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Les pathogènes fongiques : un agent de contrôle biologique classique contre les arthropodes
Résumé de la review :
Dans cette review, les auteurs examinent minutieusement le potentiel des pathogènes fongiques comme agent de contrôle biologique contre les arthropodes. Ce papier propose une utilisation plus fréquente de ces organismes dans les programmes de biocontrôle.
Sur 136 programmes de biocontrôle recensés basés sur des pathogènes , près de la moitié ont été réalisé grâce à des pathogènes fongiques. Cela est lié à plusieurs facteurs : certains "Champignons" ont la capacité de produire des épizooties (maladie touchant une ou plusieurs espèce(s) dans leur ensemble et dans une région plus ou moins vaste) et peuvent être relâchés en petite quantité. De plus, la plupart de ces organismes peuvent infecter les insectes directement en pénétrant à travers la cuticule au contraire d'autres types de pathogènes qui infectent les insectes par voie orale. Enfin, certains des programmes réalisés ont montré un établissement permanent de ces organismes dans l'environnement (contrôle sur le long-terme), et cela sans effets sur d'autres espèces non ciblées.
Néanmoins, historiquement les pathogènes (et nématodes) ont été beaucoup moins utilisés que les prédateurs et les parasites comme agents de biocontrôle (BCA). Comment peut-on l'expliquer?
Deux types d'entomopathogènes fongiques sont considérés dans cette review : les "Champignons traditionnels" et les microsporidies. Alors que les premiers agissent dans le milieu extracellulaire, les seconds infectent les cellules de leurs hôtes. Leur succès relatif est discuté par la suite.
La diversité estimée de pathogènes fongiques utilisés dans la lutte contre les arthropodes est relativement importante avec près de 20 espèces. Plusieurs groupes différents ont été utilisés avec un efficacité variable. Le groupe des Entomophthorales par exemple présente des caractéristiques intéressantes pour une utilisation comme BCA. Cependant, une méconnaissance du cycle de vie de ces organismes et de leur interaction avec l'environnement parmi d'autres problèmes a conduit a un taux de succès très faible dans la régulation des nuisibles.
Cette méthode de biocontrôle est utilisée depuis plus d'un siècle (principalement sur espèces invasives), et les insectes visés et touchés sont principalement des Hémiptères, des Coléoptères et des Lépidoptères.
Les programmes introduisant ces pathogènes fongiques ont été menés à bien sur tous les continents et sur certaines îles du Pacifique.
Par ailleurs, le succès d'établissement dans le milieu naturel varie selon le type de pathogène. En effet, si les virus montrent un taux de succès très élevé, les "Champignons" (incluant les traditionnels et les microsporidies) ont un taux de succès mitigé et les bactéries montrent peu de résultats.
Le développement des échanges globaux a conduit à une augmentation du nombre d'espèces non natives invasives. Ainsi, l'utilisation de pathogènes fongiques dans la lutte contre les arthropodes semble être une approche intéressante à l'heure actuelle. Cependant, et malgré certains succès, cette méthode a été globalement peu utilisée du fait des préoccupations liées à la sauvegarde de l'environnement.
Rigueur de la review :
Les auteurs préconisent une utilisation plus fréquente de cette méthode de biocontrôle. Néanmoins, les résultats ne sont pas toujours concluants et il faut relativiser le succès de ces pathogènes en tant que BCA. Le fait qu'elle soit très peu développée n'est pas seulement lié aux préoccupations liées à l'environnement. En effet, certains programmes utilisant des virus comme BCA ont montré un succès important avec un établissement de ceux-ci dans le milieu beaucoup plus fréquent que chez les "champignons". Par ailleurs, sur les programmes mis en place, il y a eu peu de retour sur l'efficacité de ces pathogènes. Alors que des pathogènes non fongiques ont montré un succès important et à l'échelle globale, les pathogènes fongiques ont eu un succès plus limité souvent à l'échelle locale.
Etant donné le succès mitigé de cette méthode, il est étrange que les auteurs la présentent comme une solution dans la lutte biologique plutôt qu'un complément à d'autres méthodes de biocontrôle.
Ce que cette review apporte au débat :
Cette review permet de prendre conscience de l'utilité des entomopathogènes fongiques comme BCA dans la lutte contre les arthropodes nuisible. Bien que ces pathogènes aient peu été utilisés historiquement, ils présentent de nombreuses caractéristiques utiles qui leur permettent d'affecter un spectre relativement large d'arthropodes sans affecter l'environnement. Ces pathogènes peuvent donc être potentiellement contrôlés et utilisés dans l'environnement comme agent de biocontrôle. Le problème qui se pose alors et qui a en partie empêché le développement de cette méthode depuis un siècle est la peur des conséquences que pourrait entraîner l'utilisation de ces organismes. Une prise de conscience de la fiabilité et de la sûreté de cette méthode est nécessaire à son développement dans l'avenir. Par ailleurs, une meilleure connaissance des interactions de ces organismes avec leur environnement est nécessaire à leur intégration plus fréquente dans les programmes de biocontrôle.
Publiée il y a plus de 10 ans
par
S.Sweydan.
