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Titre de la review :

L'Hypothèse Gaïa : fait, théorie, et vœu pieux.


Résumé de la review :

J. W. Kirchner commence par reprendre les différentes formes de l’Hypothèse Gaïa (HG) et remet en cause la pertinence scientifique de certaines d’entre elles pour préciser le cadre de la controverse. Il critique également le concept d’homéostasie tel que décrit dans l’HG, l’idée d’amélioration des conditions de l’environnement par et « pour » les êtres vivants (EV) et les tentatives d’intégration de la sélection naturelle (notamment à l’aide du modèle Daisyworld). L’auteur affirme vouloir ouvrir un dialogue sur cette théorie controversée (les détracteurs ne prenant généralement pas la peine de répondre à l’HG) qu’il estime néanmoins intéressante (idée que la « bienfaisance » de la Nature est le résultat inévitable des interactions des organismes avec l’environnement). En amont de sa critique, Kirchner rappelle que les EV doivent s’adapter à leur environnement pour survivre. Sous cette contrainte, on peut s’attendre à ce que l’environnement nous apparaisse favorable à la vie, indépendamment de la validité de l’HG. Pour lui, à travers ses différentes formes, l’HG va de théories scientifiques admises jusqu’à des notions métaphoriques voire téléologiques. Les formes « faibles » de l’HG ne font que reprendre des mécanismes précédemment connus (influence des E.V. sur l’environnement, forme de « co-évolution » entre les deux) notamment via la biogéochimie et les « fortes » (superorganisme, optimisation du milieu par et pour les EV) correspondent à des métaphores hors du champ du scientifique, non réfutables. Kirchner cadre la controverse autour d’une forme intermédiaire qu’il appelle « Gaïa Homéostatique » : les interactions biosphère – atmosphère sont dominées par des rétroactions négatives stabilisant l’environnement global. Cette hypothèse est testable bien que des exemples montrent que les EV peuvent déstabiliser l’environnement e.g. boucles de rétroactions positives favorisant le réchauffement climatique, données paléoclimatiques suggérant des amplifications vers un état plus chaud ou plus froid via des rétroactions positives impliquant les EV. Concernant l’ « amélioration » des conditions environnementales, Kirchner souligne une confusion des promoteurs de l’HG : le fait que les écosystèmes fournissent des services environnementaux aux EV ne veut pas dire que l’environnement soit adapté à leurs besoins. En effet, les EV peuvent être sélectionnés dans des conditions qu’ils ont eux-mêmes créés. Ex. les arbres en forêt tropicale humide via leur transpiration créaient un microclimat chaud et humide favorables aux organismes adaptés à ce type de climat particulier. La forêt n’a donc pas créé des conditions qui lui sont favorables mais elle s’est simplement adaptée aux conditions qu’elle a elle-même généré. Enfin, Kirchner reconnaît que l’HG soulève une question importante : comment expliquer la persistance des conditions favorables aux formes de vie complexes au cours des temps géologiques ? Le modèle Daisyworld initialement proposé par J. Lovelock montre que la sélection naturelle peut conduire au maintien de conditions stables et favorables aux EV à l’échelle globale via des mécanismes de rétroaction. Dans ce modèle la température peut être stabilisée via la sélection de fleurs noires ou blanches faisant varier l’albédo. Pour Kirchner, Daisyworld ne fait que mettre en évidence une possibilité théorique (la sélection naturelle mène à un système auto-régulé près de l’optimum biologique des espèces) loin des conditions de la réalité. De plus, la couleur des fleurs n’est pas sélectionnée en fonction du bénéfice global (température stable) mais parce que ce bénéfice coïncide avec un avantage reproductif des individus. Des traits qui améliorent ou dégradent l’environnement sont sélectionnés dans la mesure où ils confèrent avantage reproductif. Kirchner conclue en disant que l’HG montre l’importance décisive d’appréhender la complexité du système Terre face au changement climatique.

Rigueur de la review :

Bien que la review ait été bien construite (arguments et références pertinents) l'auteur se pose d’emblée en opposition à l'Hypothèse Gaïa. Son objectivité (comme celles des promoteurs de Gaïa) peut être remise en cause. Kirchner par de là la discussion scientifique pourrait être tenté de critiquer les croyances de J. Lovelock qui lui paraissent sous-jacentes et passer outre un réel apport scientifique de l'HG.

Ce que cette review apporte au débat :

Cette review apporte d'abord un cadre précis à la controverse et incite les promoteurs de l'HG à repréciser leurs théories pouvant apparaître confuses.
Kirchner détaille les différents points de l'HG qui pour lui posent problème en expliquant pourquoi :
1) Les EV peuvent être à l'origine d'une déstabilisation globale de l'environnement via des rétroactions positives et pas seulement d'une stabilisation. 2) Le fait que les écosystèmes fournissent des services environnementaux aux EV ne veut pas dire que l’environnement soit adapté à leurs besoins. 3) Le modèle Daisyworld utilisé pour justifier l'HG au regard de la sélection naturelle ne fait que montrer une possibilité théorique éloignée de la réalité. Des traits qui améliorent ou dégradent l’environnement sont sélectionnés seulement dans la mesure où ils confèrent avantage reproductif à l'individu et non parce qu'ils provoquent un bénéfice général pour les EV.

Remarques sur la review :

Kirchner a lui-même participé à l'élaboration de l'HG avant de s'en détacher.

Publiée il y a plus de 9 ans par A. Defossez.
Dernière modification il y a plus de 9 ans.