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La domestication augmente la diversité génétique d'Apis mellifera par brassage génétique
Figure :
Harpur et al. 2012, Figure 2.
Légende: Managed honey bees have significantly higher levels of admixture (A), diversity at synonymous sites (B) and observed heterozygosity (C) when compared with their progenitor populations in East and West Europe. Subscripts a, b, c and d indicate significant differences in population means. Dashed lines indicate that populations were pooled prior to statistical analyses. Error bars indicate SE.
Introduction à l'article :
La domestication et la sélection artificielle sont connues pour causer de fortes réductions de diversité génétique par rapport aux ancêtres, respectivement par goulots d'étranglement et par réduction de la diversité au niveau des locus des traits d'intérêt. Après une longue histoire de domestication, depuis quelques dizaines d'années un déclin général des colonies est constaté.
Une des hypothèses souvent citée est la possibilité qu'une réduction de diversité génétique dans les populations gérées par l'homme soit partiellement responsable de ce déclin. Il a été démontré que la diversité au sein d'une colonie augmente sa valeur sélective. Cependant il n'y a pas d'évidence que la perte de diversité soit en lien avec le déclin des populations. Les études montrant la moindre diversité des populations européennes utilisent comme ancêtres les abeilles africaines et reflètent peut-être leur histoire phylogéographique et non la domestication.
Expériences de l'article :
Cet article réévalue la diversité génétique des abeilles en comparant les populations avec leurs véritables ancêtres pour mieux comprendre le lien entre gestion, diversité et déclin des populations. Selon des études récentes les abeilles seraient venues en Europe via deux colonisations successives. Les auteurs pensent que la perte de diversité viendrait de ces évènements plutôt que de la domestication. Ils ont échantillonné deux populations d'abeilles ouvrières gérées d'Europe et d'Amérique du Nord et 3 populations "ancestrales" en Afrique (population sauvage), Europe de l'Est et de l'Ouest (populations domestiques mais non sélectionnées). Ils ont ensuite séquencé leurs ADN et calculé différents indicateurs de quantité de brassage génétique et de diversité génétique.
Résultats de l'article :
Principaux résultats :
Les populations gérées présentent un nombre élevé d'introgressions représentant un brassage génétique entre les populations ancestrales d'Europe de l'Est et de l'Ouest.
Parmi les populations ancestrales les populations européennes ont une plus faible diversité génétique que les populations africaines. Cela n'est pas du à une diminution récente de la taille de la population.
Les populations gérées ont en fait une plus grande diversité génétique que les populations ancestrales d'Europe (Est et Ouest), mais plus basse que les population africaines.
Rigueur de l'article :
De la Rua et al. (2013) avancent quelques critiques quand aux conclusions et aux méthodes de l'article. Harpur et al. (2013) répondent à leurs remarques de manière claire et rigoureuse.
La difficulté de cet article vient de la définition des populations d'abeilles utilisées en apiculture comme "domestiquées" ou "gérées". Les abeilles n'étant que semi-domestiques, la comparaison avec la perte de diversité génétique des autres espèces domestiques me parait plus compliquée.
De plus ils cherchent à voir l'effet de la domestication sur les abeilles mais les populations dites "ancestrales" sont aussi des colonies "gérées" par l'homme. Les populations "ancestrales" sont quand même des populations domestiquées mais peu sélectionnées. Il y a donc une problème de définition claire des mots, qui vient aussi de la traduction du terme "managed".
Autre point : ils parlent de diversité génétique mais ne font pas le lien avec adaptations locales.
Ce que cet article apporte au débat :
L'article permet d'écarter une des hypothèses de déclin des abeilles, il démontre que celui-ci n'est pas du à une perte de diversité génétique récente liée aux pratiques de sélection et de mélange des sous-populations. Cependant ils parlent seulement de diversité génétique et pas d'adaptation locale à l'environnement qui pourrait être un autre facteur qui est dégradé par les pratiques de sélection et de choix de reines actuel.
Remarques sur l'article :
Cet article est important car il montre que les études utilisant les abeilles africaines comme point de référence pour évaluer l'impact de la domestication sur la diversité génétique des abeilles n'est pas forcément juste. Il semble y avoir eu des goulots d'étranglements génétiques lors des colonisations de l'Afrique vers l'Europe qui ont provoqué une perte de diversité génétique naturelle. Cependant le choix des populations Européennes servant de référence ancestrale ne nous semble pas judicieux.
Cet article apporte une autre vision de la domestication et de la sélection artificielle chez les abeilles. Il présente ces deux processus comme apportant de la diversité génétique. La forte diversité génétique est maintenue dans les populations gérées du fait des pratiques apiculturales et de la biologie de la reproduction des abeilles.
