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Titre de la review :

What does biodiversity actually do? A review for managers and policy makers


Résumé de la review :

Malgré les engagements internationaux pour la protection de la biodiversité, la manière de lier les recherches avec les méthodes de gestion n'est pas claire. Cet article reprend les progrès notables dans la définition des enjeux et des fonctions de la biodiversité. De plus, cette étude a lieu après le “millénium ecosystem assessment” de 2005.

L'étude commence par quelques rappels à propos de la biodiversité et son importance dans les écosystèmes. La confusion entre extinction d'espèce et perte de biodiversité est selon les auteurs trop fréquente. Par exemple, dans les écosystèmes insulaires le nombre de naturalisation (installation d'espèce invasive) dépasse souvent le nombre d'extinction, conservant alors la biodiversité sur l'île. D'un points de vu locale la biodiversité varie et peut même croître, c'est à l'échelle régionale et globale que se diminution est flagrante. En conservation, il ne faut pas se tromper d’objectif : biodiversité ou risque d'extinction.

La première partie fait état des recherches concernant la relation entre biodiversité et fonctionnement des écosystèmes. Nombreuses expériences sur les plantes sont ici reprises, la productivité est alors utilisée comme proxy du fonctionnement de l'écosystème. Deux approches sont possibles : additive (des espèces sont ajoutées au système au fur et à mesure, la productivité est comparée) et par délétion (les espèces sont supprimées). L'approche additive est critiquée : des biais liés à l'effet d’échantillonnage sont probables. En effet, il est difficile de distinguer les effets d'une diversité de plus en plus élevée sur la productivité sachant que la probabilité d'ajout d'une plante très productive augmente avec le nombre d'espèce ajoutée. L'approche par délétion est compliquée sur le plan pratique car la suppression répétée de plantes perturbe l'écosystème. Toutes ces études ne furent pas claires dans leur conclusions, et plusieurs publications en faveur d'une relation biodiversité-fonctionnement négative ou nulle. Il est en revanche dit que, si aucun consensus n'existe pour le moment quant-à la relation productivité-biodiversité, la communauté scientifique s'accorde sur le fait que les effets des espèces sur le fonctionnement de l'écosystème varient selon les traits fonctionnels de ces espèces.

La seconde partie traite du lien entre stabilité de l'écosystème et Biodiversité. Il est suggéré, d'après les nombreuses études publiées jusqu’à ce jour, que les communautés complexes sont maintenues par un réseau d'interactions plus ou moins fortes et de forces capables de se compenser. L'hypothèse Rivet stipule que chaque espèce est également importante pour la stabilité de l'écosystème. Scwhart propose lui que seules quelques espèces clés maintiennent la stabilité. Ces espèces clés sont souvent des espèces ingénieurs ou dominantes, alors que les efforts de conservation sont souvent orientés vers les espèces rares.
Le “potfolio effect” décrit par Doak, considère que l'effet du déclin d'une espèce se noie dans la diversité d'effets de tous les espèces, empêchant les changements majeurs de l’écosystème. La biodiversité permettrait donc le maintien de l'écosystème dans le temps. Cette dynamique temporelle de la stabilité souligne que l'importance d'une espèce ne se limite pas à son rôle fonctionnel immédiat, mais aussi à son rôle future.

Un tableau récapitulatif des études faites jusqu’à ce jour sur les liens entre biodiversité et fonctionnement-stabilité est disponible dans l'article. Il a par exemple été mis en valeur le rôle de la biodiversité pour limiter la propagation des espèces invasives à large échelle.

La review se termine sur la perception positive de la biodiversité dans la société et la notion d'héritage. Cette vision de la nature comme un bien estimable pour sa valeur d'existence indépendamment de son utilisation participe à la mise en place de fonds et de mesures de protection, et ne devrait pas être sous-estimé.

Rigueur de la review :

Plusieurs faiblesses remettent en cause l'universalité de la Review.

Seule la richesse spécifique est prise en compte, les différents aspects de la biodiversité ne sont donc pas étudiés de manière exhaustive. Aussi le fonctionnement d'un écosystème est ici exclusivement relié à sa productivité. Les études citées ne sont de plus concentrées que sur un seul niveau trophique pour le fonctionnement (car seule la productivité primaire est calculée). Les effets trophiques, notamment les cascades ne sont pas pris en compte.

Des biais résident aussi dans la manière aléatoire de tester la perte de biodiversité, alors qu'elle est en réalité surtout dirigée vers les espèces à croissance lente et à haut niveau trophique.

Ce que cette review apporte au débat :

Cette review fait état des liens connus entre biodiversité et maintien des fonctions de l'écosystème :

1 - La relation positive entre biodiversité et fonctionnement des écosystèmes n'est pas encore concluante, mais se construit petit à petit.
2 - La relation positive entre biodiversité et stabilité est davantage acceptée mais n'est pas généralisable.
3- Les espèces dominantes ont un rôle important pour le maintien des fonctions de l'écosystème.
4 - Les variations de la biodiversité dépendent de l'échelle.

Ces dernières conclusions fondent le débat sur les potentielles utilisations de la biodiversité pour maintenir les services écosystémiques et la justification de sa conservation pour les activités humaines.

Publiée il y a plus de 10 ans par C. Perret.
Dernière modification il y a environ 10 ans.