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Coûts énergétiques de la taille et signalisation sexuelle chez l'araignée-loup
Introduction à l'article :
Les deux théories favorites de sélection sexuelle - la théorie d'auto-renforcement (Fisher 1958) et le principe du handicap (Zahavi 1975) - prônent toutes deux que les caractères sexuels secondaires des mâles sont coûteux. Cependant la première affirme que la condition des mâles n'influence pas l'expression de ces traits sexuels, tandis que selon la deuxième la condition des mâles est positivement corrélée à l'expression d'un caractère sexuel. Chez l'araignée Hygrolycosa rubrofasciata (Lycosidae), les mâles courtisent les femelles en crépitant sur les feuilles sèches avec leur abdomen, et cela a été montré comme influençant le choix des femelles. Les auteurs ont donc cherché à déterminer si la taille des mâles pouvait entraver leur capacité à crépiter, l'objectif étant d'investiguer le coût de ce caractère sexuel secondaire en relation avec la condition physique des mâles. L'étude est donc un test expérimental de la théorie du handicap de Zahavi.
Expériences de l'article :
Les auteurs ont réalisé des séries de mesures morphologiques et du taux métabolique d'araignées mâles. Pour cela, les mâles ont été capturés puis tués afin de déterminer leur poids (mg). En ce qui concerne l'analyse du taux métabolique, les chercheurs ont tout d'abord caractérisé le taux de crépitement avant de mesurer la production de CO2 de mâles au repos, en mouvement, durant la période de signalisation sexuelle et enfin à un effort physique maximal.
Résultats de l'article :
Les résultats montrent que la production de CO2 durant toutes les activités est positivement corrélée au poids des araignées mâles. En revanche, lorsque cette production est calculée par unité de poids, seule la production de CO2 pendant le crépitement (en période de cour) est dépendante du poids. Les chercheurs ont également mis en évidence que les mâles aux abdomens relativement plus petits crépitent et se déplacent beaucoup plus que les mâles aux abdomens relativement plus gros. De plus, les gros mâles ne sont pas capables de crépiter autant que les petits mâles avant d'atteindre la limite du taux métabolique maximal. Cela démontre l'existence de coûts différentiels du poids des mâles en période de signalisation sexuelle.
Rigueur de l'article :
Toutes les affirmations sont étayées par la significativité biologique et statistique des données obtenues. Les auteurs se sont appuyés sur des observations concrètes, et les mesures de la production de CO2 ont été parfaitement contrôlées. Néanmoins, il est à noter que ces mesures métaboliques ont été réalisées en laboratoire dans des chambres à air, et peuvent potentiellement différer de la réalité des productions de CO2 en milieu naturel non contrôlé.
Ce que cet article apporte au débat :
Cet article met en évidence un exemple concret du principe du handicap, avec une démonstration biologique de l'existence de caractères sexuels secondaires honnêtes, coûteux et condition-dépendants, et qui plus est chez un modèle arachnide pourtant parfaitement adapté à son environnement. Il apporte un regard nouveau sur la controverse, avec cette notion de comportement aguicheur en tant que caractère sexuel coûteux plutôt qu'un attribut physique.
Remarques sur l'article :
Le travail effectué ici reflète l'importance de la caractérisation des caractères sexuels afin de mieux comprendre les aléas de l'évolution en termes de sélection. Il reste encore de nombreux points obscurs à démêler, et il serait intéressant de réaliser le même type d'études sur d'autres modèles animaux, ou même chez des végétaux en analysant les déterminants pouvant être considérés comme handicapants et leur impact sur l'évolution du règne végétal.
Publiée il y a plus de 9 ans
par
L. Chapelet.
Dernière modification il y a plus de 9 ans.
Coûts énergétiques de la taille et signalisation sexuelle chez l'araignée-loup
Introduction à l'article :
Les deux théories favorites de sélection sexuelle - la théorie d'auto-renforcement (Fisher 1958) et le principe du handicap (Zahavi 1975) - prônent toutes deux que les caractères sexuels secondaires des mâles sont coûteux. Cependant la première affirme que la condition des mâles n'influence pas l'expression de ces traits sexuels, tandis que selon la deuxième la condition des mâles est positivement corrélée à l'expression d'un caractère sexuel. Chez l'araignée Hygrolycosa rubrofasciata (Lycosidae), les mâles courtisent les femelles en crépitant sur les feuilles sèches avec leur abdomen, et cela a été montré comme influençant le choix des femelles. Les auteurs ont donc cherché à déterminer si la taille des mâles pouvait entraver leur capacité à crépiter, l'objectif étant d'investiguer le coût de ce caractère sexuel secondaire en relation avec la condition physique des mâles. L'étude est donc un test expérimental de la théorie du handicap de Zahavi.
Les auteurs ont réalisé des séries de mesures morphologiques et du taux métabolique d'araignées mâles. Pour cela, les mâles ont été capturés puis tués afin de déterminer leur poids (mg). En ce qui concerne l'analyse du taux métabolique, les chercheurs ont tout d'abord caractérisé le taux de crépitement avant de mesurer la production de CO2 de mâles au repos, en mouvement, durant la période de signalisation sexuelle et enfin à un effort physique maximal.
Les résultats montrent que la production de CO2 durant toutes les activités est positivement corrélée au poids des araignées mâles. En revanche, lorsque cette production est calculée par unité de poids, seule la production de CO2 pendant le crépitement (en période de cour) est dépendante du poids. Les chercheurs ont également mis en évidence que les mâles aux abdomens relativement plus petits crépitent et se déplacent beaucoup plus que les mâles aux abdomens relativement plus gros. De plus, les gros mâles ne sont pas capables de crépiter autant que les petits mâles avant d'atteindre la limite du taux métabolique maximal. Cela démontre l'existence de coûts différentiels du poids des mâles en période de signalisation sexuelle.
Toutes les affirmations sont étayées par la significativité biologique et statistique des données obtenues. Les auteurs se sont appuyés sur des observations concrètes, et les mesures de la production de CO2 ont été parfaitement contrôlées. Néanmoins, il est à noter que ces mesures métaboliques ont été réalisées en laboratoire dans des chambres à air, et peuvent potentiellement différer de la réalité des productions de CO2 en milieu naturel non contrôlé.
Cet article met en évidence un exemple concret du principe du handicap, avec une démonstration biologique de l'existence de caractères sexuels secondaires honnêtes, coûteux et condition-dépendants, et qui plus est chez un modèle arachnide pourtant parfaitement adapté à son environnement. Il apporte un regard nouveau sur la controverse, avec cette notion de comportement aguicheur en tant que caractère sexuel coûteux plutôt qu'un attribut physique.
Le travail effectué ici reflète l'importance de la caractérisation des caractères sexuels afin de mieux comprendre les aléas de l'évolution en termes de sélection. Il reste encore de nombreux points obscurs à démêler, et il serait intéressant de réaliser le même type d'études sur d'autres modèles animaux, ou même chez des végétaux en analysant les déterminants pouvant être considérés comme handicapants et leur impact sur l'évolution du règne végétal.
Dernière modification il y a plus de 9 ans.