000 Gt de carbone stocké dans le premier mètre du sol sous forme organique, soit trois fois plus que le CO2 présent dans l'atmosphère. Augmenter ce stockage de 1‰ reviendrait à compenser 12% des émissions de CO2 d'origine agricole. Quatre actions sont présentées dans cette article afin d'augmenter le flux d'entrée de carbone dans les sols. La réduction du travail du sol est l'une d'elle. Cette action nécessite cependant un certain travail obligatoire de la terre afin de faire rentrer de la matière organique et s'oppose à une absence totale de travail du sol défendue par l'agriculture de conservation.
Suite à des travaux réalisés en Amérique du Nord, il apparaissait que le non-labour favorisait le stockage de carbone. Cependant, cette analyse n'a été effectué que sur les 20 premiers cm de sol et des études françaises ont prouvé la perte de carbone dans les horizons plus profonds du sol . De plus, la cinétique de stockage dans l'horizon de surface n'est pas linéaire et finit par atteindre un plateau au bout de quelques décennies. Ces travaux français mettent aussi en avant des bilans nuls ou faiblement positifs concernant le stockage de carbone dans l'horizon de surface. D'autre part, le non-labour conduit à des émissions plus importantes de N2O qu'en labour, notamment sur sols hydromorphes. Le non travail du sol conduit aussi à une augmentation considérable d'utilisation de pesticides (herbicides) et à une légère perte de rendement (estimées entre 0 à -5%). Cet article de revue défend un travail occasionnel du sol, tous les 4 ans, en alternance avec du semis direct.
Rigueur de la review :
La review ne rentre pas dans les détails de la perte de carbone dans les horizons plus profonds du sol. En effet, l'apport de matière organique va entraîner un priming effect, c'est à dire de l'énergie nécessaire aux microorganismes des zones plus profondes pour pouvoir dégrader la matière organique carbonée stockée sur le long terme et résistante. Ce système est une source de dégagement de CO2. Mais ce priming effect n'est pas clairement et profondément abordé. Certains autres désavantages du non-labour sont également juste abordés mais non approfondis, comme la cause de l'utilisation augmentée de pesticides. Pour résumer, les notions essentielles sont citées, mais non approfondies et/ou appuyées par des références bibliographiques.
Ce que cette review apporte au débat :
Cet article remet en cause le non travail de la terre, en controversant notamment les aspects de stockage de carbone. Certains articles relatent une augmentation du stock de carbone dans les sols, concernant les 30 premiers centimètres de terre. Il est exposé dans cet article un bilan faiblement positif voir nul concernant cet horizon de surface. De plus, un relargage de carbone est observé dans les horizons plus profonds. Un relargage de NO2, un autre gaz à effet de serre, s'opère également quand le sol n'est pas travaillé car la dénitrification est favorisée par une terre plus compacte et une humidité plus élevée. Enfin, cet article évoque l'utilisation largement augmentée d'herbicides afin de combattre les mauvaises herbes s'implantant suite au non-labour. Même si certains aspects positifs du non-labour sont évoqués (stabilité structurale, réduction de l'érosion, amélioration de l'activité biologique), ces chercheurs optent alors pour un travail modéré des sols, tous les 4 ans.
Remarques sur la review :
Cet article passe en revue les leviers d'action pour stocker le carbone, en analysant les techniques de travail de la terre. Il s'appuie sur une vision plutôt technique, abordant les aspects économiques.
Publiée il y a plus de 10 ans
par
Amandine Maurin.
Dernière modification il y a plus de 10 ans.
Stocker du carbone dans les sols agricoles : évaluation de leviers d’action pour la France.
Résumé de la review :
Les sols constituent un réservoir temporaire de carbone suite à l'apport de matière organique. Cette dernière est minéralisée au cours du temps par les microorganismes du sol afin de restituer du carbone inorganique sous forme de dioxyde de carbone. Le temps de dégradation est variable et est augmenté plus la matière organique est liée à des particules minérales. On estime entre 1200 et 2000 Gt de carbone stocké dans le premier mètre du sol sous forme organique, soit trois fois plus que le CO2 présent dans l'atmosphère. Augmenter ce stockage de 1‰ reviendrait à compenser 12% des émissions de CO2 d'origine agricole. Quatre actions sont présentées dans cette article afin d'augmenter le flux d'entrée de carbone dans les sols. La réduction du travail du sol est l'une d'elle. Cette action nécessite cependant un certain travail obligatoire de la terre afin de faire rentrer de la matière organique et s'oppose à une absence totale de travail du sol défendue par l'agriculture de conservation.
Suite à des travaux réalisés en Amérique du Nord, il apparaissait que le non-labour favorisait le stockage de carbone. Cependant, cette analyse n'a été effectué que sur les 20 premiers cm de sol et des études françaises ont prouvé la perte de carbone dans les horizons plus profonds du sol . De plus, la cinétique de stockage dans l'horizon de surface n'est pas linéaire et finit par atteindre un plateau au bout de quelques décennies. Ces travaux français mettent aussi en avant des bilans nuls ou faiblement positifs concernant le stockage de carbone dans l'horizon de surface. D'autre part, le non-labour conduit à des émissions plus importantes de N2O qu'en labour, notamment sur sols hydromorphes. Le non travail du sol conduit aussi à une augmentation considérable d'utilisation de pesticides (herbicides) et à une légère perte de rendement (estimées entre 0 à -5%). Cet article de revue défend un travail occasionnel du sol, tous les 4 ans, en alternance avec du semis direct.
La review ne rentre pas dans les détails de la perte de carbone dans les horizons plus profonds du sol. En effet, l'apport de matière organique va entraîner un priming effect, c'est à dire de l'énergie nécessaire aux microorganismes des zones plus profondes pour pouvoir dégrader la matière organique carbonée stockée sur le long terme et résistante. Ce système est une source de dégagement de CO2. Mais ce priming effect n'est pas clairement et profondément abordé. Certains autres désavantages du non-labour sont également juste abordés mais non approfondis, comme la cause de l'utilisation augmentée de pesticides. Pour résumer, les notions essentielles sont citées, mais non approfondies et/ou appuyées par des références bibliographiques.
Cet article remet en cause le non travail de la terre, en controversant notamment les aspects de stockage de carbone. Certains articles relatent une augmentation du stock de carbone dans les sols, concernant les 30 premiers centimètres de terre. Il est exposé dans cet article un bilan faiblement positif voir nul concernant cet horizon de surface. De plus, un relargage de carbone est observé dans les horizons plus profonds. Un relargage de NO2, un autre gaz à effet de serre, s'opère également quand le sol n'est pas travaillé car la dénitrification est favorisée par une terre plus compacte et une humidité plus élevée. Enfin, cet article évoque l'utilisation largement augmentée d'herbicides afin de combattre les mauvaises herbes s'implantant suite au non-labour. Même si certains aspects positifs du non-labour sont évoqués (stabilité structurale, réduction de l'érosion, amélioration de l'activité biologique), ces chercheurs optent alors pour un travail modéré des sols, tous les 4 ans.
Cet article passe en revue les leviers d'action pour stocker le carbone, en analysant les techniques de travail de la terre. Il s'appuie sur une vision plutôt technique, abordant les aspects économiques.
Dernière modification il y a plus de 10 ans.