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Une hypothèse pour expliquer le rôle de la consommation de viande dans l'évolution humaine
Introduction à l'article :
L'homme actuel (Homo sapiens) et les autres grands singes (famille des Hominoïdes), s'ils présentent des régimes alimentaires plus ou moins variés selon l'espèce, descendent tous d'un ancêtre commun herbivore. Notre propre espèce reste cependant le plus grand consommateur de viande au sein de ce clade monophylétique. Avant de se demander si l'Homme est prêt pour un retour au régime "herbivore", dans une optique de développement durable à grande échelle, il peut être intéressant d'étudier les causes évolutives de la consommation de viande dans la lignée humaine : s'agit-il à l'origine d'une adaptation qui s'est avérée nécessaire au maintien de caractères propres à la lignée humaine, comme par exemple le développement d'un cerveau plus volumineux, ou plus généralement notre grande taille ? C'est justement l'une des hypothèses proposées par l'auteur K. Milton, qui propose ici sa vision du rôle adaptatif qu'a pu jouer l'apport de viande dans le régime alimentaire humain.
Expériences de l'article :
Le format de cette publication s'apparente à une review : l'auteur n'a pas réalisé de protocole expérimental préalable à la rédaction de cet article, mais elle rassemble les connaissances issues de littérature scientifique et de sa propre expérience, afin d'appuyer l'hypothèse évolutive qu'elle propose en tant qu'opinion personnelle. Dans ce contexte, elle fait néanmoins référence à plusieurs protocoles expérimentaux mis en place par d'autres chercheurs, qui incluent par exemple la comparaison du temps de transit pour un régime identique entre plusieurs espèces de primates hominoïdes, ainsi qu'une étude comparative de l'anatomie du système digestif entre l'homme et ses proches parents.
Résultats de l'article :
De façon générale, les espèces herbivores ayant évolué vers une grande taille présentent un régime alimentaire de qualité amoindrie : c'est le cas pour le gorille ou l'orang-outan, qui consomment des quantités importantes de ressources végétales peu nutritives, et présentent un comportement sédentaire et socialement peu actif. Une alternative consiste à privilégier la qualité de l'alimentation, en favorisant la consommation de fruits mûrs, à l'instar des chimpanzés. Or, vers le milieu du Pliocène, le paysage est-africain fut caractérisé par une régression des forêts tropicales humides vers des savanes ouvertes et plus arides. Dans ces conditions, les premiers représentants de la lignée humaine auraient opté pour la consommation de tissus animaux comme source majeure d'acides aminés, mais surtout de micronutriments essentiels à la croissance et au développement cérébral des juvéniles (les apports énergétiques étant assurés par des ressources végétales de qualité plus variable).
Rigueur de l'article :
L'auteur fait preuve d'un effort bibliographique conséquent, puisqu'elle rassemble et synthétise des propos issus de plus d'une centaine de publications (103 sources référencées). Le contexte de l'époque (1999) est également à prendre en compte, l'auteur ne bénéficiant pas de l'accès libre et quasi-immédiat aux sources bibliographiques permise par le réseau internet moderne, qui pourrait caractériser des reviews plus récentes. Par ailleurs, l'auteur fait appel à des connaissances issues d'un large panel de disciplines, en étayant ses propos par des caractères anatomiques, paléontologiques et paléoclimatiques, afin de s'assurer la vraisemblance du processus évolutif qu'elle décrit.
Ce que cet article apporte au débat :
Pour K. Milton, la transition d'un régime végétalien ancestral vers la consommation régulière de viande – même en faible quantité – aurait constitué une adaptation majeure, imposée par des contraintes évolutives spécifiques, notamment notre grande taille ainsi qu'un haut degré d'activité sociale, cérébrale et de mobilité. Si le système digestif humain présente une structure plus proche des espèces herbivores que carnivores, son organisation diffère néanmoins de celle des grands singes par un intestin grêle plus volumineux, qui pourrait faciliter la consommation de viande. En tenant compte de cet héritage évolutif, la transition inverse est-elle envisageable, ne serait-ce que d'un point de vue physiologique ? La réponse devra être apportée par des articles qui s'intéressent à la viabilité du régime végétalien (Craig, 2009), ainsi que la possibilité d'adapter sa flore microbienne intestinale dans le contexte d'un changement d'alimentation (Glick-Bauer, 2014).
