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Analyse de la référence Health effects of vegan diets

Titre de la review :

Les effets sanitaires des régimes végétaliens


Résumé de la review :

Comparé aux régimes végétariens au sens large, qui incluent la consommation de produits d'origine animale, le régime vegan impose une conduite alimentaire particulièrement stricte. Compte tenu de cette nature contraignante, il est légitime de s'interroger sur la difficulté à maintenir une alimentation saine et équilibrée pour un végétalien : correctement pratiqué, ce régime peut-il être réalisé sans compléments alimentaires ? Ses avantages pour la santé humaine sont-ils considérablement plus importants que les risques potentiels qu'il représente ? L'objectif de cette review, qui s'inscrit justement dans cette problématique, est de synthétiser les principales implications pour la santé des régime vegan. En particulier, l'auteur met en garde contre les potentiels carences associées à de telles restrictions alimentaires et insiste sur les bienfaits associés à une consommation accrue de fruits, légumes et autre produits d'origine végétale.

Sur ce point, ce mode de vie implique généralement une faible consommation de graisses saturées et de cholestérol, à la faveur d'aliments fiches en fibres et en antioxydants. Par conséquent, les végétaliens présentent généralement un faible BMI (Body Mass Index, soit le rapport de la masse sur la taille au carré d'un individu) et bénéficient d'une pression artérielle plus faible, ce qui contribue à réduire leurs risques cardiovasculaires. Par ailleurs, les fruits et légumes contiennent généralement des quantités importantes de vitamine C, ainsi que divers composés phytochimiques reconnus pour leurs propriétés anti-cancéreuses (les mécanismes impliqués au niveau cellulaire incluent par exemple l'inhibition de la prolifération cellulaire et l'induction de l'apoptose).

A la différence des régimes omnivores et végétariens, les vegan ne consomment pas de viande rouge, ni d'oeufs. Ces aliments ont respectivement été associés à une élévation des risques de cancer colorectal et du pancréas. Comme on peut s'y attendre, en revanche, l'élimination de tout aliment d'origine animal n'est pas sans conséquence, et semble en effet favoriser la prévalence de certaines déficiences alimentaires. Ainsi, les végétaliens sont particulièrement concernés par les risques de carence en vitamine B-12 – qui pourrait entraîner divers troubles neurologiques et comportementaux – ainsi qu'en omega-3, des acides gras à longue chaîne particulièrement importants pour le développement neural du foetus et du nourrisson. Ainsi, à moins d'inclure régulièrement de la nourriture enrichie en ces deux éléments, il est fortement recommandé de consommer de se supplémenter via la prise de compléments alimentaires.

Par ailleurs, les végétaliens remplacent également les produits laitiers par diverses préparations à base de soja (tofu, yaourts, boissons). Cette contrainte implique une grande vigilance à l'égard d'une prise inuffisante de calcium et de vitamine D, qui serait associée à une plus forte prévalence des fractures chez les végétaliens, un problème qui ne concerne pas les régimes lactovégétariens par exemple. Néanmoins, cet inconvénient est partiellement corrigé par une alimentation déjà riche en vitamine K, potassium et magnésium, qui contribuent également à la minéralisation des structures osseuses.

Ainsi, conformément à l'un des principaux arguments avancés par les défenseurs du régime végétalien, ce mode de vie serait effectivement plus sain que le régime omnivore, dans le sens où il garantit une protection contre les deux principales causes de mortalité dans le monde, à savoir les maladies cardiovasculaires (31% de la mortalité mondiale en 2012) ainsi que les cancers (13% des décès la même année, selon les chiffres de l'OMS). Cependant, au vu des connaissances actuelles, lorsqu'on le compare à un régime sans viande autorisant une plus grande diversité alimentaire (ovolacto-, lactovégétarien, etc.), ce régime très spécifique ne semble pas conférer d'avantages significatifs à l'égard de maladies chroniques.

Rigueur de la review :

L'effort bibliographique réalisé par l'auteur est conséquent : sur un format relativement court pour une review, cet article synthétise les résultats issus de 109 publications. Malgré la nécessité de condenser ces résultats, la publication fait parfois référence à des mécanismes métaboliques particulièrement précis. Par exemple, l'auteur ne se contente pas de mentionner le rôle des composés phytochimiques dans la réduction des risques de cancer, mais il explique en détail leur fonctionnement au niveau cellulaire (induction de l'apoptose, etc.). Il précise également la nécessité de poursuivre des études épidémiologiques à grande échelle, et met en garde contre les raccourcis potentiellement déductibles des études métaboliques : en effet, ce n'est pas parce que telle molécule a le potentiel de réagir avec tel autre composé au niveau cellulaire que son action anti-cancéreuse est effective à l'échelle de l'individu ou des populations.

Ce que cette review apporte au débat :

Avant même de comparer les implications environnementales du régime végétalien à celle des régimes omnivores et végétariens, une étape préalable consiste à discuter sa viabilité comme choix de vie sain et sans danger. L'analyse de cette review confirme la position du régime vegan en tant que réversion phénotypique viable, compatible avec nos contraintes métaboliques et physiologiques actuelles. Malgré les implications adaptatives qu'a pu représenter l'ajout de viande dans l'alimentation des nos ancêtres Hominoïdes (Milton, 1999), il semble que l'Homme actuel soit tout à fait capable de pratiquer un régime alimentaire dépourvu de viande et de tout produit d'origine animale, sous réserve d'une grande vigilance à l'égard de potentielles carences. Ainsi, la décision de pratiquer ce régime alimentaire plutôt qu'un autre doit être supportée par des arguments d'ordre environnemental (ses avantages en terme de santé ne suffisant pas à le démarquer des régimes végétariens moins contraignants).

Publiée il y a plus de 9 ans par F. Manzi.
Dernière modification il y a plus de 9 ans.