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Clonage d'une espèce en danger de disparition (Bos gaurus) grâce à la méthode de transfert nucléaire inter-espèces
Introduction à l'article :
La méthode de transfert nucléaire est une méthode de clonage consistant à transférer le noyau d'une cellule somatique d'un individu dans un oocyte d'un autre individu. Cet oocyte peut ensuite être fécondé et l'embryon qui se développera portera le patrimoine génétique du premier individu. Cette méthode a récemment été proposée dans le cadre de la biologie de la conservation, puisqu'elle permet d'éviter la perte de diversité génétique et de supporter les programmes de reproduction en captivité d'espèces en danger.
Cependant l'un des principaux écueils à cette méthode est la disponibilité en oocytes et en mères porteuses, très faible chez les espèces en danger. Dans ce cas là, on utilise le transfert nucléaire inter-espèces, où l'oocyte utilisé provient d'une espèce différente de celle que l'on veut cloner. Toutefois, cette méthode n'est pas encore bien connue, le but de cet article est donc de savoir si elle peut être utilisée de manière efficace sur une espèce en voie de disparition.
Expériences de l'article :
Des fibroblastes ont été collectés post mortem sur un gaur (Bos gaurus), puis mis en culture en vue du transfert nucléaire.
Des oocytes de bovins (Bos taurus) ont été collectés et énucléés au stade de maturation 18-22h. Une suspension de cellules de gaur a ensuite été préparée, puis une cellule a été sélectionnée et transférée dans l'espace pré-vitellin de chaque oocyte énucléé. Enfin, l'oocyte et la cellule ont été fusionnés. Les oocytes ainsi obtenus ont ensuite été cultivés.
3 des embryons obtenus ont été sacrifiés afin de déterminer leur origine génomique et identifier d'éventuelles anomalies développementales. Le nombre de chromosomes de chaque lignée cellulaire a été observé, et un caryotype complet a été reconstruit. Enfin, l'ADN mitochondrial et nucléaire (via des microsatellites) des embryons ont été étudiés et comparés à ceux des bovins (Bos taurus).
Résultats de l'article :
L'analyse du caryotype des embryons obtenus a révélé un nombre de chromosomes normal pour un gaur. Un total de 692 embryons a pu être reconstruit par transfert nucléaire. Après culture et transfert dans des mères porteuses, 8 embryons se sont développés. 3 foetus ont été sacrifiés pour être étudiés (2 étaient des jumeaux), laissant 6 mères porteuses enceintes, mais seulement une grossesse avancée a pu être obtenue (gestation encore en cours au moment de l'écriture de l'article).
L'étude morphologique des 3 foetus sacrifiés n'a pas révélé d'anomalie développementale. L'analyse des microsatellites a montré que les 3 embryons avaient un patrimoine nucléaire de gaur. Cependant tous les tissus analysés ne contenaient que de l'ADN mitochondrial de Bos taurus. Un autre foetus issus d'un avortement tardif (202 jours) a été étudié. Il présentait un développement morphologique normal, et les mêmes caractéristiques génétiques que les 3 autres foetus étudiés.
Ce que cet article apporte au débat :
Cet article apporte la preuve qu'il est possible d'obtenir des embryons de mammifères grâce à la méthode de transfert nucléaire inter-espèces. Cela permet d'envisager un nouvelle stratégie de conservation ou des individus seraient créés par clonage et relâchés dans le but de renforcer des populations en déclin et d'enrayer les pertes de diversité génétique. Cependant cette méthode présente encore de nombreux inconvénients. Tout d'abord le taux de succès est très faible, rendant la méthode très coûteuse. Ensuite, le développement post-natal n'a pas été étudié, il n'est donc pas exclu que les nouveaux nés ne survivent pas. De plus, les embryons obtenus ont l'ADN mitochondrial de l'espèce donneuse d'oocytes. Afin d'éviter les incompatibilités entre ADN mitochondrial et nucléaire, il faut que les deux espèces soient très proches phylogénétiquement, ce qui n'est pas toujours possible.
Remarques sur l'article :
L'expérience menée pour cet article est une première, il faudra donc qu'elle soit répétée pour pouvoir considérer le transfert nucléaire inter-espèces comme une méthode valide, et connaître ses limites d'application.