Dernière modification il y a plus de 10 ans.
Les pathogènes fongiques : un agent de contrôle biologique classique contre les arthropodes
Résumé de la review :
Dans cette review, les auteurs examinent minutieusement le potentiel des pathogènes fongiques comme agent de contrôle biologique contre les arthropodes. Ce papier propose une utilisation plus fréquente de ces organismes dans les programmes de biocontrôle.
Sur 136 programmes de biocontrôle recensés basés sur des pathogènes , près de la moitié ont été réalisé grâce à des pathogènes fongiques. Cela est lié à plusieurs facteurs : certains "Champignons" ont la capacité de produire des épizooties (maladie touchant une ou plusieurs espèce(s) dans leur ensemble et dans une région plus ou moins vaste) et peuvent être relâchés en petite quantité. De plus, la plupart de ces organismes peuvent infecter les insectes directement en pénétrant à travers la cuticule au contraire d'autres types de pathogènes qui infectent les insectes par voie orale. Enfin, certains des programmes réalisés ont montré un établissement permanent de ces organismes dans l'environnement (contrôle sur le long-terme), et cela sans effets sur d'autres espèces non ciblées.
Néanmoins, historiquement les pathogènes (et nématodes) ont été beaucoup moins utilisés que les prédateurs et les parasites comme agents de biocontrôle (BCA). Comment peut-on l'expliquer?
Deux types d'entomopathogènes fongiques sont considérés dans cette review : les "Champignons traditionnels" et les microsporidies. Alors que les premiers agissent dans le milieu extracellulaire, les seconds infectent les cellules de leurs hôtes. Leur succès relatif est discuté par la suite.
La diversité estimée de pathogènes fongiques utilisés dans la lutte contre les arthropodes est relativement importante avec près de 20 espèces. Plusieurs groupes différents ont été utilisés avec un efficacité variable. Le groupe des Entomophthorales par exemple présente des caractéristiques intéressantes pour une utilisation comme BCA. Cependant, une méconnaissance du cycle de vie de ces organismes et de leur interaction avec l'environnement parmi d'autres problèmes a conduit a un taux de succès très faible dans la régulation des nuisibles.
Cette méthode de biocontrôle est utilisée depuis plus d'un siècle (principalement sur espèces invasives), et les insectes visés et touchés sont principalement des Hémiptères, des Coléoptères et des Lépidoptères.
Les programmes introduisant ces pathogènes fongiques ont été menés à bien sur tous les continents et sur certaines îles du Pacifique.
Par ailleurs, le succès d'établissement dans le milieu naturel varie selon le type de pathogène. En effet, si les virus montrent un taux de succès très élevé, les "Champignons" (incluant les traditionnels et les microsporidies) ont un taux de succès mitigé et les bactéries montrent peu de résultats.
Le développement des échanges globaux a conduit à une augmentation du nombre d'espèces non natives invasives. Ainsi, l'utilisation de pathogènes fongiques dans la lutte contre les arthropodes semble être une approche intéressante à l'heure actuelle. Cependant, et malgré certains succès, cette méthode a été globalement peu utilisée du fait des préoccupations liées à la sauvegarde de l'environnement.
Les auteurs préconisent une utilisation plus fréquente de cette méthode de biocontrôle. Néanmoins, les résultats ne sont pas toujours concluants et il faut relativiser le succès de ces pathogènes en tant que BCA. Le fait qu'elle soit très peu développée n'est pas seulement lié aux préoccupations liées à l'environnement. En effet, certains programmes utilisant des virus comme BCA ont montré un succès important avec un établissement de ceux-ci dans le milieu beaucoup plus fréquent que chez les "champignons". Par ailleurs, sur les programmes mis en place, il y a eu peu de retour sur l'efficacité de ces pathogènes. Alors que des pathogènes non fongiques ont montré un succès important et à l'échelle globale, les pathogènes fongiques ont eu un succès plus limité souvent à l'échelle locale.
Etant donné le succès mitigé de cette méthode, il est étrange que les auteurs la présentent comme une solution dans la lutte biologique plutôt qu'un complément à d'autres méthodes de biocontrôle.
Cette review permet de prendre conscience de l'utilité des entomopathogènes fongiques comme BCA dans la lutte contre les arthropodes nuisible. Bien que ces pathogènes aient peu été utilisés historiquement, ils présentent de nombreuses caractéristiques utiles qui leur permettent d'affecter un spectre relativement large d'arthropodes sans affecter l'environnement. Ces pathogènes peuvent donc être potentiellement contrôlés et utilisés dans l'environnement comme agent de biocontrôle. Le problème qui se pose alors et qui a en partie empêché le développement de cette méthode depuis un siècle est la peur des conséquences que pourrait entraîner l'utilisation de ces organismes. Une prise de conscience de la fiabilité et de la sûreté de cette méthode est nécessaire à son développement dans l'avenir. Par ailleurs, une meilleure connaissance des interactions de ces organismes avec leur environnement est nécessaire à leur intégration plus fréquente dans les programmes de biocontrôle.
Dernière modification il y a plus de 10 ans.