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Titre de l'article :

Les Mones de Campbell utilisent une affixation afin de modifier le sens de leurs vocalisations


Introduction à l'article :

De nombreux exemples d'éléments qui composent le langage humain ont leur équivalent dans le monde animal (babillage, dialectes, combinaisons de vocalisations...). Cependant, ce sujet reste controversé[1] et la grande complexité du langage humain apparaît être inégalée dans les systèmes de communications des autres espèces.
Aucune description convaincante de la modification d'une vocalisation donnant un sens nouveau à cette dernière n'a encore été décrite dans le monde animal. Pourtant, lors d'une étude pilote, un tel phénomène semble avoir été détecté chez des Mones de Campbell (Cercopithecus c. campbelli) de la forêt Taï en Côte d'Ivoire. Cette étude a tenté d’approfondir ces observations.

Expériences de l'article :

Afin d'apporter des observations fiables et des éléments concrets pour l'analyse des données, les auteurs ont suivi sept singes mâles adultes qui étaient dans six groupes différents. Les observations ont été réalisées entre janvier 2006 et septembre 2007 pour un total de 1067 vocalisations exploitables. A chaque fois que les mâles émettaient une vocalisation, les auteurs relevaient les éléments du contexte. Les mâles étaient aussi confrontés à leurs prédateurs naturels (léopards et aigles couronnés) soit lors de réelles rencontres (assez rare N=3 pour les léopards ; N=11 pour les aigles) soit représenté grâce à des répliques visuelles ou en diffusant leurs cris au travers de hauts parleurs. Des études statistiques et acoustiques ont ensuite été menées afin de discriminer les différentes vocalisations et savoir si elles étaient reliées à un contexte précis. Une autre analyse a été faite à l'oreille pour savoir si les différences entre les vocalisations étaient perceptibles par l'Homme.

Résultats de l'article :

Durant cette étude, six cris d'alarme différents ont été identifiés et perceptibles par l'oreille humaine :

  • "hok"
  • "hok-oo"
  • "krak"
  • "krak-oo"
  • "wak-oo"
  • "boom"

Ces différents cris d'alarme sont en faîte quatre vocalisations différentes et deux cris composés à l'aide du suffixe "oo".
Dans chacun des cas, ces vocalisations étaient réaliser en réponse à un élément contextuel. Ainsi, "krak" était toujours réalisé lors de la présence d'un léopard (ou de sa présence simulée) et "hok" à la présence d'un aigle couronné (ou de sa présence simulée). La vocalisation "hok-oo" était produite lorsque il y avait une perturbation au niveau de la canopée (écureuil, autres singes...) et "krak-oo" en réponse à une perturbation quelconque. "wak-oo" quant à lui, était réalisé dans les même contexte que "hok-oo" mais pour un événement qui n'avait pas lieu proche de l'individu. Enfin "boom" était produit dans un contexte n'incluant pas de prédateur (un arbre qui tombre ou une branche.)

Ce que cet article apporte au débat :

Dans cet article, on a un exemple convaincant d'une modification d'une vocalisation par l'ajout d'un suffixe qui semble permettre de lui donner une signification différente. Ainsi, les Mones de Campell enrichissent leur répertoire vocal en utilisant une règle simple d'affixation, augmentant ainsi considérablement le nombre d’événements extérieurs pouvant être communiqué entre les individus.
Cette étude rapproche encore un peu plus la communication animale de ce que l'on observe chez l'Homme dont l'emploi de suffixe et plus généralement d'affixe permet de changer ou de préciser l'idée ou l'information que l'on souhaite transmettre. Ainsi, les vocalisations relevées lors de cette étude semblent former une sorte de proto-langage qui pourrait être un des précurseurs du langage humain.

Remarques sur l'article :

"hok" Ecouter ici

"hok-oo" Ecouter ici

"krak" Ecouter ici

"krak-oo" Ecouter ici

"wak-oo" Ecouter ici

"boom" Ecouter ici

Publiée il y a plus de 10 ans par Léo Pierre.
Dernière modification il y a plus de 6 ans.