Publiée il y a plus de 9 ans
par
F. Manzi.
Dernière modification il y a plus de 9 ans.
Une hypothèse pour expliquer le rôle de la consommation de viande dans l'évolution humaine
Introduction à l'article :
L'homme actuel (Homo sapiens) et les autres grands singes (famille des Hominoïdes), s'ils présentent des régimes alimentaires plus ou moins variés selon l'espèce, descendent tous d'un ancêtre commun herbivore. Notre propre espèce reste cependant le plus grand consommateur de viande au sein de ce clade monophylétique. Avant de se demander si l'Homme est prêt pour un retour au régime "herbivore", dans une optique de développement durable à grande échelle, il peut être intéressant d'étudier les causes évolutives de la consommation de viande dans la lignée humaine : s'agit-il à l'origine d'une adaptation qui s'est avérée nécessaire au maintien de caractères propres à la lignée humaine, comme par exemple le développement d'un cerveau plus volumineux, ou plus généralement notre grande taille ? C'est justement l'une des hypothèses proposées par l'auteur K. Milton, qui propose ici sa vision du rôle adaptatif qu'a pu jouer l'apport de viande dans le régime alimentaire humain.
Le format de cette publication s'apparente à une review : l'auteur n'a pas réalisé de protocole expérimental préalable à la rédaction de cet article, mais elle rassemble les connaissances issues de littérature scientifique et de sa propre expérience, afin d'appuyer l'hypothèse évolutive qu'elle propose en tant qu'opinion personnelle. Dans ce contexte, elle fait néanmoins référence à plusieurs protocoles expérimentaux mis en place par d'autres chercheurs, qui incluent par exemple la comparaison du temps de transit pour un régime identique entre plusieurs espèces de primates hominoïdes, ainsi qu'une étude comparative de l'anatomie du système digestif entre l'homme et ses proches parents.
De façon générale, les espèces herbivores ayant évolué vers une grande taille présentent un régime alimentaire de qualité amoindrie : c'est le cas pour le gorille ou l'orang-outan, qui consomment des quantités importantes de ressources végétales peu nutritives, et présentent un comportement sédentaire et socialement peu actif. Une alternative consiste à privilégier la qualité de l'alimentation, en favorisant la consommation de fruits mûrs, à l'instar des chimpanzés. Or, vers le milieu du Pliocène, le paysage est-africain fut caractérisé par une régression des forêts tropicales humides vers des savanes ouvertes et plus arides. Dans ces conditions, les premiers représentants de la lignée humaine auraient opté pour la consommation de tissus animaux comme source majeure d'acides aminés, mais surtout de micronutriments essentiels à la croissance et au développement cérébral des juvéniles (les apports énergétiques étant assurés par des ressources végétales de qualité plus variable).
L'auteur fait preuve d'un effort bibliographique conséquent, puisqu'elle rassemble et synthétise des propos issus de plus d'une centaine de publications (103 sources référencées). Le contexte de l'époque (1999) est également à prendre en compte, l'auteur ne bénéficiant pas de l'accès libre et quasi-immédiat aux sources bibliographiques permise par le réseau internet moderne, qui pourrait caractériser des reviews plus récentes. Par ailleurs, l'auteur fait appel à des connaissances issues d'un large panel de disciplines, en étayant ses propos par des caractères anatomiques, paléontologiques et paléoclimatiques, afin de s'assurer la vraisemblance du processus évolutif qu'elle décrit.
Pour K. Milton, la transition d'un régime végétalien ancestral vers la consommation régulière de viande – même en faible quantité – aurait constitué une adaptation majeure, imposée par des contraintes évolutives spécifiques, notamment notre grande taille ainsi qu'un haut degré d'activité sociale, cérébrale et de mobilité. Si le système digestif humain présente une structure plus proche des espèces herbivores que carnivores, son organisation diffère néanmoins de celle des grands singes par un intestin grêle plus volumineux, qui pourrait faciliter la consommation de viande. En tenant compte de cet héritage évolutif, la transition inverse est-elle envisageable, ne serait-ce que d'un point de vue physiologique ? La réponse devra être apportée par des articles qui s'intéressent à la viabilité du régime végétalien (Craig, 2009), ainsi que la possibilité d'adapter sa flore microbienne intestinale dans le contexte d'un changement d'alimentation (Glick-Bauer, 2014).
Dernière modification il y a plus de 9 ans.