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Titre de l'article :

Capacité de charge des terres agricoles aux Etats-Unis : dix scénarios de régime alimentaire


Figure :

Figure 2 : besoins en terres agricoles per capita, selon le scénario alimentaire et le type d'utilisation des sols

Tableau 4 : capacité de charge des Etats-Unis estimée pour chaque scénario alimentaire

Introduction à l'article :

Depuis environ une dizaine d'années, la littérature scientifique est formelle : la modification de nos mœurs alimentaires présente un fort potentiel pour réduire l'impact environnemental de l'industrie alimentaire. Néanmoins, évaluer "l'impact environnemental" de plusieurs scénarios alimentaires n'est pas chose aisée. Il est nécessaire de décomposer cette expression, en s'appuyant sur plusieurs indices ayant une forte résonnance environnementale, comme par exemple l'empreinte carbone (Côté, 2016). Une autre manière de comparer la durabilité de ces différents modes de consommation consiste à évaluer la quantité de terres agricoles devant être mobilisées pour assurer la production des ressources alimentaires nécessaires à chaque régime. En utilisant une démarche très théorique, les auteurs de cette étude ont décidé d'évaluer ces land requirements à l'échelle des Etats-Unis, ce qui leur a permis d'estimer la capacité de charge du pays selon différents scénarios de consommation.

Expériences de l'article :

En utilisant un modèle de simulation précédemment développé (Peters et al., 2007), les auteurs ont calculé la capacité de charge des Etats-Unis – soit le nombre d'individus pouvant être nourris pour une surface agricole donnée - selon dix scénarios hypothétiques, regroupés en trois catégories de régimes alimentaires. Les deux premiers scénarios reflètent la consommation actuelle de la population américaine. La catégorie omnivore regroupe cinq scénarios qui diffèrent suivant la proportion de protéines animales incluse dans l'alimentation (de 100% à 20%). Enfin, la dernière catégorie comprend les trois scénarios végétariens (ovolacto-, lactovégétarien et vegan). Chaque scénario correspond à une alimentation saine, qui répond à l'apport calorique moyen recommandé pour la population américaine, ajusté selon l'âge et le sexe (Tab. 1). Enfin, les Etats-Unis sont assimilés à un système de production fermé (aucune denrée alimentaire n'est exportée ou importée).

Résultats de l'article :

La principale différence entre les régimes omnivores et végétariens concerne l'utilisation des sols : par exemple, les scénarios ovo-, ovolactovégétariens et vegan ne requièrent aucun pâturage (Fig. 2). Ces trois régimes nécessiteraient une équivalence de 0,1 ha par personne et par an, soit huit fois moins que les estimations correspondant à la consommation actuelle.

Par ailleurs, la capacité de charge estimée pour l'ensemble du pays est multipliée par deux entre le régime le moins efficient (la consommation actuelle, suffisante pour nourrir 402 millions d'individus) et le scénario le plus prometteur, à savoir le régime lactovégétarien (807 millions de personnes, soit 2,6 fois la population du pays en 2010). Le scénario vegan n'arrive qu'en cinquième position : dépassé par les deux autres régimes végétariens, sa capacité de charge serait également inférieure à celles des régimes omnivores 20% et 40% (Tab. 4).

Rigueur de l'article :

Les auteurs adaptent un modèle de simulation précédemment développé (Peters et al., 2007) afin de répondre au mieux à la problématique de leur article. Les simulations réalisées tiennent compte, entre autres, des divers procédés de conversion alimentaire, du fourragement nécessaire à l'élevage du bétail, de la productivité des différents types de sol, etc. L'approche utilisée est donc particulièrement rigoureuse et quasi-exhaustive. De plus, il est intéressant d'avoir décomposé chaque régime alimentaire en sous-catégories. Par exemple, la consommation occasionnelle de viande suffit à définir un régime omnivore, même si le reste de l'alimentation est très proche d'un régime végétarien. La constitution d'un tel régime est donc susceptible de varier significativement entre chaque individu, une particularité qui a été intégrée au modèle lorsque les auteurs ont établi les différents scénarios à tester.

Ce que cet article apporte au débat :

Ces résultats théoriques suggèrent que le régime vegan n'est pas la meilleure solution à adopter pour répondre aux futurs besoins alimentaires de la population mondiale, tout en limitant l'impact environnemental de l'industrie alimentaire. En effet, le meilleur scénario désigné par le modèle U.S Footprint s'avère être le régime lactovégétarien. De surcroît, ces simulations impliquent que le régime végétalien n'est pas forcément une alternative plus durable qu'une alimentation équilibrée de type omnivore. Néanmoins, sous réserve de profondes modifications du paysage agricole et d'une acceptation générale des consommateurs, l'utilisation des terres américaines suivant un régime vegan suffirait déjà à nourrir l'équivalent de la population européenne (740 millions d'individus en 2015). Selon les auteurs, le changement d'alimentation au niveau des consommateurs est une première étape cruciale, qui devra cependant être complétée par de nouvelles avancées en terme de gestion agricole.

Publiée il y a plus de 9 ans par F. Manzi.
Dernière modification il y a plus de 9 ans.