Publiée il y a plus de 9 ans
par
solinemb.
Dernière modification il y a plus de 6 ans.
La domestication augmente la diversité génétique d'Apis mellifera par brassage génétique
Harpur et al. 2012, Figure 2.
Légende: Managed honey bees have significantly higher levels of admixture (A), diversity at synonymous sites (B) and observed heterozygosity (C) when compared with their progenitor populations in East and West Europe. Subscripts a, b, c and d indicate significant differences in population means. Dashed lines indicate that populations were pooled prior to statistical analyses. Error bars indicate SE.
La domestication et la sélection artificielle sont connues pour causer de fortes réductions de diversité génétique par rapport aux ancêtres, respectivement par goulots d'étranglement et par réduction de la diversité au niveau des locus des traits d'intérêt. Après une longue histoire de domestication, depuis quelques dizaines d'années un déclin général des colonies est constaté.
Une des hypothèses souvent citée est la possibilité qu'une réduction de diversité génétique dans les populations gérées par l'homme soit partiellement responsable de ce déclin. Il a été démontré que la diversité au sein d'une colonie augmente sa valeur sélective. Cependant il n'y a pas d'évidence que la perte de diversité soit en lien avec le déclin des populations. Les études montrant la moindre diversité des populations européennes utilisent comme ancêtres les abeilles africaines et reflètent peut-être leur histoire phylogéographique et non la domestication.
Cet article réévalue la diversité génétique des abeilles en comparant les populations avec leurs véritables ancêtres pour mieux comprendre le lien entre gestion, diversité et déclin des populations. Selon des études récentes les abeilles seraient venues en Europe via deux colonisations successives. Les auteurs pensent que la perte de diversité viendrait de ces évènements plutôt que de la domestication. Ils ont échantillonné deux populations d'abeilles ouvrières gérées d'Europe et d'Amérique du Nord et 3 populations "ancestrales" en Afrique (population sauvage), Europe de l'Est et de l'Ouest (populations domestiques mais non sélectionnées). Ils ont ensuite séquencé leurs ADN et calculé différents indicateurs de quantité de brassage génétique et de diversité génétique.
Principaux résultats :
Les populations gérées présentent un nombre élevé d'introgressions représentant un brassage génétique entre les populations ancestrales d'Europe de l'Est et de l'Ouest.
Parmi les populations ancestrales les populations européennes ont une plus faible diversité génétique que les populations africaines. Cela n'est pas du à une diminution récente de la taille de la population.
Les populations gérées ont en fait une plus grande diversité génétique que les populations ancestrales d'Europe (Est et Ouest), mais plus basse que les population africaines.
De la Rua et al. (2013) avancent quelques critiques quand aux conclusions et aux méthodes de l'article. Harpur et al. (2013) répondent à leurs remarques de manière claire et rigoureuse.
La difficulté de cet article vient de la définition des populations d'abeilles utilisées en apiculture comme "domestiquées" ou "gérées". Les abeilles n'étant que semi-domestiques, la comparaison avec la perte de diversité génétique des autres espèces domestiques me parait plus compliquée.
De plus ils cherchent à voir l'effet de la domestication sur les abeilles mais les populations dites "ancestrales" sont aussi des colonies "gérées" par l'homme. Les populations "ancestrales" sont quand même des populations domestiquées mais peu sélectionnées. Il y a donc une problème de définition claire des mots, qui vient aussi de la traduction du terme "managed".
Autre point : ils parlent de diversité génétique mais ne font pas le lien avec adaptations locales.
L'article permet d'écarter une des hypothèses de déclin des abeilles, il démontre que celui-ci n'est pas du à une perte de diversité génétique récente liée aux pratiques de sélection et de mélange des sous-populations. Cependant ils parlent seulement de diversité génétique et pas d'adaptation locale à l'environnement qui pourrait être un autre facteur qui est dégradé par les pratiques de sélection et de choix de reines actuel.
Cet article est important car il montre que les études utilisant les abeilles africaines comme point de référence pour évaluer l'impact de la domestication sur la diversité génétique des abeilles n'est pas forcément juste. Il semble y avoir eu des goulots d'étranglements génétiques lors des colonisations de l'Afrique vers l'Europe qui ont provoqué une perte de diversité génétique naturelle. Cependant le choix des populations Européennes servant de référence ancestrale ne nous semble pas judicieux.
Cet article apporte une autre vision de la domestication et de la sélection artificielle chez les abeilles. Il présente ces deux processus comme apportant de la diversité génétique. La forte diversité génétique est maintenue dans les populations gérées du fait des pratiques apiculturales et de la biologie de la reproduction des abeilles.
Dernière modification il y a plus de 6 ans.