Publiée il y a plus de 9 ans
par
L. Rancilhac.
Dernière modification il y a plus de 9 ans.
Clonage d'une espèce en danger de disparition (Bos gaurus) grâce à la méthode de transfert nucléaire inter-espèces
Introduction à l'article :
La méthode de transfert nucléaire est une méthode de clonage consistant à transférer le noyau d'une cellule somatique d'un individu dans un oocyte d'un autre individu. Cet oocyte peut ensuite être fécondé et l'embryon qui se développera portera le patrimoine génétique du premier individu. Cette méthode a récemment été proposée dans le cadre de la biologie de la conservation, puisqu'elle permet d'éviter la perte de diversité génétique et de supporter les programmes de reproduction en captivité d'espèces en danger.
Cependant l'un des principaux écueils à cette méthode est la disponibilité en oocytes et en mères porteuses, très faible chez les espèces en danger. Dans ce cas là, on utilise le transfert nucléaire inter-espèces, où l'oocyte utilisé provient d'une espèce différente de celle que l'on veut cloner. Toutefois, cette méthode n'est pas encore bien connue, le but de cet article est donc de savoir si elle peut être utilisée de manière efficace sur une espèce en voie de disparition.
Des fibroblastes ont été collectés post mortem sur un gaur (Bos gaurus), puis mis en culture en vue du transfert nucléaire.
Des oocytes de bovins (Bos taurus) ont été collectés et énucléés au stade de maturation 18-22h. Une suspension de cellules de gaur a ensuite été préparée, puis une cellule a été sélectionnée et transférée dans l'espace pré-vitellin de chaque oocyte énucléé. Enfin, l'oocyte et la cellule ont été fusionnés. Les oocytes ainsi obtenus ont ensuite été cultivés.
3 des embryons obtenus ont été sacrifiés afin de déterminer leur origine génomique et identifier d'éventuelles anomalies développementales. Le nombre de chromosomes de chaque lignée cellulaire a été observé, et un caryotype complet a été reconstruit. Enfin, l'ADN mitochondrial et nucléaire (via des microsatellites) des embryons ont été étudiés et comparés à ceux des bovins (Bos taurus).
L'analyse du caryotype des embryons obtenus a révélé un nombre de chromosomes normal pour un gaur. Un total de 692 embryons a pu être reconstruit par transfert nucléaire. Après culture et transfert dans des mères porteuses, 8 embryons se sont développés. 3 foetus ont été sacrifiés pour être étudiés (2 étaient des jumeaux), laissant 6 mères porteuses enceintes, mais seulement une grossesse avancée a pu être obtenue (gestation encore en cours au moment de l'écriture de l'article).
L'étude morphologique des 3 foetus sacrifiés n'a pas révélé d'anomalie développementale. L'analyse des microsatellites a montré que les 3 embryons avaient un patrimoine nucléaire de gaur. Cependant tous les tissus analysés ne contenaient que de l'ADN mitochondrial de Bos taurus. Un autre foetus issus d'un avortement tardif (202 jours) a été étudié. Il présentait un développement morphologique normal, et les mêmes caractéristiques génétiques que les 3 autres foetus étudiés.
Cet article apporte la preuve qu'il est possible d'obtenir des embryons de mammifères grâce à la méthode de transfert nucléaire inter-espèces. Cela permet d'envisager un nouvelle stratégie de conservation ou des individus seraient créés par clonage et relâchés dans le but de renforcer des populations en déclin et d'enrayer les pertes de diversité génétique. Cependant cette méthode présente encore de nombreux inconvénients. Tout d'abord le taux de succès est très faible, rendant la méthode très coûteuse. Ensuite, le développement post-natal n'a pas été étudié, il n'est donc pas exclu que les nouveaux nés ne survivent pas. De plus, les embryons obtenus ont l'ADN mitochondrial de l'espèce donneuse d'oocytes. Afin d'éviter les incompatibilités entre ADN mitochondrial et nucléaire, il faut que les deux espèces soient très proches phylogénétiquement, ce qui n'est pas toujours possible.
L'expérience menée pour cet article est une première, il faudra donc qu'elle soit répétée pour pouvoir considérer le transfert nucléaire inter-espèces comme une méthode valide, et connaître ses limites d'application.
Dernière modification il y a plus de 9 ans.