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Analyse de la référence The rationality of biofuels

Titre de la review :

The rationality of biofuels


Résumé de la review :

Dans cette rewiew, les auteurs reviennent sur une déclaration faite par Prof. Hartmut Michel dans un journal qui affirme ceci : “…the production of biofuels constitutes an extremely inefficient land use … We should not grow plants for biofuel production”. C’est-à-dire, la production de biocarburants constitue un usage des terres extrêmement inefficace, ne nous devrions pas cultiver de plantes pour la production de biocarburants. Il compare l’efficacité de la photosynthèse à convertir les radiations solaires (~6%) à celle des cellules photovoltaïques (~15%) et conclue que la combinaison cellule photovoltaïque/batterie électrique/moteur électrique utilise les terres disponible 600 fois mieux que la combinaison biomasse/biocarburant/moteur à combustion. Les auteurs trouvent cette affirmation erronée, applicable seulement à certaines situations limitées et particulièrement défavorables et publient donc cette rewiew afin d’analyser la question de l’utilisation des terres de manière plus large et pertinente, en revenant sur la comparaison du photovoltaïque et des biocarburants, puis en commentant les exigences des terres et leur disponibilité pour la production de biocarburant en se concentrant uniquement sur la culture de la canne à sucre pour produire du bioéthanol et de l’électricité.
D’abord si on compare les surfaces nécessaires pour produire 1 TJ d’énergie utile à la mobilité, pour le photovoltaïque on a 0.150 ha/TJ et pour le bioéthanol 21 ha/TJ. Effectivement cela représente une différence énorme de rentabilité, puisque pour produire la même quantité d’énergie, le bioéthanol occupe 140 fois plus de place que le photovoltaïque. Ça reste toutefois en dessous des 600 fois déclaré par H.Michel. De plus ces estimations restent loin de la réalité car il y a beaucoup de facteurs qu'elles ne prennent pas en compte. En effet le rendement énergétique du bioéthanol peut être amélioré significativement en valorisant les coproduits du bioéthanol de sucre de canne. Ainsi en utilisant ces coproduits pour produire de la chaleur et de l’électricité, la rentabilité passe de 21 ha/TJ à 3.0 ha/TJ ce qui représente une amélioration considérable. Selon eux, on doit également prendre en compte l’amélioration potentielle de la productivité des champs de canne à sucre, qui serait bien en dessous de leur potentiel maximum proposé par Good and Bell (1980).
Les auteurs considèrent qu’il faut également considérer l’Analyse du Cycle de Vie (LCA) de la production entière de l’énergie utilisable pour la mobilité, depuis la source jusqu’au roues. Ainsi si on considère l’Energy Return Factor, égal à une quantité d’énergie produite lors de la consommation finale/quantité d’énergie fournie pour produire cette forme d’énergie, l’ERF du photovoltaïque est compris entre 4 et 8 et celui du bioéthanol à base de sucre de canne est supérieur à 8. En utilisant cette approche c’est le bioéthanol qui est plus rentable énergétiquement, et ceci est dû au fait que c’est la production de batterie pour stocker l’électricité qui est très coûteuse énergétiquement et qui fait baisser l’ERF du photovoltaïque.
Ils abordent ensuite la question qui est à la base du problème du ratio énergie fournie/surface occupée, qui est : Y a-t-il assez de surface libre pour la production de biodiésel ?
En effet c’est une des principales reproches faite au biocarburants de 1er génération qui utilisent des surfaces cultivables : ils rentrent en compétition avec la production alimentaire et peuvent donc représenter un danger pour la sécurité alimentaire des pays. D’autant qu’avec l’augmentation mondiale de la population, la production alimentaire va devoir augmenter également. A ce problème, les auteurs proposent répondent qu’en intensifiant l’agriculture, c’est-à-dire en produisant plus sur une même surface, il est possible d’assurer à la fois les besoins alimentaire et la production de biocarburants si cela est fait en utilisant de manière rationnelle les ressources naturelles de chaque pays.

Rigueur de la review :

Le fait que les auteurs fassent tous partis d'instituts brésilien et que le brésil soit un gros producteur de bioéthanol à partir de sucre de canne n'est probablement pas anodin par rapport au fait que cet article apporte des arguments en faveur de ce bioéthanol

Ce que cette review apporte au débat :

Cette rewiew apporte un point de vue intéressant au débat car elle permet de comparer l’efficacité énergétique des biocarburants avec une autre énergie renouvelable. En effet la légitimité des biocarburants comme solution écologique doit également se questionner en les comparants à d’autres énergies renouvelables afin de savoir qu’elle est la plus intéressante énergétiquement, économiquement et écologiquement. Ici les auteurs nous démontrent que malgré la mauvaise réputation des biocarburants d’un point de vue efficacité énergétique, si on compare l’analyse du cycle de vie entier de ceux-ci avec celui de l’électricité photovoltaïque, ils sont finalement plus avantageux.
Je trouve cependant que la solution que proposent les auteurs aux problèmes d’occupation des terres cultivable semble un peu trop simpliste, et selon moi ce problème ne peut pas être résolu si facilement qu’en proposant une intensification agricole qui peut être difficile à réaliser et avoir de gros impacts.

Remarques sur la review :

Néanmoins beaucoup d’autres aspects intéressants ne sont pas abordés ici. Comme la prise en compte du bilan carbone de ces 2 types d’énergie renouvelable, de leur impact local sur l’environnement. Il serait également intéressant de faire les mêmes comparaisons pour d’autre type de biocarburants comme ceux à base d’algues, ou à base de lignine/cellulose mais aussi pour d’autres types d’énergie renouvelable afin d’avoir une vision plus globale.

Publiée il y a plus de 10 ans par Thibault.
Dernière modification il y a plus de 10 ans.