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Titre de l'article :

Mise en place tardive d'un gradient latitudinal de diversité au sein des mammifères nord-américains


Figure :

Estimation de la pente de régression de la richesse spécifique en fonction de la latitude pour 16 intervalles de temps.
Les traits et les ronds en pointillés représentent les données non standardisées alors que les traits rouges représentent les données standardisées.
La courbe bleu correspond à l'estimation de la pente à partir des occurrences actuelles de mammifères, permettant ainsi d'évaluer la cohérence du modèle mis en place.
Une pente négative traduit une relation négative entre la diversité et la latitude, entrainant ainsi un GLD. Au contraire, une pente positive traduit une augmentation de la diversité avec la latitude, contredisant ainsi la définition du GLD.

Introduction à l'article :

Les auteurs cherchent ici a tester la validité du gradient latitudinal de diversité (GLD) dans le temps long. Pour cela, une étude des variations de la diversité en fonction de la latitude est entreprise sur une base de données comprenant les occurrences fossiles de 27 903 taxons Nord Américains sur l'ensemble du Cénozoïque.
Les mécanismes sous-jacents responsables de la mise en place du GLD sont encore mal connus et débattus. Les données paléontologiques viennent donc compléter les données néontologiques afin de tester les hypothèses émises au sein d'un cadre spatio-temporelle élargi.
En effet, la complétude du registre fossile mammalien d'Amérique du Nord et la rigueur des méthodologies employés dans l'étude de la paléobiodiversité permettent aux auteurs d'étudier les variations spatio-temporelles de la distribution de la biodiversité et de mettre ces variations en relation avec les facteurs historiques, climatiques et géographiques responsables de la mise en place du GLD actuelle.

Expériences de l'article :

Les données d'occurence de l'ensemble des taxons considérés ont d'abord été analysées suivant un découpage temporel (gamme de temps) et spatial (bande latitudinal) précis. Ainsi, l'estimation de la richesse spécifique a pu être obtenue pour 32 intervalles de temps. Par soucis de standardisation et de biais d'échantillonnages, seul 16 intervalles répondant aux critères de l'étude ont été retenus.

La pente de régression des données de richesse spécifique par rapport à la latitude nous renseigne ainsi sur la force et la présence d'un gradient latitudinal de diversité. Un coefficient de regression négatif indiqueras ainsi un déclin de la diversité au sein des hautes latitudes alors qu'un coefficient nul ou positif se traduira par l'absence de gradient de diversité.
Les intervalles de temps analysés couvrent une majeure partie du Paleocéne, de l'Eocene, du Miocéne ainsi que du Quaternaire. Les auteurs fournissent à la fois les données brutes et les donnés sous-échantillonés (standardisés).

Résultats de l'article :

Les résultats de l'étude démontrent l'absence de GLD au sein des mammifères terrestres durant la majeure partie du Cenozoique. Néanmoins, la pente de regression des intervalles de temps du Paléocene inférieur, de l'Eocene supérieur et du Plio-Pleistocene est négative, traduisant ainsi la présence d'un gradient de diversité analogue au GLD moderne.
La transition Plio-Pleistocene marque la mise en place du gradient latitudinal de diversité moderne.
Les auteurs testent également une possible relation entre l'augmentation des temperatures et le GLD. Le modèle mis en place montre qu'une baisse des temperatures entraine une probable corrélation négative entre latitude et richesse spécifique, amenant à la formation du GLD.
Marcot et collaborateurs concluent sur la formation ponctuelle de GLD durant le Cénozoïque comme étant la résultante de synergies complexes entre les facteurs historiques, climatiques et géographique propres au faunes de mammifères et au écosystèmes nord-américains.

Rigueur de l'article :

La standardisation des données présentée est robuste. En effet, sur l'ensemble des intervalles de temps considérés, seul la moitié ont été retenus dans l'analyse. Les interprétations des auteurs se fondent donc sur des résultats solides.
Malgré cela, l'échantillonnage spatiale néglige clairement les zones d'Amérique Centrale et ce choix des auteurs ne semble pas cohérent.
De plus, il aurait été intéressant de mentionner les niveaux taxinomiques considérés dans l'analyse de la richesse spécifique. Enfin, l'absence totale de données standardisés pour l'Oligocène et le Miocéne inférieur semble surprenante.
En plus de cela, l'aspect qualitatif de l'échantillonnage taxinomique est peu mis en avant alors qu'une surreprésentation de certains clades pourrait entrainer un sérieux biais au sein des données de richesse spécifique.

Ce que cet article apporte au débat :

L'article permet de mettre en évidence l'aspect ponctuel du gradient latitudinal de diversité au cours du temps.
Malgré cela, les relations de causalités dans la mise en place du GLD apparaissent complexes, avec une probable synergie des facteurs climatiques, historique et géographique. Toutefois, une certaine tendance à la mise en place d'un gradient à la suite de période d'aridification et de chute globale des temperatures semble se dessiner au cours du Cénozoïque. Néanmoins le modèle statistique effectué par les auteurs ne permet pas d'observer de corrélation solide entre le GLD et le facteur climatique.
La cause principale de l'apparition du GLD reste donc au coeur du débat. Cependant, les données paléontologique ont pu mettre en évidence l'aspect éphémère et ponctuelle du GLD à l'échelle des temps géologiques.

Publiée il y a plus de 9 ans par L. Pallas.
Dernière modification il y a plus de 9 ans.