ControverSciences est archivé. Il reste consultable mais il n'est plus possible de contribuer.
Le code source pour faire tourner le serveur reste disponible sur GitHub.
Titre de l'article :

Des adaptations de l'hôte réduisent le succès reproducteur de Varroa destructor dans deux populations distinctes d'abeille domestique en Europe


Figure :

Moyennes de succès reproducteur des varroas en Suède et en France, dans les colonies naturelles (gris) et contrôle (bleu). Les barres d'erreur représentent l'écart-type.

Introduction à l'article :

L'article aborde le processus naturel de co-évolution entre le parasite varroa, présent en Europe depuis trois décennies, et l'abeille domestique.
Les dynamiques de co-évolution dans les relations hôte-parasite mènent, en nature, à un équilibre des populations des deux espèces.
Dans le cas de l'abeille domestique, l'intervention de l'homme en apiculture empêche cette co-évolution : l'adaptation des abeilles au varroa ne se fait pas car l'homme enlève la pression sélective du parasite via les traitements de ruche.

Sans intervention de l'homme, l'infection d'une ruche par le varroa mène à la mort de la colonie en 1 à 3 années, à cause des nombreux virus transmis aux abeilles. Cependant, il a été observé que quelques populations sauvages (sans intervention de l'homme) ont survécu plus de 10 ans au varroa. Celles-ci ont été soumises au processus naturel de pression parasitaire, et une adaptation de l'hôte est supposée être à la base de ces survies exceptionnelles.

Expériences de l'article :

Deux populations survivant naturellement au varroa ont été comparées: les abeilles de Gotland (Suède) et d'Avignon. Celles-ci sont différentes génétiquement et éloignées géographiquement, mais sont supposées avoir développer des mécanismes de suppression du succès reproducteur du varroa.
Le varroa se reproduit dans les cellules du couvain: le parasite mère se nourrit de la larve et pond ses œufs, dont un sera le mâle qui fécondera ses sœurs. Si l'acarien mère n'arrive pas à créer au moins une nouvelle femelle de varroa fécondée avant la naissance de l'abeille, alors la dynamique d'infestation du parasite est compromise.

Les deux populations survivantes ont été comparées à des colonies-contrôle du même endroit, gérées par des apiculteurs (acaricides). Cela a permis de mesurer les paramètres de reproduction du varroa quand les abeilles n'étaient pas résistantes.

Les comparaisons se sont basées sur des mesures de paramètres reproducteurs du varroa dans les cellules d'abeilles infestées.

Résultats de l'article :

Pour les deux localités, le succès reproducteur du varroa dans les colonies survivant naturellement était plus faible que dans les colonies-contrôle (baisse de 30%). En Suède et en France, les abeilles sauvages ont donc développé une résistance au varroa en réduisant sa reproduction. Cependant, les mécanismes impliqués majoritairement ont été différents dans les deux cas:

  • France : l'infertilité du varroa a été augmentée (moins de varroa qui pondent). Etant donné que les abeilles d'Avignon montrent un comportement hygiénique (enlever les nymphes mortes), l'effet pourrait être créé par un comportement VSH des abeilles, c'est à dire une Sensibilité de détection des cellules infestées par le Varroa et leur destruction (Hygiene).
  • Suède : le varroa pondait ses oeufs trop tard par rapport au développement de l'abeille. A Gotland les abeilles ne montrent pas de comportement hygiénique, mais le retard de ponte du varroa pourrait être dû à une inhibition liée à des phéromones des larves.
Rigueur de l'article :

Résultats simples mais efficaces : la méthodologie est bien explicitée, plusieurs paramètres de reproduction du varroa ont été mesurés dans les colonies. Le design est simple (deux localités - deux traitements) et les résultats n'apparaissent pas contestables.

Ce que cet article apporte au débat :

L'expérience montre que des populations naturelles d'abeilles sont non seulement tolérantes (survie de la colonie) au varroa, mais ont développé une résistance (réduction de la fitness du parasite), limitant ainsi la propagation des virus.
Cette baisse du succès reproducteur du varroa permet à ces colonies de se maintenir sur de longues périodes. Ici, c'est le caractère naturel des populations, via la pression parasitaire, qui a fait évoluer la résistance.
Le varroa européen présente une faible diversité génétique, alors que les abeilles ont des niveaux de recombinaisons 10 fois supérieurs à ceux des autres eucaryotes complexes. Ainsi les abeilles "sauvages" auraient un avantage dans cette co-évolution, leur permettant de développer une résistance naturellement en peu de temps (10 ans) et efficacement, à différents endroits, de différentes manières.
L'article suggère de baser les programmes de reproduction apicole à partir des abeilles qui ont naturellement développé la résistance.

Remarques sur l'article :

Pour une review sur les populations naturelles d'abeilles ayant résisté au varroa dans le monde, voir Locke 2016.

Soutenu financièrement par : BEE DOC (Bees in Europe and the Decline of Honeybee Colonies; EU grant agreement 244956)

Publiée il y a plus de 9 ans par M. Combes et collaborateurs..
Dernière modification il y a plus de 9 ans.